prog: 2004
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Japanese Red Cinema : autour de Masao Adachi

Kôji Wakamatsu, Nagisa Ôshima, Eric Baudelaire

Le Japon est marqué par de violents mouvements de contestation autour des années 1960. L’opposition croît contre le régime politique d’après-guerre, une nouvelle gauche voit le jour, qui rallie les mouvements contestataires, notamment étudiants. Le renouvellement, en 1960, du traité de coopération et de sécurité Américano-Japonais (dit "Anpo") signifie pour beaucoup une nouvelle étape dans le néocolonialisme américain au Japon, son entrée dans le jeu impérialiste des USA puis plus tard sa transformation en base militaire pour la guerre du Vietnam. La lutte se construit autour de cet événement catalyseur. Le feu couve, puis se ravive à la fin de la décennie quand l’Anpo doit être prorogé. La mobilisation est énorme et les affrontements avec la police et l’extrême droite s’accentuent. Des groupes révolutionnaires armés se mettent en place, poursuivant la lutte de manière radicale.
La révolution est aussi culturelle. C’est l’effervescence, des mouvements artistiques fort imprégnés des luttes sociales explorent de nouvelles formes et cassent les moules. Dans le monde du cinéma, le système rigide des grands studios est remis en question, des alternatives naissent et avec elles une nouvelle génération de cinéastes. Des voies s’ouvrent pour l’expression libre, aussi bien dans le documentaire engagé que dans le cinéma érotique, en marge de la nouvelle vague. La combinaison du climat social tendu, voire violent, et de la liberté d’expérimentation alimente un cinéma riche et dynamique, marqué par son temps mais toujours pertinent aujourd’hui. Nous explorerons ce contexte en nous intéressant à la figure clé de Masao Adachi, en parallèle à une rétrospective des films de Kôji Wakamatsu à la Cinematek.

Ce programme a été réalisé avec l’aide et les conseils de Dick Stegewerns et Gô Hirasawa, en collaboration avec la Cinematek et avec le soutien de Marcel vzw et du VDFC.



Auteur, critique, théoricien, scénariste, acteur et réalisateur, Masao Adachi est un artiste libre dont l’œuvre s’étend autant dans la recherche créative que dans l’action politique, ce qui l’amènera à vivre dans la clandestinité pendant des décennies et à passer par la case prison. Son indépendance, son radicalisme et son parcours de vie ont contribué à sa disparition des radars de l’histoire du cinéma japonais, jusqu’il y a peu. L’œuvre de son comparse Wakamatsu ayant été réhabilitée internationalement ces dernières années, le nom d’Adachi resurgit logiquement et son travail peut enfin être reconsidéré, et pas seulement dans l’ombre de noms plus connus comme aussi celui de Nagisa Ôshima.
Adachi incarne son époque, ce contexte politique et artistique avant-gardiste et révolutionnaire. Il étudie le cinéma à l’université, y monte des groupes de réflexion et d’expérimentation dans lesquels il réalise ses premiers films. Il se politise dans les mouvements étudiants et envisage très tôt le cinéma comme moyen de lutte. En 1966, il croise le chemin de Wakamatsu, avec qui il collaborera beaucoup. Il rencontre ensuite Ôshima et participe à quelques-uns de ses films. Il continue par ailleurs ses expérimentations formelles et théoriques. En 1974, après avoir voyagé en Palestine avec Wakamatsu, il décide de prolonger la révolution du cinéma par la révolution armée et quitte le Japon pour accompagner les luttes palestiniennes en tant que membre de l’Armée rouge japonaise. Il vit dans la clandestinité jusqu’à son arrestation à Beyrouth en 1997. Après un séjour en prison, il est extradé vers le Japon et libéré un an plus tard. Il vit maintenant à Tôkyô et ne peut plus quitter le pays. Il réalise un film inspiré de son vécu en 2006 et collabore plus récemment avec Eric Baudelaire.



School Girl Guerrilla

女学生ゲリラ [Jogakusei gerira]

Masao Adachi, 1969, 16mm, vo st fr, 73'

Trois lycéennes complotent. Leur plan machiavélique ? Piquer les diplômes de toute l’école pour saboter la cérémonie de fin d’année. Elles dérobent armes et uniformes à des soldats en jouant de leurs charmes et passent à l’action. Suivies par deux types qu’elles réduisent en esclavage, elles partent se retrancher dans la montagne avec le butin. Ce petit monde se dénude allègrement et passe le temps comme il peut dans le campement... Un militaire fait son apparition et est vite fait prisonnier. L’armée en prend pour son grade. Les négociations avec l’administration de l’école vont devoir commencer, mais c’est au sein du groupe que les vrais enjeux se trouvent.
Après ses expérimentations post-surréalistes et ses recherches théoriques, Adachi passe une nouvelle fois à autre chose avec une incursion dans le "pinku" et le film de filles rebelles, genre qui se popularisera dans les années qui suivent. "School Girl Guerrilla" est sans doute le film d’Adachi qui s’approche le plus de ceux de Wakamatsu, qui est ici producteur. On en reconnaît le style, la belle photo cinémascope noir et blanc avec quelques touches de couleurs (servant surtout à montrer la nudité dans plus de détails), mais aussi le fond politique toujours critique, préfigurant l’évolution de certains mouvements étudiants vers la lutte armée.

24.05 > 22:00 + 01.06 > 18:00
5€ / 3,5€


A.K.A. Serial Killer

略称・連続射殺魔 [Ryakushô renzoku shasatsuma]

Masao Adachi, Mamoru Sasaki, Masao Matsuda, Yû Yamazaki, Masayuki Nonomura & Susumu Iwabuchi, 1969, 35mm, vo st ang, 86'

Partant d’un fait divers – Norio Nagayama, 19 ans, commet quatre meurtres sans explication apparente – Adachi et ses confrères réalisateurs et théoriciens du cinéma construisent un film-essai documentaire basé sur leur "théorie du paysage" : "Tous les paysages que nous voyons au quotidien, et surtout les beaux paysages reproduits sur cartes postales, sont fondamentalement liés à une figure du pouvoir dominant (...), c’est le Japon qui rend fou et criminel, c’est le Japon qui est en soi toxique."
Le film consiste donc en une série de vues, de paysages, de détails, que le jeune homme aurait pu voir pendant sa vie et qui auraient pu former sa perception du monde et l’influencer insidieusement jusqu’à provoquer ses crimes. Interrompant parfois la bande-son free jazz, Adachi guide le spectateur en donnant quelques informations sur la vie de Nagayama et quelques clés pour appréhender ce road movie théorique, sans personnage. Il n’est pas ici directement question des luttes contestataires, mais des structures et symboles du pouvoir, omniprésents dans l’environnement et oppressants, qui appelleraient donc à une réaction...

16.05 > 22:00 + 25.05 > 20:00
5€ / 3,5€


Prisoner/Terrorist

幽閉者 テロリスト [Yûheisha – terorisuto]

Masao Adachi, 2006, video, vo st ang, 113'

Plus de 30 ans après sa dernière réalisation, Adachi signe un film sur le thème de l’errance psychologique, dense et unique dans sa conception, librement adapté d’un texte d’Auguste Blanqui et certainement inspiré par son propre vécu. M., incarnation fictive de Kôzô Okamoto, membre de l’Armée rouge japonaise (et précédemment impliqué dans la tournée du "bus rouge", voir "Red Army-PFLP"), seul rescapé de l’opération suicide de l’aéroport de Lod (Israël) en 1972, perd pied lors de son incarcération et voit surgir les spectres des maîtres à penser de l’idéal révolutionnaire dans ses délires éveillés. Bien au delà de la stigmatisation du sort réservés aux pensionnaires terroristes dans les prisons israéliennes, "Prisoner/Terrorist" est avant tout une exploration courageuse et sans concession des méandres de l’âme humaine engagée dans la révolution permanente. Radical dans sa forme, ce film exigeant offre une expérience angoissante et labyrinthique d’approfondissement de la solitude révolutionnaire. Il complète aussi à sa manière le "United Red Army" de Wakamatsu, qui fait ici une apparition discrète en compagnie de son musicien du moment, Jim O’Rourke.

17.05 > 22:00 + 25.05 > 18:00
5€ / 3,5€




Eric Baudelaire, 2011, super8 > video, vo ang & jp st fr & ang, 66'

Fusako Shigenobu quitte le Japon en 1971. Elle fonde l’Armée rouge japonaise, groupuscule terroriste voué au soutien de la lutte palestinienne, et vit au Liban pendant 30 ans. Elle y a une fille, May, née dans la clandestinité, qui ne découvrira le Japon et ne recevra une identité légale que suite à l’arrestation de sa mère en 2000, alors qu’elle a 27 ans. Quand Adachi quitte le Japon, il retrouve Shigenobu à Beyrouth. Tous deux vivront loin de chez eux, sans savoir où cette vie les mènera, et finiront par revenir au pays sans plus jamais pouvoir le quitter.
Eric Baudelaire explore l’idée de ces voyages entre Tôkyô et Beyrouth pour interroger May Shigenobu et Masao Adachi sur leur mémoire, leur parcours, la construction de leur identité. L’autre question centrale du film, ce sont les images et l’imaginaire. May a vécu sans trace visuelle de ses origines (qui auraient pu en dévoiler trop) alors qu’Adachi n’a cessé de tourner et de réfléchir au cinéma, mais a tout perdu pendant les conflits. Pour aborder ce passé sans images, Baudelaire compose un décor fait d’archives et d’extraits de films, mais surtout d’images super8, tournées à Tôkyô et Beyrouth et inspirées de la théorie du paysage d’Adachi. Il participe ainsi lui aussi au voyage, qui le mènera, une étape plus loin, à la réalisation de "The Ugly One".

Eric Baudelaire sera au Nova le 4 mai pour présenter ses films et discuter de son travail avec Adachi. Il sera accompagné par Juliette Navis, actrice principale de "The Ugly One".

04.05 > 18:00 + 23.05 > 22:00
5€ / 3,5€


The Ugly One

البشع

Eric Baudelaire, 2013, HD, ar & ja st fr & ang, 101'

Suite à sa première rencontre avec Masao Adachi sur le documentaire "L’Anabase...", Eric Baudelaire met en route un nouveau processus de création en sa compagnie et répond au désir d’Adachi de retourner au Liban sans pouvoir le concrétiser physiquement. Dans un rapport unique au processus de réalisation – Adachi scénarise depuis le Japon, Baudelaire se réapproprie le script et le met en images – les deux cinéastes réalisent un essai sur l’engagement et la vie, entre autre amoureuse, dans les factions révolutionnaires.
Au départ, seuls l’entame du film et des éléments de contexte sont connus de Baudelaire : une femme et un homme, apparemment familiers, se retrouvent sur une plage d’un Beyrouth fantomatique. La suite se tisse autour de la reconstitution d’un passé incertain, duquel surgissent les contours d’une relation sentimentale traversée par l’implication commune dans une faction révolutionnaire armée. Progressivement, on découvre la dynamique interne du groupe, ses tensions palpables et le spectre lancinant d’une opération malheureuse. Par instants, ce film sous tension offre des respirations contemplatives qui révèlent l’identité précaire de ces guérilleros urbains en quête d’idéal.

Eric Baudelaire sera au Nova le 4 mai pour présenter ses films et discuter de son travail avec Adachi. Il sera accompagné par Juliette Navis, actrice principale de "The Ugly One".

11.04 > 22:00 + 20.04 > 20:00 + 25.04 > 22:00 + 04.05 > 20:30
5€ / 3,5€


En 1966, Masao Adachi croise le chemin de Kôji Wakamatsu, jeune cinéaste autodidacte qui s’est créé un petit modèle économique et artistique à succès dans le cinéma érotique ("pinku eiga"), en produisant lui-même ses films. Wakamatsu est déjà en train de s’imposer grâce à ses prouesses esthétiques et à sa productivité (parfois près de 10 films en un an), il vient en plus de se faire un nom avec un scandale diplomatique international lié à la projection de son "Secrets derrière les murs" à Berlin. Adachi est séduit par le potentiel rebelle et l’accessibilité du "pinku", par l’idée qu’on peut subvertir le genre en y glissant un contenu politique du moment que l’on montre une fille nue toutes les 20 minutes. Wakamatsu exploite déjà cette liberté, mais avec Adachi, il s’engagera encore plus. Ils collaboreront à l’écriture, la production et la réalisation d’une trentaine de films, souvent ancrés dans une actualité toute fraîche grâce à la rapidité des tournages en mode guérilla. Ils se complètent bien : Wakamatsu touche la classe populaire avec son style direct et son appropriation du "pinku", Adachi est l’idéologue et ses scénarios touchent les militants. Ils sont unis par leur âme rebelle et anti-establishment, chacun à leur manière : Wakamatsu disait s’être lancé dans le cinéma "pour pouvoir y tuer des flics sans aller en prison", Adachi, lui, se demandait pourquoi il faudrait choisir entre une caméra et un fusil quand on a deux mains...



Conférence

The cinema of Masao Adachi & Kôji Wakamatsu

by Gô Hirasawa, Dick Stegewerns & Masao Adachi [en anglais]

À l’occasion de cette programmation, et en collaboration avec la Cinematek, nous avons le plaisir d’accueillir deux spécialistes du cinéma japonais pour une conférence (en anglais), à laquelle participera aussi Masao Adachi depuis le Japon.
Gô Hirasawa est chercheur et enseignant à l’université Meiji-Gakuin à Tôkyô, et particulièrement intéressé par les mouvements artistiques d’avant-garde et le cinéma politique, underground et expérimental des années 1960 et 70. Il a écrit plusieurs ouvrages sur Wakamatsu et Adachi.
Dick Stegewerns est professeur associé à l’Université d’Oslo dans la section Modern & Contemporary Japanese Studies.
Tous deux organisent régulièrement des cycles de programmation de films japonais et ont participé à la réalisation de celui-ci.

11.05 > 18:00
Gratis


Sex Jack

性賊 [Seizoku]

Kôji Wakamatsu, 1970, 35mm, vo st fr, 70'

Comme bien d’autres films de la période, "Sex Jack" s’ouvre sur des images des manifestations anti-Anpo. Filmées en beau cinémascope noir et blanc par Wakamatsu, elles sont autrement plus marquantes que les vidéos de manifs que l’on peut voir aujourd’hui. On suit ensuite un petit groupe de militants en déroute suite à la découverte de leur planque par la police et à l’arrestation de leur leader. Ils doivent fuir et sont aidés par un mystérieux petit voleur, dont ils se méfient. D’autant plus qu’il est le seul à ne pas vouloir coucher avec la fille de la bande, dont tous les garçons profitent - il faut bien s’occuper en attendant la révolution. Le groupe se recompose autour de ce marginal, issu du monde ouvrier, contrairement aux autres, tous étudiants. L’opposition est palpable, les soupçons planent sur lui et Wakamatsu amène le thème de l’infiltration des groupes militants par la police de manière inattendue. Il traite comme à son habitude plus des relations humaines dans les groupes révolutionnaires que de la révolution elle-même, s’intéresse à l’échec, à la bêtise, aux rivalités, à la domination et à la violence sexuelle. Wakamatsu l’anarchiste et son scénariste Izuru Deguchi (pseudo utilisé par Adachi pour les films les plus subversifs) sont toujours critiques envers tout le monde et en particulier envers ceux qui ont leur sympathie politique.

10.05 > 20:00
5€ / 3,5€


Red Army-PFLP : Declaration of World War

赤軍-PFLP・世界戦争宣言 [Sekigun-PFLP·sekai sensō sengen]

Masao Adachi & Kôji Wakamatsu, 1971, 16mm, vo st ang, 71'

En 1971, Wakamatsu et Adachi partent présenter "Sex Jack" au festival de Cannes. Avant de rentrer au Japon, ils décident de faire un détour par le Moyen-Orient pour se rendre compte sur place de la lutte du peuple palestinien. Aidés par une japonaise rencontrée à Beyrouth, Fusako Shigenobu, ils vont visiter des camps palestiniens au Liban et en Jordanie et partager la vie quotidienne des révolutionnaires arabes. Ce qu’ils voient et vivent est bien entendu loin de ce que les médias véhiculent mais leur permet aussi de développer un autre regard sur la révolution armée au Japon, déconnectée des masses populaires. Ils rencontrent des gens comme Leila Khaled, Abu Ali Mustafa et George Habash, filment sans relâche et testent la "théorie du paysage" en terre étrangère. Au retour, Adachi fera de ces images un film-manifeste radical contre la désinformation, un objet de propagande pour la révolution mondiale et un document rare qui montre la lutte de l’intérieur. La diffusion du film prend aussi des allures de parcours du combattant, puisqu’il est forcément exclu des circuits traditionnels. Les réalisateurs imaginent des modes de diffusion guérilla, improvisent des projections et organisent une tournée à bord du "bus rouge", qui sillonne le Japon, puis l’Europe et la Palestine, pour montrer le film et en discuter.

11.05 > 21:00
5€ / 3,5€


Ecstasy of the Angels

天使の恍惚 [Tenshi no kōkotsu]

Kôji Wakamatsu, 1972, 35mm, vo st ang, 85'

Après 1970 et l’échec de la lutte contre l’Anpo, les mouvements politiques commencent à s’affaiblir. Des petits groupes se radicalisent, comme l’Armée rouge unifiée à l’extrême-gauche, mais aussi d’autres à l’extrême-droite. Dans "L’extase des anges", une organisation révolutionnaire (inspirée par la "Société des saisons" d’Auguste Blanqui) est minée par des luttes intestines, des trahisons et une paranoïa ambiante. La révolution n’est pas glorieuse. "L’extase..." est un grand cocktail de révolte, de sexe, de violence et de dialectique, le tout bien souvent en même temps, dans un style propre à Wakamatsu ! On le retrouve au sommet de son art avec une mise en scène impressionnante, une utilisation habile du noir et blanc et de la couleur, une bande son mémorable et beaucoup d’émotions fortes.
Réalisée au retour de Palestine, écrite par Adachi et bénéficiant de la participation de quelques membres de l’Armée rouge, cette fiction ne pourrait être plus en lien avec l’actualité : un attentat imaginé dans le film aura lieu pendant sa sortie, aussi concomitante avec la prise d’otage d’Asama. Le film est accusé d’inciter au terrorisme et est retiré des affiches, sauf au Shinjuku Bunka, salle de l’Art Theater Guild. Cette structure de production et distribution née dans la mouvance des 60’s a coproduit le film et le soutiendra jusqu’au bout.

15.05 > 22:00
5€ / 3,5€


United Red Army

実録・連合赤軍 あさま山荘への道程 [Jitsuroku Rengô Sekigun : Asama sansô e no michi]

Kôji Wakamatsu, 2007, 35mm, vo st fr, 190'

Kôji Wakamatsu n’a jamais arrêté de tourner mais ne refait cependant son apparition sur la scène internationale qu’en 2008, avec "United Red Army". Cette grande fresque de trois heures (mise en musique par Jim O’Rourke) propose de reconstituer l’histoire des mouvements révolutionnaires japonais des années 1960 et 70 et marque son retour au cinéma politique. Sans chercher à les glorifier ou à les diminuer, il veut avant tout donner des clés pour comprendre leurs motivations, leurs évolutions et leurs divisions, depuis leur émergence en 1960 jusqu’au drame de la prise d’otage du chalet d’Asama en 1972. Wakamatsu veut aussi, par son film, digérer le traumatisme national qui marqua la fin de l’Armée rouge au Japon : la police assiège le chalet pendant 10 jours et l’événement est fortement médiatisé. Si les militants ont la sympathie d’une partie de la population au début, il est progressivement révélé qu’ils se sont livré à des purges idéologiques et ont massacré une quinzaine de leurs camarades de lutte dans les mois précédents. La nation est en émoi et ces révélations, dramatisées par les médias, assènent un coup sévère aux mouvements d’extrême-gauche au Japon.

22.05 > 20:00 + 01.06 > 20:00
5€ / 3,5€


Nagisa Ôshima, célèbre cinéaste de la nouvelle vague japonaise, s’impose rapidement comme l’un des réalisateurs les plus engagés et les plus inventifs de sa génération. Évoluant d’abord au sein du système, il est vite confronté à ses limites (son film "Nuit et brouillard au Japon", qui questionne les engagements des étudiants dans la lutte contre la première mouture de l’Anpo en 1960, est interdit de diffusion par son propre studio). Il partage avec Wakamatsu, et surtout Adachi, la passion d’un cinéma aventureux et un rejet du système. Wakamatsu est un peu opportuniste et explore souvent les mêmes motifs, mais Adachi (tout comme Katsu Kanai, par exemple) suit l’idée formulée par Ôshima d’un cinéma qui doit sans cesse se réinventer, affirmant la nécessité de ne jamais se répéter. Il partage manifestement aussi pas mal de soirées arrosées dans les bars de Shinjuku avec Adachi et lui offrira de collaborer avec lui sur trois projets, les deux films présentés dans ce cycle et "Le journal d’un voleur de Shinjuku" (1969).



Three Resurrected Drunkards

帰って来たヨッパライ [Kaette Kita Yopparai]

Nagisa Ôshima, 1968, 35mm, vo st ang, 80'

Trois jeunes japonais, fraîchement sortis du collège et de leur baignade maritime, découvrent avec un étonnement amusé que leurs vêtements laissés sur la plage ont été échangés contre des tuniques coréennes et un petit dédommagement. Les voilà à peine habillés en coréens que d’inattendues péripéties s’enchaînent, sans toutefois parvenir à entacher la bonne humeur ludique du trio. Tout cela malgré les deux authentiques coréens, manifestement assoiffés de sang, qui sont à leur poursuite. "Le retour des trois soûlards" se prolonge en chasse à l’homme étonnante, dotée d’un montage novateur qui révélera ses mystères dans son final meurtrier.
Nagisa Ôshima est préoccupé par la discrimination que subit la minorité coréenne du Japon et aborde la question dans plusieurs films, documentaires et fictions. Dans cette comédie pop d’une rare ingéniosité, co-écrite avec Adachi (qui apparaît aussi dans un petit rôle ... de policier !), il rappelle brillamment qu’il est possible de traiter avec intelligence, humour et inventivité des thèmes de société sensibles, tels que le racisme et l’immigration clandestine.

17.05 > 20:00 + 23.05 > 20:00
5€ / 3,5€


Death By Hanging

絞死刑 [Kōshikei]

Nagisa Ôshima, 1968, 35mm, vo st fr & nl, 117'

Dans cette charge contre la peine capitale (toujours en application au Japon) et le nationalisme japonais imbu de racisme envers ses minorités, Nagisa Ôshima met en scène, avec humour et férocité, la pendaison d’un jeune d’origine coréenne coupable de viols et des meurtres de jeunes femmes japonaises. Le rituel encadrant les derniers instants de notre futur pendu se déroule sans accroc... jusqu’à la pendaison elle-même : si le condamné a bien la corde au coup et les pieds à quelques décimètres du sol, il respire encore ! Pire, il semble avoir perdu la mémoire et agit désormais avec la plus grande douceur. Le code nippon est on ne peut plus clair à ce sujet : on ne peut appliquer la peine capitale à un homme qui n’a plus toute sa tête. Effaré, la petite troupe se met en branle pour ranimer son caractère diabolique et lui remémorer ses crimes pour pouvoir enfin, en toute quiétude, le pendre à nouveau.
Ôshima est au sommet de son art et de sa liberté créative dans cette première production de l’Art Theater Guild, qui implique quantité de personnalités de la scène avant-gardiste. Il confie à Adachi l’un des rôles principaux - et un uniforme de gardien de prison ! -, mais aussi la réalisation de la bande-annonce officielle qui deviendra un condensé révolté de la charge critique du film. Nous la diffuserons en avant-programme lors de certaines autres séances de la programmation.

24.05 > 20:00 + 30.05 > 22:00
5€ / 3,5€


squelettes/rubrique-3.html
lang: fr
id_rubrique: 2008
prog: 2004
pos: aval