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sam 07.09.2019
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Pour une bonne révolution
Pour une bonne révolution ? Partir de presque rien ! Chope une hache, du bois à graver, des encres, des tissus récupérés, des mots de toi, d’autres, ta voix, tes désirs de changement. Au sein d’ateliers, tu commences à jouer de quelque outil, tu regardes ce que d’autres font, tu testes, tu échoues (tu t’en fous), tu fabriques ta matière, t’écris, tu déchires, tu couds, tu brodes, tu inscris, tu chipotes, tu élagues, tu t’amuses, tu crées. Déjà TA révolution. Pour pas te sentir seul.e, y aura une dizaine d’autres gens prêt.e.s à révolutionner dans chaque atelier. Des 3 proposés, t’en choisiras un pour aller plus loin. A la fin, on verra bien si le NOVA devient une p’tite T.A.Z. Pour animer ce joyeux soulèvement, l’animation sera assurée par Lucius, lanceur de tronçonneuse, graveur d’emblèmes néo-no-future ; Milady, travailleuse du texte et du slogan à tout vent ; Tatiana, meneuse de tissus et brodeuse de bannières pour changer d’air. Voilà, c’est un peu ça qui devrait se passer. -
El Otro Cristóbal
Territoire fantasmé d’Amérique Centrale, la République dictatoriale de Tecunuman est en pleine ébullition : un faramineux projet de canal émerge. Les politiciens et autres investisseurs sont aux anges. Sauf que les anges, depuis leur paradis d’ennui, en ont décidé autrement. D’un jet de plume, l’archange Gabriel transforme le dictateur Amiral Anastasio en poulet anthropomorphe et libère dans le même temps Cristobal, prisonnier politique barbu et populaire. Anastasio ne supporte sa nouvelle forme et en meurt tandis que Cristobal constitue son cabinet de fortune et nomme Julio, un co-détenu noir, Ministre de l’Intérieur. Et c’est dans un orgue de fortune que tous deux partent soulever le peuple de la Terre contre le dictateur désormais leader du Ciel. Ainsi se tisse la fourmillante trame de base d’"El Otro Cristóbal", l’un des films maudits d’Armand Gatti. Produit en 1962, il représente Cuba au festival de Cannes 1963, sort une semaine dans les salles de l’île et, considéré comme trop français pour les pupilles caribéennes et trop révolutionnaire pour la France, s’enfonce ensuite dans l’anonymat. Son histoire intime est pourtant de celles qui font (...) -
L’époque
Depuis 2005, une année sur deux, sur trois, la France s’enflamme. Des manifestations contre la loi CPE à celles contre la loi travail, des Nuits Debout aux Gilets Jaunes, des ZAD aux émeutes des quartiers, des lycéens aux étudiants, notre imaginaire collectif est désormais saturé de ces images de fumigènes, de voitures brûlées, de CRS qui chargent, de corps qui courent ou reçoivent des coups… Alors "L’époque" est peut être le film qu’on attendait, celui qui arriverait à transformer ce flux constant d’images en l’histoire de notre présent, à les transcender à la hauteur d’un récit cinématographique. Errant à travers les nuits parisiennes, "L’époque" interroge les rêves et les dégoûts d’une jeunesse aux mille visages que son montage lie dans la même matière, celle de l’énergie des corps passionnés, entre colère et joie. Dans ces nuits longues et flottantes où s’abolit le temps et les différences, comme une seule et même nuit hallucinée et rêveuse qui n’en finirait pas, la ville devient aussi un seul immense terrain de lutte et de jeu. Dans l’intimité de l’obscurité, des crépuscules et des demie-teintes, les confidences se déploient, les mots et les (...) -
dim 08.09.2019
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Pour une bonne révolution
Pour une bonne révolution ? Partir de presque rien ! Chope une hache, du bois à graver, des encres, des tissus récupérés, des mots de toi, d’autres, ta voix, tes désirs de changement. Au sein d’ateliers, tu commences à jouer de quelque outil, tu regardes ce que d’autres font, tu testes, tu échoues (tu t’en fous), tu fabriques ta matière, t’écris, tu déchires, tu couds, tu brodes, tu inscris, tu chipotes, tu élagues, tu t’amuses, tu crées. Déjà TA révolution. Pour pas te sentir seul.e, y aura une dizaine d’autres gens prêt.e.s à révolutionner dans chaque atelier. Des 3 proposés, t’en choisiras un pour aller plus loin. A la fin, on verra bien si le NOVA devient une p’tite T.A.Z. Pour animer ce joyeux soulèvement, l’animation sera assurée par Lucius, lanceur de tronçonneuse, graveur d’emblèmes néo-no-future ; Milady, travailleuse du texte et du slogan à tout vent ; Tatiana, meneuse de tissus et brodeuse de bannières pour changer d’air. Voilà, c’est un peu ça qui devrait se passer. -
Rey
Chili, 1858. Orllie-Antoine de Tounens, jeune avocat français, débarque en Terre de Feu animé par un rêve : réunifier les peuples Mapuche de Patagonie et d’Araucanie sous une seule et même bannière. Pour mener à bien son vaste projet, il repart vers ces terres éloignées. Pas de bol, son homme de confiance est mort, le nouveau chef est animé d’une haine vis-à-vis des blancs et son guide traducteur a pour fâcheuse tendance à remâcher les paroles des autochtones à sa sauce… Avant même son intronisation, le roi dévisse. Structuré autour de la reconstitution du procès – réel – de Orllie-Antoine de Tounens par les autorités chiliennes, "Rey" s’émancipe du récit purement historique pour fomenter un coup esthético-politique. Au procès peuplé de masques inertes en papier mâché répondent les prises de vue en 16mm grattées et retravaillées de l’histoire narrée par le roi et son guide. Travail de mémoire qui en explore les failles, manipulations et autres fantasmes, "Rey" bascule dans un univers onirique où le travail virtuose des images accompagne le spectateur dans les zones folles d’une histoire oubliée et de la psyché d’un homme dont la volonté est (...) -
Soy Cuba
Coproduit par l’URSS et Cuba, écrit par un poète russe et un écrivain cubain, la trajectoire du film de Mikhail Kalatozov est marqué par un tournage difficile, le rejet et la censure à sa sortie, et la nuit de l’oubli pour boucler son destin de film maudit. En 1992, il renaît de ses cendres grâce au festival de Telluride et ressort en salle en France en 2003. Ce film mal aimé est pourtant un véritable poème lyrique en hommage aux damnés de la terre. Grâce aux prouesses du chef opérateur Serguei Urussevski, le film déploie de longs plans séquences époustouflants pour se frayer un chemin sensuel et tragique dans l’île à la suite de quatre personnages voués à l’enfer par le capitalisme (l’acteur français Jean Bouise, le Cristobal révolutionnaire de Gatti, est l’un de ses agents). A travers leurs rêves et leurs désespoirs, "Soy Cuba" sinue lentement de la violence du régime de Batista aux prémisses de la révolution de Castro. Loin de tout réalisme social, avec une ambition démesurée, fascinée, formaliste et épique, le film dresse le portrait déchirant d’un peuple réduit à l’esclavage que seules les armes pourront libérer. -
El Otro Cristóbal
Territoire fantasmé d’Amérique Centrale, la République dictatoriale de Tecunuman est en pleine ébullition : un faramineux projet de canal émerge. Les politiciens et autres investisseurs sont aux anges. Sauf que les anges, depuis leur paradis d’ennui, en ont décidé autrement. D’un jet de plume, l’archange Gabriel transforme le dictateur Amiral Anastasio en poulet anthropomorphe et libère dans le même temps Cristobal, prisonnier politique barbu et populaire. Anastasio ne supporte sa nouvelle forme et en meurt tandis que Cristobal constitue son cabinet de fortune et nomme Julio, un co-détenu noir, Ministre de l’Intérieur. Et c’est dans un orgue de fortune que tous deux partent soulever le peuple de la Terre contre le dictateur désormais leader du Ciel. Ainsi se tisse la fourmillante trame de base d’"El Otro Cristóbal", l’un des films maudits d’Armand Gatti. Produit en 1962, il représente Cuba au festival de Cannes 1963, sort une semaine dans les salles de l’île et, considéré comme trop français pour les pupilles caribéennes et trop révolutionnaire pour la France, s’enfonce ensuite dans l’anonymat. Son histoire intime est pourtant de celles qui font (...) -
mer 11.09.2019
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Le Festival Panafricain d’Alger (1969)
Film fleuve, pamphlet anticolonialiste, document historique précieux, "Le Festival Panafricain d’Alger (1969)" immortalise l’utopie panafricaine et l’effervescence anticolonialiste qui suivent les indépendances. Des délégations viennent de toute l’Afrique. Chaque pays parcourt les rues d’Alger en dansant. Concerts, théâtres de rue, discours se succèdent. La ville se transforme en capitale de la révolte passée et à venir aux côtés de ceux qui se battent encore comme Cabral en Guinée Bissau, le FRELIMO au Mozambique ou les Black Panthers. Mariam Makeba chante, Archie Shepp improvise avec les musiciens algériens… La fête bat son plein. L’utopie de l’union est palpable. Mais ces longues séquences musicales prises dans la ville alternent avec des images d’archives glaçantes et des entretiens avec ces figures de la résistance. Émerge alors la profonde gravité de ce moment historique : si une immense bataille vient d’être gagnée, la guerre continue. "Une domination étrangère pour se maintenir doit éliminer la résistance soit en éliminant la source, la culture nationale, soit en éliminant la population" dixit William Klein. Alors "La culture africaine sera (...) -
jeu 12.09.2019
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L’époque
Depuis 2005, une année sur deux, sur trois, la France s’enflamme. Des manifestations contre la loi CPE à celles contre la loi travail, des Nuits Debout aux Gilets Jaunes, des ZAD aux émeutes des quartiers, des lycéens aux étudiants, notre imaginaire collectif est désormais saturé de ces images de fumigènes, de voitures brûlées, de CRS qui chargent, de corps qui courent ou reçoivent des coups… Alors "L’époque" est peut être le film qu’on attendait, celui qui arriverait à transformer ce flux constant d’images en l’histoire de notre présent, à les transcender à la hauteur d’un récit cinématographique. Errant à travers les nuits parisiennes, "L’époque" interroge les rêves et les dégoûts d’une jeunesse aux mille visages que son montage lie dans la même matière, celle de l’énergie des corps passionnés, entre colère et joie. Dans ces nuits longues et flottantes où s’abolit le temps et les différences, comme une seule et même nuit hallucinée et rêveuse qui n’en finirait pas, la ville devient aussi un seul immense terrain de lutte et de jeu. Dans l’intimité de l’obscurité, des crépuscules et des demie-teintes, les confidences se déploient, les mots et les (...) -
El Otro Cristóbal
Territoire fantasmé d’Amérique Centrale, la République dictatoriale de Tecunuman est en pleine ébullition : un faramineux projet de canal émerge. Les politiciens et autres investisseurs sont aux anges. Sauf que les anges, depuis leur paradis d’ennui, en ont décidé autrement. D’un jet de plume, l’archange Gabriel transforme le dictateur Amiral Anastasio en poulet anthropomorphe et libère dans le même temps Cristobal, prisonnier politique barbu et populaire. Anastasio ne supporte sa nouvelle forme et en meurt tandis que Cristobal constitue son cabinet de fortune et nomme Julio, un co-détenu noir, Ministre de l’Intérieur. Et c’est dans un orgue de fortune que tous deux partent soulever le peuple de la Terre contre le dictateur désormais leader du Ciel. Ainsi se tisse la fourmillante trame de base d’"El Otro Cristóbal", l’un des films maudits d’Armand Gatti. Produit en 1962, il représente Cuba au festival de Cannes 1963, sort une semaine dans les salles de l’île et, considéré comme trop français pour les pupilles caribéennes et trop révolutionnaire pour la France, s’enfonce ensuite dans l’anonymat. Son histoire intime est pourtant de celles qui font (...) -
ven 13.09.2019
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La Médiathèque c’est nous
Il y a quelques années, la Médiathèque abandonnait le nom qu’elle portait depuis 1953 pour devenir PointCulture. Ce changement signifiait également une modification de ses missions, ajoutant au prêt de médias d’organiser diverses activités culturelles et éducatives. Depuis janvier 2019, la nouvelle convention qui unit l’’asbl aux pouvoirs publics fait passer à l’’arrière-plan son activité d’’origine, considérée comme dépassée. Dans ce cadre, la direction de l’’asbl a pris une décision radicale : cesser l’’achat de médias et le prêt direct (un exemplaire de chaque média de la collection "historique" restera disponible sur commande), et transformer les médiathèques en espaces de co-working. Ces mesures brutales ont déclenché l’’incompréhension du personnel et des usagers, qui ont lancé une pétition (près de 12.000 signatures à ce jour) et un groupe de travail afin d’’élaborer un projet alternatif de médiathèque du XXIème siècle, et d’’inciter pouvoirs publics et direction à revenir sur leur choix, qui laisserait un vide déplorable dans le paysage culturel. Leur raisonnement est que "de toute façon on trouve tout sur Internet". Mais un catalogue ne (...) -
sam 14.09.2019
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Ludo Is Fantastic
Issu du mouvement international Fluxus dont il perpétue encore aujourd’hui l’esprit anti-conformiste où l’art et la vie sont indissociables, Ludo Mich n’a jamais quitté la marge de la scène underground anversoise depuis le début des années 60. Grand gaillard, à la dégaine de bohème magnifique, aimant s’exprimer par onomatopées, dont le rire tonitruant est le signe d’une liberté qui n’a que faire des conventions, Ludo continue du haut de ses 70 ans à étonner par ses performances rageuses ou ses œuvres plastiques ludiques pour un public peut-être restreint mais fidèle à une intégrité artistique jamais démentie. En suivant les pérégrinations loufoques de Ludo Mich, entrecoupées de témoignages de ses proches, amis et condisciples, d’archives, d’extraits de ses films – dont "Lysistrata", adaptation déjantée de la pièce éponyme d’Aristophane, ou "Multi D:2D" basé sur les techniques holographiques - , "Ludo is Fantastic" parvient à rendre compte de la générosité d’un artiste aux multiples talents, dont l’univers indomptable n’a d’égale que son rire communicatif ! En présence du réalisateur et de Ludo Mich -
F.L.U.T. & Ludo Mich
A la suite d’une performance d’Harry Heirmans réalisée en février 2009 où des instruments motorisés jouaient La Bamba, le duo anversois F.L.U.T. naquit par l’adjonction de chansons originales co-écrites et jouées avec Rufus Michielsen. Bien que leurs instruments se sont entretemps usés au point de sonner faux, depuis dix ans F.L.U.T. se ré-invente au travers de nombreuses collaborations avec des performeurs.es de tout acabit. Ce qui a commencé comme une "blague", est devenu un terrain d’expérimentations obstinées, sans concessions : cris, murmures, gémissements, chuchotements, beats et interactions lyriques, soutenus par un ensemble d’instruments mécaniques et un "platte kiek"... Entre Nick Cave et le Muppetshow (sic) ... Autant d implications intuitives flottant à travers le firmament au sein des égouts de l’art (re-sic). En 10 ans d’existence, F.LU.T. aura ainsi connu de nombreuses errances musicales où l’humour n’est jamais loin, l’esprit Fluxus non plus : celui de Ludo Mich entre autre dont Rufus est aussi le fils. Il se joindra ce soir au duo pour une performance vocale composée sans doute de ses surprenants râles primitifs, l’une de ses spécialités ! www.hyhs.be -
dim 15.09.2019
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La commune (Paris 1871)
Fidèle à son inventivité narrative, Peter Watkins propose avec "La Commune" (son dernier film à ce jour), une sorte de documentaire vivant, exaltant et tragique, sur les journées de mars 1871 qui virent le petit peuple de Paris, pour la quatrième fois en moins d’un siècle, entreprendre une nouvelle révolution... Tout au long de ces 5h45 de cinéma insurrectionnel, Watkins met en abîme les événements de l’époque, parsème le récit de parallèles avec notre époque, en appelle au collectif, à la réflexion et à l’action, et renvoie le spectateur à son sens critique. Son intention est d’élaborer un outil d’apprentissage pouvant aider à disséquer et à mettre en cause les conventions du cinéma et de la télévision. Il ne faut pas aller voir "La Commune" pour y rencontrer les têtes d’affiche d’alors (les Louise Michel, Jules Vallès et autres insurgés) : ce n’est pas le sujet. Tout en étant mû par un grand souci d’exactitude historique, le projet est plus ambitieux : c’est de parole populaire, de la naissance de cette parole, de démocratie à l’aube du XXIe siècle, qu’il est question. Mais également, de la difficile élaboration d’un discours et d’une démarche (...) -
Rey
Chili, 1858. Orllie-Antoine de Tounens, jeune avocat français, débarque en Terre de Feu animé par un rêve : réunifier les peuples Mapuche de Patagonie et d’Araucanie sous une seule et même bannière. Pour mener à bien son vaste projet, il repart vers ces terres éloignées. Pas de bol, son homme de confiance est mort, le nouveau chef est animé d’une haine vis-à-vis des blancs et son guide traducteur a pour fâcheuse tendance à remâcher les paroles des autochtones à sa sauce… Avant même son intronisation, le roi dévisse. Structuré autour de la reconstitution du procès – réel – de Orllie-Antoine de Tounens par les autorités chiliennes, "Rey" s’émancipe du récit purement historique pour fomenter un coup esthético-politique. Au procès peuplé de masques inertes en papier mâché répondent les prises de vue en 16mm grattées et retravaillées de l’histoire narrée par le roi et son guide. Travail de mémoire qui en explore les failles, manipulations et autres fantasmes, "Rey" bascule dans un univers onirique où le travail virtuose des images accompagne le spectateur dans les zones folles d’une histoire oubliée et de la psyché d’un homme dont la volonté est (...) -
jeu 19.09.2019
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Parcelle 808
En juin 2015, Erwann Babin, vidéaste et plasticien, achète un champ d’un hectare : la parcelle 808. Il y plante sa caméra comme on plante un outil agricole et il y restera dix-huit mois, laissant libre cours à sa créativité comme dans un atelier d’artiste à ciel ouvert, à la manière d’un amateur de cabinet de curiosité. Il s’intéresse autant aux excentricités de la nature qu’aux fantaisies de son personnage principal, à la fois acteur, jardinier, artiste et réalisateur. Le film-essai obtenu mêle documentaire, contemplation, installation, performance, vidéo expérimentale, journal intime, fiction, fable poétique. Chaque image est un tableau vivant, chaque proposition est passionnante, toute en humour et délicatesse. La narration suit la chronologie des saisons et saute de liens plastiques en liens poétiques dans un jeu de va-et-vient entre un homme sur le point de devenir père et un champ sur le point de devenir bio. Après ce film, vous ne regarderez plus de la même façon une taupinière, un champ de fleurs, un scarabée, un tuyau d’arrosage, une limace, la boue, le vent ou un pissenlit. Henry David Thoreau n’est pas loin. Le merveilleux et (...) -
El Otro Cristóbal
Territoire fantasmé d’Amérique Centrale, la République dictatoriale de Tecunuman est en pleine ébullition : un faramineux projet de canal émerge. Les politiciens et autres investisseurs sont aux anges. Sauf que les anges, depuis leur paradis d’ennui, en ont décidé autrement. D’un jet de plume, l’archange Gabriel transforme le dictateur Amiral Anastasio en poulet anthropomorphe et libère dans le même temps Cristobal, prisonnier politique barbu et populaire. Anastasio ne supporte sa nouvelle forme et en meurt tandis que Cristobal constitue son cabinet de fortune et nomme Julio, un co-détenu noir, Ministre de l’Intérieur. Et c’est dans un orgue de fortune que tous deux partent soulever le peuple de la Terre contre le dictateur désormais leader du Ciel. Ainsi se tisse la fourmillante trame de base d’"El Otro Cristóbal", l’un des films maudits d’Armand Gatti. Produit en 1962, il représente Cuba au festival de Cannes 1963, sort une semaine dans les salles de l’île et, considéré comme trop français pour les pupilles caribéennes et trop révolutionnaire pour la France, s’enfonce ensuite dans l’anonymat. Son histoire intime est pourtant de celles qui font (...) -
ven 20.09.2019
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El Otro Cristóbal
Territoire fantasmé d’Amérique Centrale, la République dictatoriale de Tecunuman est en pleine ébullition : un faramineux projet de canal émerge. Les politiciens et autres investisseurs sont aux anges. Sauf que les anges, depuis leur paradis d’ennui, en ont décidé autrement. D’un jet de plume, l’archange Gabriel transforme le dictateur Amiral Anastasio en poulet anthropomorphe et libère dans le même temps Cristobal, prisonnier politique barbu et populaire. Anastasio ne supporte sa nouvelle forme et en meurt tandis que Cristobal constitue son cabinet de fortune et nomme Julio, un co-détenu noir, Ministre de l’Intérieur. Et c’est dans un orgue de fortune que tous deux partent soulever le peuple de la Terre contre le dictateur désormais leader du Ciel. Ainsi se tisse la fourmillante trame de base d’"El Otro Cristóbal", l’un des films maudits d’Armand Gatti. Produit en 1962, il représente Cuba au festival de Cannes 1963, sort une semaine dans les salles de l’île et, considéré comme trop français pour les pupilles caribéennes et trop révolutionnaire pour la France, s’enfonce ensuite dans l’anonymat. Son histoire intime est pourtant de celles qui font (...) -
L’époque
Depuis 2005, une année sur deux, sur trois, la France s’enflamme. Des manifestations contre la loi CPE à celles contre la loi travail, des Nuits Debout aux Gilets Jaunes, des ZAD aux émeutes des quartiers, des lycéens aux étudiants, notre imaginaire collectif est désormais saturé de ces images de fumigènes, de voitures brûlées, de CRS qui chargent, de corps qui courent ou reçoivent des coups… Alors "L’époque" est peut être le film qu’on attendait, celui qui arriverait à transformer ce flux constant d’images en l’histoire de notre présent, à les transcender à la hauteur d’un récit cinématographique. Errant à travers les nuits parisiennes, "L’époque" interroge les rêves et les dégoûts d’une jeunesse aux mille visages que son montage lie dans la même matière, celle de l’énergie des corps passionnés, entre colère et joie. Dans ces nuits longues et flottantes où s’abolit le temps et les différences, comme une seule et même nuit hallucinée et rêveuse qui n’en finirait pas, la ville devient aussi un seul immense terrain de lutte et de jeu. Dans l’intimité de l’obscurité, des crépuscules et des demie-teintes, les confidences se déploient, les mots et les (...) -
sam 21.09.2019
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Pas d’or pour Kalsaka
Dans les années 2000, l’État burkinabé lance l’exploitation industrielle de ses ressources aurifères. Dix ans plus tard, le pays est le 4me producteur d’or sur le continent. Avec son quatrième documentaire, sélectionné en compétition officielle au FESPACO, Michel Zongo, réalisateur engagé et relève du cinéma burkinabé, s’attaque aux conséquences de cette ruée vers l’or dans le village de Kalsaka. Il met en scène ce vieux rêve de conquête de l’Ouest à travers un trio de cow boys qui arpente le paysage aride en quête du métal précieux tandis que les habitants de Kalsaka racontent leur vie après l’implantation de la mine. L’histoire se répète : l’industrie minière engendre le déplacement forcé des populations, pollution des eaux, désertification des terres cultivables, précarité d’une économie déjà de subsistance... En mélangeant fiction, documentaire et activisme, Zongo raconte ce qu’il reste de ce rêve capitaliste : la dévastation totale. Mais non sans humour, espoir et dignité puisqu’il s’organise avec les habitants de Kalsaka pour obtenir réparation. -
Sew the Winter into my Skin
En 2018, le Nova projetait "Stillborne" un court de science-fiction produit par Layla Swart et réalisé par Jahmil X.T. Qubeka dans le cadre d’Africa is/in the Future. Cette année, le FESPACO sélectionnait "Sew the Winter to my Skin", une proposition de post-western quasi muet, épique et impressionnant. Il met en scène Kepe, sorte de Robin des Bois sud-africain, qui vole des moutons aux riches blancs, afin de nourrir les siens et les populations pauvres. Le film, retrace, en flashbacks, le parcours de ce personnage étonnant, héros du peuple, jusqu’à son procès, avec une audace formelle spectaculaire, inédite dans le cinéma africain. Nous sommes heureux de proposer le film en regard de celui de Michel Zongo, qui utilise lui aussi, le mythe du western pour évoquer une thématique sociale, de domination et de lutte. -
dim 22.09.2019
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Queimada
Au milieu d’un 19e siècle où les courants favorables à l’abolitionnisme se multiplient, l’agent colonial anglais William Walker (encore lui !) pousse les esclaves de l’île de Queimada à mener la révolution pour affaiblir l’empire portugais. Son but : renforcer les intérêts économique de l’Angleterre dans les Caraïbes et surtout la production et le commerce de la canne à sucre. Dix ans après le coup d’état donnant le pouvoir aux créoles, Walker est de retour sur l’île mais cette fois-ci au service d’une grande compagnie sucrière pour mater la rébellion qu’il a lui même initiée. En 1969, Gillo Pontecorvo est passé maître de la contre-histoire, loin du story-telling des grands romans nationaux, et appuie là où ça fait mal. Avec Franco Solinas, le scénariste de ses deux précédents films "Kapo" et "La Bataille d’Alger", ils remettent le couvert et s’attellent avec "Queimada" à démonter les rouages de la guerre intrusive dans un empire coloniale à l’aube du capitalisme mondialisé. Véritable démonstration filmique sur la déconstruction du colonialisme – l’émancipation du leader de la rébellion incarné par Evanisto Marquez en est presque archétypal –, ce (...) -
Chez jolie coiffure
Sabine vient du Cameroun et tient un petit salon de coiffure dans la galerie à Matonge, Porte de Namur. Dans ce minuscule espace, elle s’occupe des cheveux de ses clientes, mais elle est surtout une oreille attentive aux besoins de ses amis et de sa communauté. A partir de ce petit salon, on vit avec Sabine et ses clientes le regard voyeur des touristes qui passent dans la galerie " africaine " de Bruxelles. Mais on ressent aussi la peur des rafles de flics qui recherchent ceux et celles n’ayant pas les papiers adéquats. Rosine Mbakam filme avec pudeur et justesse, dans une proximité forcée par ce lieu si particulier, et recueille l’histoire bouleversante et puissante de Sabine. Une proposition de cinéma forte sur une situation qui se déroule à quelques centaines de mètres du Nova et dont le film rend compte avec pertinence et empathie. -
Le loup d’or de Balolé
Aïcha Boro filme une carrière de granit à ciel ouvert, d’une impressionnante manière. Photos et cadres magnifiques, de beaux survols, nous font découvrir cet endroit spectaculaire pourtant ignoré par une grande partie de la population de Ouagadougou. Cette présentation formelle engageante et fluide entraîne le spectateur directement au cœur des enjeux de la vie de quelques personnages, parmi quelques 2500 travailleurs s’échinant dans ce trou béant, qui tentent de s’organiser, de créer des solidarités, d’améliorer leurs conditions de travail et leur sécurité. Dans l’après insurrection de 2014, le film arpente les questions que posent ce " nouvel " état des choses, les changements et les espoirs, les déceptions et les prises de consciences émancipatrices qu’elle aura suscité tout en prenant le temps d’écouter et de documenter la riche parole de celles et ceux qui pensent collectivement leur survie. -
jeu 26.09.2019
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El Otro Cristóbal
Territoire fantasmé d’Amérique Centrale, la République dictatoriale de Tecunuman est en pleine ébullition : un faramineux projet de canal émerge. Les politiciens et autres investisseurs sont aux anges. Sauf que les anges, depuis leur paradis d’ennui, en ont décidé autrement. D’un jet de plume, l’archange Gabriel transforme le dictateur Amiral Anastasio en poulet anthropomorphe et libère dans le même temps Cristobal, prisonnier politique barbu et populaire. Anastasio ne supporte sa nouvelle forme et en meurt tandis que Cristobal constitue son cabinet de fortune et nomme Julio, un co-détenu noir, Ministre de l’Intérieur. Et c’est dans un orgue de fortune que tous deux partent soulever le peuple de la Terre contre le dictateur désormais leader du Ciel. Ainsi se tisse la fourmillante trame de base d’"El Otro Cristóbal", l’un des films maudits d’Armand Gatti. Produit en 1962, il représente Cuba au festival de Cannes 1963, sort une semaine dans les salles de l’île et, considéré comme trop français pour les pupilles caribéennes et trop révolutionnaire pour la France, s’enfonce ensuite dans l’anonymat. Son histoire intime est pourtant de celles qui font (...) -
ven 27.09.2019
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Moranbong, chronique coréenne
Après avoir effectué des voyages en Chine et en Sibérie (en compagnie de Chris Marker), Gatti, récemment devenu rédacteur en chef de "Libération", part en Corée du Nord avec une délégation française, la première d’Europe occidentale à être invitée dans le pays après la guerre de Corée, On y retrouve, entre autres, le chansonnier Francis Lemarque, les cinéastes Chris Marker, Claude Lanzmann et Claude-Jean Bonnardot. C’est avec ce dernier que Gatti se lance dans ce film, dont il écrit le scénario, en s’inspirant de l’observation des blessures de la guerre et du traumatisme de la partition d’une nation. Entièrement tourné sur place, avec des artistes et techniciens locaux, le film, hors de tout exotisme mais avec un parti-pris pacifiste, met en scène l’histoire de deux amoureux séparés par la guerre. Jamais projeté en Corée du Nord jusqu’en 2010, le film fut aussi censuré en France jusqu’en 1963 pour "atteinte à la politique étrangère" du pays. -
Agnus Dei
Droit comme un cierge, athlétique et imberbe, il incarne la perfection cléricale. Certainement guidé par le Créateur, il a su faire face au régime proto-soviétique hongrois de 1919 - la République Hongroise des Conseils - et recrute désormais ses ouailles parmi la paysannerie pour, implacable, rétablir l’ordre et punir ce qui dépasse. Avec les communistes, libertaires et anarchistes de tout poil comme cibles de choix de ses rituels assassins. Dans sa trilogie révolutionnaire, Miklós Jancsó – dont nous avons montré le somptueux "Psaume rouge" au mois de juin passé – se sert de ce contexte historique pour mettre en scène la violence des contre-révolutions réactionnaires. Psalmodies et encens embrument l’espace lumineux de ses magnifiques longs plans séquences chorégraphiés avec maestria et des verts vallons sauvés de l’abattement et du désespoir par les chants et musiques d’un peuple qui dispose de ses seuls sons pour narguer le clerc. Un revers de médaille révolutionnaire orchestré d’une magistrale caméra pour un film d’angoisse sociale où ce zélote séducteur incarne à lui seul la renaissance d’un conservatisme mortifère. Jusqu’à la libération finale (...) -
sam 28.09.2019
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Soy Cuba
Coproduit par l’URSS et Cuba, écrit par un poète russe et un écrivain cubain, la trajectoire du film de Mikhail Kalatozov est marqué par un tournage difficile, le rejet et la censure à sa sortie, et la nuit de l’oubli pour boucler son destin de film maudit. En 1992, il renaît de ses cendres grâce au festival de Telluride et ressort en salle en France en 2003. Ce film mal aimé est pourtant un véritable poème lyrique en hommage aux damnés de la terre. Grâce aux prouesses du chef opérateur Serguei Urussevski, le film déploie de longs plans séquences époustouflants pour se frayer un chemin sensuel et tragique dans l’île à la suite de quatre personnages voués à l’enfer par le capitalisme (l’acteur français Jean Bouise, le Cristobal révolutionnaire de Gatti, est l’un de ses agents). A travers leurs rêves et leurs désespoirs, "Soy Cuba" sinue lentement de la violence du régime de Batista aux prémisses de la révolution de Castro. Loin de tout réalisme social, avec une ambition démesurée, fascinée, formaliste et épique, le film dresse le portrait déchirant d’un peuple réduit à l’esclavage que seules les armes pourront libérer. -
Walker
William Walker est un marcheur. D’après le récit officiel, il lui arrivait de mener ses troupes au milieu d’un affrontement armé, dans le sifflement des balles. Mercenaire-missionnaire, Ed Harris (ici à contre-emploi) avance avec détermination, en éclaireur. Ni les procureurs démocrates, ni les guerrieros locaux ne le feront dévier de son dessein : apporter Démocratie et Liberté dans le Nicaragua du milieu du XIXème. Mais cela aurait pu être Cuba, l’Europe de 1945, le Chili, la Corée, l’Afghanistan… Les Etats-Unis ne sont-ils pas un phare qui éclaire l’Humanité ? Certes, le sang a dû couler. Mais ne doutons pas que ses valeureux généraux en ont limité les fatales effusions aux indispensables nécessités de la guerre juste. Comme notre héros lors de sa marche salvatrice cyniquement confrontée aux images de cadavres innombrables et aux miraculeux anachronismes du récit, éclairant ainsi le coup d’état reaganien à venir. Film que tout le monde déconseilla à Cox d’entreprendre, voué à l’échec commercial, mais soutenu par la révolte sandiniste. Car plus Walker avance sous nos yeux, plus la noirceur de ce phare si lumineux apparaît… -
dim 29.09.2019
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Rey
Chili, 1858. Orllie-Antoine de Tounens, jeune avocat français, débarque en Terre de Feu animé par un rêve : réunifier les peuples Mapuche de Patagonie et d’Araucanie sous une seule et même bannière. Pour mener à bien son vaste projet, il repart vers ces terres éloignées. Pas de bol, son homme de confiance est mort, le nouveau chef est animé d’une haine vis-à-vis des blancs et son guide traducteur a pour fâcheuse tendance à remâcher les paroles des autochtones à sa sauce… Avant même son intronisation, le roi dévisse. Structuré autour de la reconstitution du procès – réel – de Orllie-Antoine de Tounens par les autorités chiliennes, "Rey" s’émancipe du récit purement historique pour fomenter un coup esthético-politique. Au procès peuplé de masques inertes en papier mâché répondent les prises de vue en 16mm grattées et retravaillées de l’histoire narrée par le roi et son guide. Travail de mémoire qui en explore les failles, manipulations et autres fantasmes, "Rey" bascule dans un univers onirique où le travail virtuose des images accompagne le spectateur dans les zones folles d’une histoire oubliée et de la psyché d’un homme dont la volonté est (...) -
L’époque
Depuis 2005, une année sur deux, sur trois, la France s’enflamme. Des manifestations contre la loi CPE à celles contre la loi travail, des Nuits Debout aux Gilets Jaunes, des ZAD aux émeutes des quartiers, des lycéens aux étudiants, notre imaginaire collectif est désormais saturé de ces images de fumigènes, de voitures brûlées, de CRS qui chargent, de corps qui courent ou reçoivent des coups… Alors "L’époque" est peut être le film qu’on attendait, celui qui arriverait à transformer ce flux constant d’images en l’histoire de notre présent, à les transcender à la hauteur d’un récit cinématographique. Errant à travers les nuits parisiennes, "L’époque" interroge les rêves et les dégoûts d’une jeunesse aux mille visages que son montage lie dans la même matière, celle de l’énergie des corps passionnés, entre colère et joie. Dans ces nuits longues et flottantes où s’abolit le temps et les différences, comme une seule et même nuit hallucinée et rêveuse qui n’en finirait pas, la ville devient aussi un seul immense terrain de lutte et de jeu. Dans l’intimité de l’obscurité, des crépuscules et des demie-teintes, les confidences se déploient, les mots et les (...) -
El Otro Cristóbal
Territoire fantasmé d’Amérique Centrale, la République dictatoriale de Tecunuman est en pleine ébullition : un faramineux projet de canal émerge. Les politiciens et autres investisseurs sont aux anges. Sauf que les anges, depuis leur paradis d’ennui, en ont décidé autrement. D’un jet de plume, l’archange Gabriel transforme le dictateur Amiral Anastasio en poulet anthropomorphe et libère dans le même temps Cristobal, prisonnier politique barbu et populaire. Anastasio ne supporte sa nouvelle forme et en meurt tandis que Cristobal constitue son cabinet de fortune et nomme Julio, un co-détenu noir, Ministre de l’Intérieur. Et c’est dans un orgue de fortune que tous deux partent soulever le peuple de la Terre contre le dictateur désormais leader du Ciel. Ainsi se tisse la fourmillante trame de base d’"El Otro Cristóbal", l’un des films maudits d’Armand Gatti. Produit en 1962, il représente Cuba au festival de Cannes 1963, sort une semaine dans les salles de l’île et, considéré comme trop français pour les pupilles caribéennes et trop révolutionnaire pour la France, s’enfonce ensuite dans l’anonymat. Son histoire intime est pourtant de celles qui font (...) -
jeu 03.10.2019
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L’époque
Depuis 2005, une année sur deux, sur trois, la France s’enflamme. Des manifestations contre la loi CPE à celles contre la loi travail, des Nuits Debout aux Gilets Jaunes, des ZAD aux émeutes des quartiers, des lycéens aux étudiants, notre imaginaire collectif est désormais saturé de ces images de fumigènes, de voitures brûlées, de CRS qui chargent, de corps qui courent ou reçoivent des coups… Alors "L’époque" est peut être le film qu’on attendait, celui qui arriverait à transformer ce flux constant d’images en l’histoire de notre présent, à les transcender à la hauteur d’un récit cinématographique. Errant à travers les nuits parisiennes, "L’époque" interroge les rêves et les dégoûts d’une jeunesse aux mille visages que son montage lie dans la même matière, celle de l’énergie des corps passionnés, entre colère et joie. Dans ces nuits longues et flottantes où s’abolit le temps et les différences, comme une seule et même nuit hallucinée et rêveuse qui n’en finirait pas, la ville devient aussi un seul immense terrain de lutte et de jeu. Dans l’intimité de l’obscurité, des crépuscules et des demie-teintes, les confidences se déploient, les mots et les (...) -
El Otro Cristóbal
Territoire fantasmé d’Amérique Centrale, la République dictatoriale de Tecunuman est en pleine ébullition : un faramineux projet de canal émerge. Les politiciens et autres investisseurs sont aux anges. Sauf que les anges, depuis leur paradis d’ennui, en ont décidé autrement. D’un jet de plume, l’archange Gabriel transforme le dictateur Amiral Anastasio en poulet anthropomorphe et libère dans le même temps Cristobal, prisonnier politique barbu et populaire. Anastasio ne supporte sa nouvelle forme et en meurt tandis que Cristobal constitue son cabinet de fortune et nomme Julio, un co-détenu noir, Ministre de l’Intérieur. Et c’est dans un orgue de fortune que tous deux partent soulever le peuple de la Terre contre le dictateur désormais leader du Ciel. Ainsi se tisse la fourmillante trame de base d’"El Otro Cristóbal", l’un des films maudits d’Armand Gatti. Produit en 1962, il représente Cuba au festival de Cannes 1963, sort une semaine dans les salles de l’île et, considéré comme trop français pour les pupilles caribéennes et trop révolutionnaire pour la France, s’enfonce ensuite dans l’anonymat. Son histoire intime est pourtant de celles qui font (...) -
ven 04.10.2019
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Subtle turnhips
Le minimalisme hargneux des Subtle Turnhips, c’est de la carne : dure à cuire mais savoureuse quand elle est bien faisandée. Le trio vient de publier son cinquième album en vingt ans, comme à chaque fois sur un label différent du précédent épisode, parvenant à maintenir décent cet étonnant grand écart entre les influences de Captain Beefheart et des Brainbombs. Jamais là où on les attend, n’en faisant qu’à leur tête, les Subtle Turnhips exhalent une troublante folie primitive. Le webzine "Perte et Fracas" les saisit à point : "Subtle Turnhips, c’est bon et rebon parce que c’est méchamment basique, candidement rock’n’roll, vicieusement efficace, foutrement attachant et que ça donne soif." Gageons que l’ouverture du concert d’Eugène Chadbourne au Nova sera électrique et poisseuse. -
Eugene Chadbourne
Eugene Chadbourne est de retour au Nova ! Depuis sa première venue en trio en octobre 2003, il y a souvent remis les pieds, le banjo, les guitares, les grimaces, les reprises, les compos, les duos, les soli, les envolées, du jazz, de la country, du blues, du folk, des boîtes en forme de cercueil, des CD-Rs, des vinyls, des inédits, etc. Évoquer les noms improbables avec qui il a collaboré, ajouterait encore des allitérations et des accumulations à ce texte de présentation qui n’en a pas besoin. La liberté du bonhomme, qu’elle soit intrinsèque à sa musique, la façon de la présenter, de tourner, de voyager, de fabriquer ses disques, lui permet de se renouveler tout en gardant un cap et une passion pour la musique qui ne s’étanche pas avec les ans. Nul doute que de partager la soirée avec un groupe qui, lui aussi, suit ses propres chemins, sera inspirante à plus d’un titre ! -
sam 05.10.2019
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Rey
Chili, 1858. Orllie-Antoine de Tounens, jeune avocat français, débarque en Terre de Feu animé par un rêve : réunifier les peuples Mapuche de Patagonie et d’Araucanie sous une seule et même bannière. Pour mener à bien son vaste projet, il repart vers ces terres éloignées. Pas de bol, son homme de confiance est mort, le nouveau chef est animé d’une haine vis-à-vis des blancs et son guide traducteur a pour fâcheuse tendance à remâcher les paroles des autochtones à sa sauce… Avant même son intronisation, le roi dévisse. Structuré autour de la reconstitution du procès – réel – de Orllie-Antoine de Tounens par les autorités chiliennes, "Rey" s’émancipe du récit purement historique pour fomenter un coup esthético-politique. Au procès peuplé de masques inertes en papier mâché répondent les prises de vue en 16mm grattées et retravaillées de l’histoire narrée par le roi et son guide. Travail de mémoire qui en explore les failles, manipulations et autres fantasmes, "Rey" bascule dans un univers onirique où le travail virtuose des images accompagne le spectateur dans les zones folles d’une histoire oubliée et de la psyché d’un homme dont la volonté est (...) -
Queimada
Au milieu d’un 19e siècle où les courants favorables à l’abolitionnisme se multiplient, l’agent colonial anglais William Walker (encore lui !) pousse les esclaves de l’île de Queimada à mener la révolution pour affaiblir l’empire portugais. Son but : renforcer les intérêts économique de l’Angleterre dans les Caraïbes et surtout la production et le commerce de la canne à sucre. Dix ans après le coup d’état donnant le pouvoir aux créoles, Walker est de retour sur l’île mais cette fois-ci au service d’une grande compagnie sucrière pour mater la rébellion qu’il a lui même initiée. En 1969, Gillo Pontecorvo est passé maître de la contre-histoire, loin du story-telling des grands romans nationaux, et appuie là où ça fait mal. Avec Franco Solinas, le scénariste de ses deux précédents films "Kapo" et "La Bataille d’Alger", ils remettent le couvert et s’attellent avec "Queimada" à démonter les rouages de la guerre intrusive dans un empire coloniale à l’aube du capitalisme mondialisé. Véritable démonstration filmique sur la déconstruction du colonialisme – l’émancipation du leader de la rébellion incarné par Evanisto Marquez en est presque archétypal –, ce (...) -
dim 06.10.2019
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Cineketje
D’une danse amérindienne symbolisant le cycle de la vie de Mélanie Jackson à la révolte d’une chaise par Claude Jutras et Norman McLaren, de la célébration de l’été en musique par un bestiaire greco-romain par Ub Iwerks à l’univers rock façon poil à gratter de Aurel Klimt et sa cloche magique, ce programme de films d’animation spécialement concocté pour nos plus jeunes spectateurs tourbillonne autour des notions de mutation, de rupture et de transformation. Un prolongement ludique et poétique à ce programme récréatif et révolutionnaire.+ Les danseurs de l’herbe+ Story of Flowers+ Summertime+ An Object at Rest+ Dans Paris+ Il était une chaise+ Soudain -
Walker
William Walker est un marcheur. D’après le récit officiel, il lui arrivait de mener ses troupes au milieu d’un affrontement armé, dans le sifflement des balles. Mercenaire-missionnaire, Ed Harris (ici à contre-emploi) avance avec détermination, en éclaireur. Ni les procureurs démocrates, ni les guerrieros locaux ne le feront dévier de son dessein : apporter Démocratie et Liberté dans le Nicaragua du milieu du XIXème. Mais cela aurait pu être Cuba, l’Europe de 1945, le Chili, la Corée, l’Afghanistan… Les Etats-Unis ne sont-ils pas un phare qui éclaire l’Humanité ? Certes, le sang a dû couler. Mais ne doutons pas que ses valeureux généraux en ont limité les fatales effusions aux indispensables nécessités de la guerre juste. Comme notre héros lors de sa marche salvatrice cyniquement confrontée aux images de cadavres innombrables et aux miraculeux anachronismes du récit, éclairant ainsi le coup d’état reaganien à venir. Film que tout le monde déconseilla à Cox d’entreprendre, voué à l’échec commercial, mais soutenu par la révolte sandiniste. Car plus Walker avance sous nos yeux, plus la noirceur de ce phare si lumineux apparaît… -
Le monde parfait
Si vous adoriez les lumières des centres commerciaux quand vous étiez petit. Si, au moment de Noël, vous y rencontriez des lutins automates qui égayaient les allées centrales de leurs sourires malicieux et de leurs activités un peu répétitives certes, néanmoins ensorcelantes. Vous vibrerez de bonheur de retrouver ces petits bonhommes, cette atmosphère de fête et de joyeuses fanfares. "On se croirait à New York ici", pour reprendre les mots du monsieur Loyal du Mall de Beziers, où le dernier documentaire de Patric Jean est tourné. Dans ce film aux allures de "Que sont ils devenus ?" pour celles et ceux qui n’ont plus mis un pied dans un centre commercial depuis longtemps, les fondamentaux sont encore là : des allées colorées, les rires d’ado qui s’y retrouvent, une impression de sécurité grâce aux vigiles qui y travaillent et aux caméras qui y sont installées. Des vendeurs et vendeuses avenant.e.s, accessibles et accueillant.e.s. La possibilité de passer des journées d’émerveillements renouvelés pour les un.es et les froides stratégies marketing des autres, tel ce directeur rappelant leur fonction : "mettre le client en condition de prêt à consommer… (...)+ Toujours plus -
jeu 10.10.2019
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Open Screen
Sans tâtonnement, la révolution n’aura pas lieu ! Fiers concepteurs de films en tous genres, si vos regards se posent sur ces mots, sachez que vos films sont appelés à bouleverser l’univers culturel, au moins le temps d’une séance. Vous ne le savez pas encore, mais participer à un Open Screen, à ses pulsions sous tous formats – sous acide ou même sous l’influence de ferveur propagandiste – c’est déjà prendre part à la révolte à venir ou, du moins, à sa (re)création. Faites vite ! Inscrivez vos films si ils font maximum 15 minutes – seule contrainte. Quatre mois de disette se font sentir et, déjà, la séance se remplit. -
ven 11.10.2019
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El Otro Cristóbal
Territoire fantasmé d’Amérique Centrale, la République dictatoriale de Tecunuman est en pleine ébullition : un faramineux projet de canal émerge. Les politiciens et autres investisseurs sont aux anges. Sauf que les anges, depuis leur paradis d’ennui, en ont décidé autrement. D’un jet de plume, l’archange Gabriel transforme le dictateur Amiral Anastasio en poulet anthropomorphe et libère dans le même temps Cristobal, prisonnier politique barbu et populaire. Anastasio ne supporte sa nouvelle forme et en meurt tandis que Cristobal constitue son cabinet de fortune et nomme Julio, un co-détenu noir, Ministre de l’Intérieur. Et c’est dans un orgue de fortune que tous deux partent soulever le peuple de la Terre contre le dictateur désormais leader du Ciel. Ainsi se tisse la fourmillante trame de base d’"El Otro Cristóbal", l’un des films maudits d’Armand Gatti. Produit en 1962, il représente Cuba au festival de Cannes 1963, sort une semaine dans les salles de l’île et, considéré comme trop français pour les pupilles caribéennes et trop révolutionnaire pour la France, s’enfonce ensuite dans l’anonymat. Son histoire intime est pourtant de celles qui font (...) -
L’époque
Depuis 2005, une année sur deux, sur trois, la France s’enflamme. Des manifestations contre la loi CPE à celles contre la loi travail, des Nuits Debout aux Gilets Jaunes, des ZAD aux émeutes des quartiers, des lycéens aux étudiants, notre imaginaire collectif est désormais saturé de ces images de fumigènes, de voitures brûlées, de CRS qui chargent, de corps qui courent ou reçoivent des coups… Alors "L’époque" est peut être le film qu’on attendait, celui qui arriverait à transformer ce flux constant d’images en l’histoire de notre présent, à les transcender à la hauteur d’un récit cinématographique. Errant à travers les nuits parisiennes, "L’époque" interroge les rêves et les dégoûts d’une jeunesse aux mille visages que son montage lie dans la même matière, celle de l’énergie des corps passionnés, entre colère et joie. Dans ces nuits longues et flottantes où s’abolit le temps et les différences, comme une seule et même nuit hallucinée et rêveuse qui n’en finirait pas, la ville devient aussi un seul immense terrain de lutte et de jeu. Dans l’intimité de l’obscurité, des crépuscules et des demie-teintes, les confidences se déploient, les mots et les (...) -
sam 12.10.2019
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L’enclos
Printemps 1944. Au camp de concentration de Ianenberg, le commandant SS a l’idée de jeter dans un enclos deux détenus condamnés à mort : un Allemand, militant anti-nazi de la première heure, et un juif Français, jusque-là épargné pour avoir su réparer le coucou du commandant. Ils passeront la nuit ensemble, mais à l’aube, celui qui aura eu l’atroce courage de tuer son compagnon sera gracié. Jean Cocteau verra dans ce premier film d’Armand Gatti (tourné en Yougoslavie et accompagné de la voix off de Jean Vilar) : "la transcendance mystérieuse d’un documentaire tourné au cœur même de la haine par quelque diable boiteux. Car on s’étonne qu’un appareil puisse enregistrer les preuves d’un crime sans que les criminels s’en aperçoivent et ne le détruisent. ’L’enclos’ témoigne au même titre que ’Nuit et Brouillard’, le film d’Alain Resnais. Il témoigne avec une puissance irrésistible. Ils nous empoigne par la peau du cou. Il nous jette face à face avec cette tête de Méduse par laquelle notre courage doit se laisser pétrifier et convaincre."+ L’Or du Rhin -
Le lion, sa cage & ses ailes
Cette série de films réalisée en 1975 par le trio composé d’Armand Gatti, de son fils Stéphane Gatti et d’Hélène Châtelain, expose le spectateur à l’immigration ouvrière de ces années-là. Toujours animé de la volonté de briser les barrières et les codes quand c’est nécessaire, la bande à Gatti ne se contente pas de filmer les flux tendus de mécaniques infatigables et d’humains interchangeables. C’est en compagnie de chacune des communautés d’immigrés de l’usine Peugeot de Montbéliard qu’elle va concevoir les scénarios de chacune des parties de cette fresque ouvrière pour devenir une véritable (re)création collective. Une dynamique de réappropriation qui rappelle les groupes Medvedkine menés entre autre par Chris Marker (encore lui) avec deux spécificités pourtant : le trio demeure à la réalisation, ce sont les scenarii qui sont tous issus de co-écritures et quand les groupes Medvedkine s’inscrivent dans des temporalités bouleversées, "Le Lion, sa cage & ses ailes" documente le quotidien. Des huit films, deux ont été sélectionnés.• Arakha• La bataille des 3 P -
dim 13.10.2019
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El Otro Cristóbal
Territoire fantasmé d’Amérique Centrale, la République dictatoriale de Tecunuman est en pleine ébullition : un faramineux projet de canal émerge. Les politiciens et autres investisseurs sont aux anges. Sauf que les anges, depuis leur paradis d’ennui, en ont décidé autrement. D’un jet de plume, l’archange Gabriel transforme le dictateur Amiral Anastasio en poulet anthropomorphe et libère dans le même temps Cristobal, prisonnier politique barbu et populaire. Anastasio ne supporte sa nouvelle forme et en meurt tandis que Cristobal constitue son cabinet de fortune et nomme Julio, un co-détenu noir, Ministre de l’Intérieur. Et c’est dans un orgue de fortune que tous deux partent soulever le peuple de la Terre contre le dictateur désormais leader du Ciel. Ainsi se tisse la fourmillante trame de base d’"El Otro Cristóbal", l’un des films maudits d’Armand Gatti. Produit en 1962, il représente Cuba au festival de Cannes 1963, sort une semaine dans les salles de l’île et, considéré comme trop français pour les pupilles caribéennes et trop révolutionnaire pour la France, s’enfonce ensuite dans l’anonymat. Son histoire intime est pourtant de celles qui font (...) -
La première lettre
En 1978, Gatti s’installe avec la Tribu (nom qu’il donne aux personnes qui travaillent avec lui) dans la ville nouvelle de L’Isle-d’Abeau pour y mener un projet d’écriture collective. Comme point de départ, il écrit un poème sur Roger Rouxel, jeune métallo de Vitry entré en résistance et membre du groupe Manouchian, arrêté, torturé et fusillé au Mont Valérien avec 22 de ses compagnons. L’idée de Gatti est de "donner quelques instants de plus à vivre, à travers votre imaginaire" à Roger Rouxel, au long d’un opéra de sept films qui retrace son amour condamné avec Mathilde, tout en rendant compte de la manière dont des habitants de la région s’emparent du personnage et de son histoire en fonction de leur propre vie. En voici deux extraits, les quatrième et septième épisodes.+ Les loulous+ La dernière nuit -
Nous étions tous des noms d’arbres
En 1981, Gatti s’installe à Derry, en Irlande du Nord , pour y préparer un film avec des habitants de cette ville dévastée par la lutte anglo-irlandaise et les confrontations entre catholiques et protestants. Edward Hobson, 20 ans, chômeur du lancashire, engagé dans l’armée britannique, s’écroule tué par une balle anonyme. Derry ou Londonderry ? Autrefois les lettres de l’alphabet gaélique correspondaient à des noms d’arbres. Derry signifiait : "forêt des petits chênes", puis ils ont changé Derry en Londonderry. C’est au carrefour des noms d’arbres et de ce non sens qu’est tombé le jeune soldat. C’est à ce même carrefour que passent et repassent des enfants de ces ghettos et d’une histoire qu’ils se tatouent sur les bras ou qu’ils gravent sur les murs... La police anglaise mène l’enquête, observe aux moyens de caméras les quartiers "sensibles" de la ville et étudie les fiches signalétiques des suspects potentiels, principalement celles des jeunes du Workshop, école alternative pour l’apprentissage de métiers manuels, qui a pour spécificité d’accueillir indifféremment protestants et catholiques, mais qui est pour la police anglaise un lieu de sédition. -
jeu 17.10.2019
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Octobre : dix jours qui ébranlèrent le monde
Février 1917, une foule abat la statue d’Alexandre III, l’empire russe laisse la place à un gouvernement provisoire où bourgeoisie, armée et Église se partagent le pouvoir. A sa tête, Kerenzsky veut continuer la guerre contre l’Allemagne, à l’encontre de l’aspiration à la paix d’un peuple affamé. Mais la colère gronde à Pétrograde, jusqu’à l’insurrection finale du 25 octobre 1917… Film de commande en vue du jubilé de la révolution bolchévique, "Octobre" ne sortira qu’en 1928, après que Staline aurait exigé d’expurger les scènes avec Trotski qu’il venait d’exclure du Parti. Cette absence du bras droit de Lénine, reprochée pourtant à Eisenstein par la Sovkino dès l’écriture du scénario, n’est d’ailleurs pas la seule infidélité historique du film. Propagande oblige, "Octobre" est d’abord une affabulation de la réalité d’autant plus réussie qu’elle est le fait d’un réalisateur aux théories qui révolutionneront le cinéma. Pourvu d’un montage dynamique dit d’"attraction", aux figures allégoriques et satyriques, hyper-réaliste par ses acteurs non professionnels et mouvements de foules dans les décors mêmes de la révolution, "Octobre" vise d’abord à (...) -
ven 18.10.2019
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L’époque
Depuis 2005, une année sur deux, sur trois, la France s’enflamme. Des manifestations contre la loi CPE à celles contre la loi travail, des Nuits Debout aux Gilets Jaunes, des ZAD aux émeutes des quartiers, des lycéens aux étudiants, notre imaginaire collectif est désormais saturé de ces images de fumigènes, de voitures brûlées, de CRS qui chargent, de corps qui courent ou reçoivent des coups… Alors "L’époque" est peut être le film qu’on attendait, celui qui arriverait à transformer ce flux constant d’images en l’histoire de notre présent, à les transcender à la hauteur d’un récit cinématographique. Errant à travers les nuits parisiennes, "L’époque" interroge les rêves et les dégoûts d’une jeunesse aux mille visages que son montage lie dans la même matière, celle de l’énergie des corps passionnés, entre colère et joie. Dans ces nuits longues et flottantes où s’abolit le temps et les différences, comme une seule et même nuit hallucinée et rêveuse qui n’en finirait pas, la ville devient aussi un seul immense terrain de lutte et de jeu. Dans l’intimité de l’obscurité, des crépuscules et des demie-teintes, les confidences se déploient, les mots et les (...) -
Nous étions tous des noms d’arbres
En 1981, Gatti s’installe à Derry, en Irlande du Nord , pour y préparer un film avec des habitants de cette ville dévastée par la lutte anglo-irlandaise et les confrontations entre catholiques et protestants. Edward Hobson, 20 ans, chômeur du lancashire, engagé dans l’armée britannique, s’écroule tué par une balle anonyme. Derry ou Londonderry ? Autrefois les lettres de l’alphabet gaélique correspondaient à des noms d’arbres. Derry signifiait : "forêt des petits chênes", puis ils ont changé Derry en Londonderry. C’est au carrefour des noms d’arbres et de ce non sens qu’est tombé le jeune soldat. C’est à ce même carrefour que passent et repassent des enfants de ces ghettos et d’une histoire qu’ils se tatouent sur les bras ou qu’ils gravent sur les murs... La police anglaise mène l’enquête, observe aux moyens de caméras les quartiers "sensibles" de la ville et étudie les fiches signalétiques des suspects potentiels, principalement celles des jeunes du Workshop, école alternative pour l’apprentissage de métiers manuels, qui a pour spécificité d’accueillir indifféremment protestants et catholiques, mais qui est pour la police anglaise un lieu de sédition. -
sam 19.10.2019
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Agnus Dei
Droit comme un cierge, athlétique et imberbe, il incarne la perfection cléricale. Certainement guidé par le Créateur, il a su faire face au régime proto-soviétique hongrois de 1919 - la République Hongroise des Conseils - et recrute désormais ses ouailles parmi la paysannerie pour, implacable, rétablir l’ordre et punir ce qui dépasse. Avec les communistes, libertaires et anarchistes de tout poil comme cibles de choix de ses rituels assassins. Dans sa trilogie révolutionnaire, Miklós Jancsó – dont nous avons montré le somptueux "Psaume rouge" au mois de juin passé – se sert de ce contexte historique pour mettre en scène la violence des contre-révolutions réactionnaires. Psalmodies et encens embrument l’espace lumineux de ses magnifiques longs plans séquences chorégraphiés avec maestria et des verts vallons sauvés de l’abattement et du désespoir par les chants et musiques d’un peuple qui dispose de ses seuls sons pour narguer le clerc. Un revers de médaille révolutionnaire orchestré d’une magistrale caméra pour un film d’angoisse sociale où ce zélote séducteur incarne à lui seul la renaissance d’un conservatisme mortifère. Jusqu’à la libération finale (...) -
Bungalow Sessions
Avec sa société de production Les films Furax, Nicolas Drolc écrit, produit, tourne, monte, réalise et distribue des documentaires pour le cinéma, en totale indépendance. Pour rendre compte du bouillonnement de la scène folk, blues et gospel américaine actuelle en gardant la dimension intimiste, militante et spontanée propres à ces musiques, il a invité, chez lui à Nancy, six musiciens à l’occasion de tournées européennes. Moment musical autant que portraits de musiciens, chacun interprète pour le film une ou deux chansons (uncut !), accompagné d’une guitare, un banjo, une mandoline ou un violon, puis se livre sur son rapport à la musique, sa vie aux USA aujourd’hui, ses ressources pour vivre, ce qui les amène à parler de Kierkegaard, la vieillesse, la critique de la société néolibérale, les petits boulots, l’engagement social... Aucun ne recherche la gloire, la musique est leur âme et un moment de partage avec leur public. La façon de filmer au plus proche des musiciens, l’image en noir et blanc expressive, le temps laissé à la musique et à la discussion donnent l’impression d’être avec eux sur la terrasse, dans le jardin ou au grenier. Même s’ils (...) -
Andy Dale Petty
" J’ai rencontré Andy Dale Petty à Huntsville, en Alabama. Dans une de ses poches, il conservait soigneusement une carte du réseau ferroviaire de l’Alabama. Il m’a raconté à quel point il aimait voyager dans des trains de marchandises à la manière des hobos des années 30. Il m’a appris comment courir le long d’un train en marche, comment sauter dans un wagon en surveillant bien les rayons des roues, car ceux-ci peuvent à tout moment vous découper un membre et même la tête. Plus tard ce jour-là, Andy s’est assoupi sur le bois d’un porche humide. Le lendemain, il nous a réveillé au son de sa guitare. Ce sont des types de la trempe d’Andy qui font de l’Amérique ce cauchemar joyeux qu’elle est encore de nos jours. " (Buddah "King" Kahn) Andy Dale Petty est un musicien de folk et de blue grass dans la tradition de Woody Guthrie et Mississippi John Hurt. Né en Géorgie en 1985, il est élevé par sa mère et un clan de cousins. Son premier instrument est l’harmonica, puis le ukulele qui l’amène vers la guitare et le banjo. Il devient musicien de rue, arpente les petites villes du Tennessee avant de sillonner l’Amérique en train et à pied. -
dim 20.10.2019
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Moranbong, chronique coréenne
Après avoir effectué des voyages en Chine et en Sibérie (en compagnie de Chris Marker), Gatti, récemment devenu rédacteur en chef de "Libération", part en Corée du Nord avec une délégation française, la première d’Europe occidentale à être invitée dans le pays après la guerre de Corée, On y retrouve, entre autres, le chansonnier Francis Lemarque, les cinéastes Chris Marker, Claude Lanzmann et Claude-Jean Bonnardot. C’est avec ce dernier que Gatti se lance dans ce film, dont il écrit le scénario, en s’inspirant de l’observation des blessures de la guerre et du traumatisme de la partition d’une nation. Entièrement tourné sur place, avec des artistes et techniciens locaux, le film, hors de tout exotisme mais avec un parti-pris pacifiste, met en scène l’histoire de deux amoureux séparés par la guerre. Jamais projeté en Corée du Nord jusqu’en 2010, le film fut aussi censuré en France jusqu’en 1963 pour "atteinte à la politique étrangère" du pays. -
El Otro Cristóbal
Territoire fantasmé d’Amérique Centrale, la République dictatoriale de Tecunuman est en pleine ébullition : un faramineux projet de canal émerge. Les politiciens et autres investisseurs sont aux anges. Sauf que les anges, depuis leur paradis d’ennui, en ont décidé autrement. D’un jet de plume, l’archange Gabriel transforme le dictateur Amiral Anastasio en poulet anthropomorphe et libère dans le même temps Cristobal, prisonnier politique barbu et populaire. Anastasio ne supporte sa nouvelle forme et en meurt tandis que Cristobal constitue son cabinet de fortune et nomme Julio, un co-détenu noir, Ministre de l’Intérieur. Et c’est dans un orgue de fortune que tous deux partent soulever le peuple de la Terre contre le dictateur désormais leader du Ciel. Ainsi se tisse la fourmillante trame de base d’"El Otro Cristóbal", l’un des films maudits d’Armand Gatti. Produit en 1962, il représente Cuba au festival de Cannes 1963, sort une semaine dans les salles de l’île et, considéré comme trop français pour les pupilles caribéennes et trop révolutionnaire pour la France, s’enfonce ensuite dans l’anonymat. Son histoire intime est pourtant de celles qui font (...) -
Rey
Chili, 1858. Orllie-Antoine de Tounens, jeune avocat français, débarque en Terre de Feu animé par un rêve : réunifier les peuples Mapuche de Patagonie et d’Araucanie sous une seule et même bannière. Pour mener à bien son vaste projet, il repart vers ces terres éloignées. Pas de bol, son homme de confiance est mort, le nouveau chef est animé d’une haine vis-à-vis des blancs et son guide traducteur a pour fâcheuse tendance à remâcher les paroles des autochtones à sa sauce… Avant même son intronisation, le roi dévisse. Structuré autour de la reconstitution du procès – réel – de Orllie-Antoine de Tounens par les autorités chiliennes, "Rey" s’émancipe du récit purement historique pour fomenter un coup esthético-politique. Au procès peuplé de masques inertes en papier mâché répondent les prises de vue en 16mm grattées et retravaillées de l’histoire narrée par le roi et son guide. Travail de mémoire qui en explore les failles, manipulations et autres fantasmes, "Rey" bascule dans un univers onirique où le travail virtuose des images accompagne le spectateur dans les zones folles d’une histoire oubliée et de la psyché d’un homme dont la volonté est (...) -
dim 03.11.2019
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Negativland on Negativland
Au travers d’affiches originales, Negativland évoquera quelques 40 années d’aventures d’ "Art illégal" sur les murs du foyer du Nova. Car outre leurs musiques et chansons expérimentales, leurs nombreuses collaborations artistiques en art plastique s’amusent tout autant à détourner les canons de la propagande des mass média afin de mieux les dénoncer. -
Our Very Favorite Things
En avant-programme du concert de Negativland, une heure de films piochés parmis les plus représentatifs du collectif californien, allant du détournement par la technique aussi simple qu’efficace du montage "cut" d’un documentaire promotionnel des années 60 ou d’une comédie musicale célèbre, aux clips barrés quelques fois ineptes de stupidité à l’égal des emprunts des médias dont ils sont issus, en passant par des films d’animation, certains à la 3D douteuse, avec en exclusivité les vidéos de leur dernier album "True False" ! -
Negativland : TRUE FALSE
Negativland, troublion du sampling subliminale d’une culture consumériste dont nous sommes les proies, revient sur le devant de la scène avec "True False", un double album qui sortira en octobre prochain, où des dizaines de chanteurs échantillonnés se partagent l’affiche ! Cette fois, Negativland aborde entre autres joyeusetés, les fusillades, les abeilles, le contrôle du climat, les chiens se faisant passer pour des enfants, le pétrole que nous mangeons, le capitalisme et le droit de chaque Américain de croire en ce qu’il veut croire … Créé par les derniers survivants du collectif, Mark Hosler, David Wills, Peter Coheim et Jon Leidecker, "True False" a mis près de 7 années pour voir le jour. Une partie des samplings provient de leur émission radio hebdomadaire Over The Edge, faisant ainsi participer les membres disparus prématurément du groupe, Don Joyce, Richard Lyons et Ian Allen. Ce soir, avec leur nouveau show "No Brain", seuls Mark Hosler, membre fondateur, et Jon Leidecker, aka Wobbly, manipuleront les sons et voix glanés à de multiples sources, au rythme d’ instruments électroniques dont les fameux Boopers, ces boîtes de rétroactions (...)