The Sundial Carved with a Thousand Years of Notches – The Magino Village Story

1000年刻みの日時計 牧野村物語

Il est difficile de présenter une œuvre aussi importante et monumentale que celle du collectif évoluant autour d’Ogawa en en extrayant un seul film, tout comme il est difficile d’être bref en écrivant sur leur démarche radicale et sur un cinéma si riche et d’une telle ampleur, un cinéma qui n’a pas peur de prendre son temps.
On va donc tricher et d’emblée renvoyer, pour le contexte, à notre programme de mai 2014, Japanese Red Cinema et aux diverses présentations des films d’Ogawa montrés en 2017 au festival gentois Courtisane, lors d’une rare rétrospective de ce travail !

Dans la mouvance des protestations de la fin des années 1960, un groupe fluctuant se forme autour du charismatique Ogawa Shinsuke, attirant plusieurs dizaines de cinéastes, étudiants, militants et sympathisants en tous genres. Ils font leurs armes en filmant et en participant à différentes luttes étudiantes, puis rejoignent le combat des agriculteurs expropriés en vue de la construction de l’aéroport de Narita. Refusant le rôle de documentariste-observateur, ils s’installent dans un village proche et sont de tous les combats, pendant plusieurs années. La lutte est violemment réprimée et le mouvement finit par s’estomper. La troupe se disloque, il est temps pour les plus motivés de se trouver un autre chantier. Ils s’installent en 1975 dans le petit village de Magino, dans la préfecture de Yamagata, où ils vivront ensemble 13 ans ! Après la frénésie des luttes, c’est au rythme de la vie rurale qu’ils devront s’adapter. Leur cinéma se vit, et c’est donc avec résolution que la petite communauté se lance dans la riziculture, pour connaître ce qu’ils filment et accessoirement produire leur propre nourriture... La vie est dure et austère, l’expérience collective est totale, certains la quitteront en cours de route.

À Magino, le premier enjeux est donc de comprendre comment faire pousser du riz. Les nouveaux venus développent une approche scientifique de l’agriculture qui leur vaudra le respect des villageois, après une phase de consternation. Quand le travail agricole leur laisse un peu de temps, tout cela est filmé puis pédagogiquement expliqué par Ogawa, maquettes et schémas à l’appui, donnant au début du film des airs de film scientifique assez décalé.
La communauté est de plus en plus intégrée et la caméra glisse progressivement des champs aux maisons. Le village, son histoire, son folklore et ses habitants passent au premier plan. Tout est richement et consciencieusement exploré, dans le moindre détail. Mais le film reste organique, guidé par la vie : au détour d’une conversation, on évoque une vieille légende, Ogawa rebondit et en fait une reconstitution qui devient tout un segment du film.
Ces élément mis en scène prennent, au fil du film, de plus en plus d’ampleur, les villageois y rejouent leur vécu de jeunesse ou celui de leurs ancêtres, aux côté de personnalités du monde artistique, conviées pour l’occasion (le fondateur du Butô Tatsumi Hijikata, l’actrice de roman porno Junko Miyashita...). L’apothéose est une reconstitution d’une insurrection paysanne historique, à laquelle tout le village participe.

"L’histoire du village de Magino" est le dernier film signé par le collectif Ogawa Productions et le sommet d’une œuvre, considérée comme majeure en Asie, mais peu connue en Occident. C’est un film sur le temps, le souvenir de toutes ces saisons passées, de toutes ces vies. La mémoire d’un monde appelé à disparaître, qui doit aussi servir à justifier les luttes pour sauver les terres agricoles. Chaque village qui disparaît est un pan d’histoire qui s’efface. Et pour Ogawa et ses acolytes, il n’y a pas d’Histoire mineure, chaque personne, chaque village, mérite une monographie. En s’attachant aux détails, on fait aussi de la grande Histoire et de la politique, il faut lire dans les films du collectif de grands questionnements sur les luttes et la résistance, sur la vie rurale, la modernisation...
Ogawa sait aussi qu’il arrive au bout d’une démarche et qu’il faut un renouveau, il s’impliquera donc activement dans la création de ce qui deviendra le festival de Yamagata...

Réalisation
Ogawa Shinsuke
Année
1986
Pays
Japon
Format
16mm
Sous-titrage
ang
Durée
222 min.
Séances
08.04.2018 > 16:00
6€ / 4€