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jeu 28.11.2013
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Enfants des pierres
Évocation à la fois aérée et dédramatisante de la vie quotidienne à Jéricho, "Enfants des pierres" nous propose une plongée dans la vive mosaïque des activités qui animent le quotidien de la jeunesse en terres rocailleuses. Cette vision kaléidoscopique offre un aperçu éclairé de la vie locale par l’exploration, dans le désordre, d’une radio locale, d’un boucher, d’un rendez-vous galant, des démarches d’une jeune politicienne... Par instants, le film nous gratifie de contes modernes et d’écrits ancestraux présentant subtilement les mythes, légendes et autres récits de leur histoire commune telle une mise en abîme de l’héritage avec lequel la jeunesse doit composer pour créer sa propre identité. À mille lieux des images de désolation, le film s’illumine de plans d’une étincelante poésie portés par une musique dépaysante aux tonalités contemporaines cuivrées. Oscillant entre observations du quotidien et respirations poétiques, Maxime Coton dresse un portrait d’une génération active et téméraire. -
Thou Shalt Not
Qui ne connaît pas le cinéma américain d’avant l’autocensure regardera ce documentaire bourré d’extraits les yeux écarquillés. Des films qui défient la morale et la décence : débauche, alcool (en pleine prohibition !), drogue, prostitution, adultère, divorce, nudité, violence, vulgarité, femmes libérées et criminels assumés. On y croise des personnages désenchantés, qui ont la vie dure, sont victimes d’injustices, critiquent l’Amérique, parlent chômage et même marxisme ! En cette période de crise, le spectateur s’identifie à ceux qui tentent de s’en sortir, même par des moyens inavouables, et c’est bien le problème ! Avec le Code, le cinéma devra devenir un instrument de divertissement innocent propageant de bonnes valeurs et ne surtout pas exciter les foules. En-dehors d’une longue liste d’interdits, c’est surtout de morale dont il est question. Le bien et le mal devront être clairement identifiés, l’autorité devra toujours être du bon côté et ceux qui penchent de l’autre devront être punis (le fameux principe de la "compensation morale"). Le crime et le péché ne paieront plus.+ The Mystery of the Leaping Fish+ Betty Boop meets Will Hays -
ven 29.11.2013
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La construction de l’altérité Rom et les politiques publiques à l’échelle européenne
Suivi d’un débat avec : • Bijan Anquetil, réalisateur ("La nuit remue",…), • Martin Olivera, membre de Urba-Roms (Observatoire européen des politiques publiques en direction des groupes dits Roms / Tsiganes), • Ahmed Akhim, président du Centre des Gens du Voyage et des Roms de Wallonie, autour de son livre "Les Roms, Chroniques d’une intégration impensée", co-signé par Jacqueline Fastrès.+ Le terrain -
Cheveux rouges et café noir
Slovaquie. Un portrait, presque onirique, d’une famille et de sa cheffe, perpétuant les visions d’un monde perdu pour beaucoup, qui fut source de vie, de connaissance, d’espérance et de traditions pour les Roms. Mère, grand-mère, cheffe de tribu et fumeuse de tabac intransigeante ! Cette femme raconte avec habileté un héritage afin de transmettre un lègue digne, magique et stoïque à ses descendants. Réalité précaire des bidons-villes, désormais détruits, mouvements perpétuels imposés à cette famille du peuple Rom, carnages gynécologiques, promiscuité, absence de droits à l’idiosyncrasie, il s’agit d’une chronique de la résistance à des invasion invisible mais tangible, aux tentatives de déforestation des corps et des âmes. Suivi d’une rencontre sur l’approche des histoires des Roms, avec : • Milena Bochet, réalisatrice ("Gejza", "Vozar",…), • Tatiana Sîrbu, historienne, chercheuse à l’ULB. -
sam 30.11.2013
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Formation au langage cinématographique
Analyser un film, c’est non seulement interroger une continuité cohérente d’images et de sons génératrice de sens : que me dit-on ? Mais c’est aussi interroger les moyens utilisés par le cinéaste pour la produire : comment me le dit-on ? Au cours de ses années d’enseignement, Thierry Odeyn (professeur de réalisation et d’analyse à l’Insas et à l’Ihecs) a “inventé” une exigence du regard, une approche du réel longuement réfléchie qui a déjà formé plusieurs générations de cinéastes auxquels il a inculqué le désir de témoigner du monde. Sa démarche pédagogique est essentiellement basée sur l’apprentissage du regard, hors de toute convention, de tout académisme. Il faut, au préalable, se constituer les fondements d’une mémoire cinématographique, d’un héritage de références et de réflexions qui permettront ensuite aux futurs cinéastes et spectateurs d’inscrire leur propre démarche dans le prolongement de celles de leurs aînés. Ce regard qui permet de mieux appréhender la confrontation avec les films de grands cinéastes n’est pas neutre, impartial, c’est au contraire un regard personnel, celui d’un auteur. Il naîtra de l’observation créative et prolongée (...) -
Tarzan and His Mate
Le couple formé par Johnny Weissmuller et Maureen O’Sullivan était l’une des clés du succès de "Tarzan, the Ape Man". Il fut donc décidé d’exploiter le potentiel érotico-exotique de cette excitante relation. Les amants, très court vêtus, ne vivent de rien et ne vont pas se laisser facilement tenter par de méchants hommes de Babylone. Se déroule alors sous nos yeux une série de jeux sensuels (auxquels participe même Cheetah...), pimentés d’attaques d’animaux mettant Jane en péril, et qu’un Tarzan toujours viril vient sauver. La scène la plus osée du film est un ballet aquatique dénudé. Si elle sera remplacée à l’époque par une version plus ou moins couverte selon les États (la censure était anticipée, trois versions ont été tournées !), elle déclencha une tornade et accéléra la mise en application du Code. Mais seule la nudité était concernée, le traitement fait aux noirs dans le film ne posait, lui, pas de soucis. Le film est un véritable bijou comme Hollywood savait alors en concocter, à la bande son très inventive (quasi sans musique). Après cet épisode libertin, la censure fera évoluer la série vers le conventionnel et confinera Jane, rhabillée, (...) -
Video Nasties
La censure britannique est réputée comme l’une des plus sévère du monde occidental. Menaçant fréquemment d’interdiction totale, on lui doit des kilomètres de coupes et une bonne liste de films invisibles. Les anglais amateurs de sensations fortes ont donc de tout temps dû trouver des brèches pour satisfaire leur curiosité. La donne changera avec l’arrivée du magnétoscope. Le marché de la VHS, non régulé, explose et permet aux curieux d’y trouver leur compte. Mais le grand public, stupéfait, découvre par la même occasion l’existence de films qu’il aura vite fait de qualifier d’infâmes, indécents, voire de diaboliques. C’est la panique ! Les moralistes crient à l’obscénité et veulent protéger les petits enfants. La presse à scandales s’en mêle et le moindre fait divers est désormais imputé aux "video nasties". La British Board of Film Censors fait l’interface entre l’industrie, le gouvernement et le public depuis sa création en 1912. Elle se voit désormais confier la mission impossible de classifier toutes les vidéos du commerce ! Des raids de police sont organisés dans la confusion totale pour saisir tout ce qui a l’air subversif. Une liste de titres (...)+ Cut It Out -
dim 01.12.2013
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The Public Enemy
Classique du film de gangster, "The Public Enemy" illustre à merveille la représentation du personnage qui "tourne mal", non pas parce qu’il est mauvais, mais parce qu’il n’a d’autre choix. James Cagney personnifie ce gangster-héros. Enfant débrouillard devenu grand, Tom Powers connaît le succès, l’argent, les femmes (Joan Blondell et Jean Harlow se chargent des rôles de charme !). Mais le film est sombre. Pourtant, la censure estimera à l’époque que le dénouement et les difficultés que Powers-Cagney rencontre ne suffisent pas à rétablir la morale (typiquement, le personnage doit se repentir, sombrer dans la déchéance, se faire tuer ou se suicider). Suite à des protestations et à la crainte que le film n’inspire une vague de criminalité, Wellman devra ajouter, au début et à la fin du film, une annonce qui condamne ce milieu et certifier qu’il n’est nullement son intention de le glorifier. Le film a aussi subit de nombreuses coupes à sa sortie dans différents États, selon les lois locales. Ces pratiques étaient courantes et complexifiaient énormément le travail des distributeurs, sans parler du coût des copies massacrées, inutilisables après (...) -
This Film Is Not Yet Rated
En 1968, sous l’impulsion du charismatique Jack Valenti, la MPAA remplace la censure par un système de classification par tranches d’âge (tendance qui sera suivie dans de nombreux pays). Une commission anonyme remet des avis, en apparence de simples recommandations, qui peuvent pourtant avoir une immense influence sur la "carrière" d’un film. En effet, les enjeux économiques de la production et de la diffusion sont tels qu’il y a très peu de prise de risque. Un producteur doit sortir son film dans un maximum de salles pour qu’il soit rentable. S’il obtient un rating qui réduit son public potentiel, il ne sera pas distribué, les médias n’en parleront pas et refuseront même ses pub, les grands magasins ne vendront pas son DVD, il ne passera pas à la TV. Dans un marché tellement contrôlé et centralisé, cela revient à l’étouffer. La tendance est donc au lissage, dans le moule ou par des coupes une fois le film terminé. La classification pousse aussi au cloisonnement, on cible clairement son marché. Les catégories de la MPAA structurent directement la production. Dans ce film-enquête audacieux et drôle, Kirby Dick, aidé d’une détective privée, dévoile (...) -
Histoires d’A
Tourné en avril et mai 1973 sur une initiative du Groupe d’Information Santé (GIS) par Charles Belmont et Marielle Issartel, "Histoires d’A" est un documentaire qui s’inscrit dans la lutte pour la libéralisation de l’avortement et de la contraception. Le film est un témoignage sur ces luttes et plus largement sur les luttes féministes de cette époque. C’est un des premiers films à montrer un avortement par aspiration d’après la méthode Karman, ce qui le fera tomber sous le coup de la loi de juillet 1920 en France, interdisant non seulement l’avortement mais aussi l’incitation à celui-ci. Interdit de diffusion, il sera néanmoins projeté clandestinement à travers la France grâce au relais de groupes de militants avant de se voir autoriser à la diffusion en novembre 1974. Durant cette double carrière, le film aura été vu par des dizaines de milliers de personnes. Il a donc été un formidable outil de sensibilisation et d’information. La projection sera suivie par une rencontre avec Marielle Issartel qui évoquera les histoires d’"Histoires d’A". Avec la collaboration de la Ligue des droits de l’Homme -
jeu 05.12.2013
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Open Screen
Dernier Open Screen de l’année, dans lequel on garde les bonnes habitudes : films de moins de 15 minutes, peu importe le genre et le format, à envoyer une semaine avant la séance au 14 rue d’Arenberg, 1000 Bruxelles, avec une fiche technique... et bien sûr, aucune censure ! Vous aurez aussi l’occasion de découvrir 3 films du réalisateur Tangérois Abdel Mohcine Nakari, qui nous fera le plaisir de nous rendre visite. et aussi : – L’amour Pornographique, Octave Paute, video, 2013,B, 7’ – L’être venu d’ailleurs, Guy Bordin et Madame Dédée, video, 2013, B, 18’ -
ven 06.12.2013
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Baby Face
Dans le cinéma pré-Code, il y a de la place pour des rôles de femmes émancipées qui ne craignent pas de jouer avec les tabous et de remettre les hommes à leur place, voire de les utiliser comme eux peuvent utiliser les femmes. Et c’est là qu’elles marquent leur supériorité, en jouant le jeu des hommes, décontenancés face à des femmes fortes qui assument leurs ambitions sociales, leur sexualité etc. Comme les gangsters, au masculin, elles questionnent et bousculent la société, ses lois et son autorité pour y trouver une place. Plutôt que la force, elles utilisent leurs charmes. Ces personnages peuvent être subtils et ambigus, ont leurs raisons et ne sont pas forcément présentés sous un jour négatif, ce qui est évidemment inacceptable ! Ici, Barbara Stanwyck joue Lily Powers (!), qui quitte sa vie sordide pour New York où elle va gravir les échelons de la société, en même temps que les étages du building où elle travaille, en séduisant les hommes, puis en les jetant pour mieux s’intéresser à leur supérieur. L’ambiguïté morale va pousser certains États à refuser le film. Avant 1934, la pression commerciale pouvait déjà se faire sentir. La Warner va le (...) -
Hollywood Babylon
Rien de tel qu’un petit film d’exploitation sexy et humoristique pour recréer la légendaire ambiance de dépravation du Hollywood des années 1920. On passera son chemin pour la véracité historique puisque le film adapte grossièrement les épisodes relatés, déjà de manière douteuse, par Kenneth Angers dans son livre Hollywood Babylon (qui n’en reste pas moins un excellent document) : suicides, morts mystérieuses, parties fines et folles, orgies supposées réelles sur les plateaux de Griffith ou Von Stroheim, préférences sexuelles des uns et addictions des autres. Les "beautiful people" de l’époque, ou plutôt de vagues sosies, sont tous là : Charlie Chaplin, Jean Harlow, William R. Hearst (le magnat de la presse qui inspira Citizen Kane), Rudolph Valentino et bien sûr "Fatty" Arbuckle, dont le nom restera pour toujours associé à cette Hollywood débauchée. Les "reconstitutions" sont entremêlées d’images d’époque, donnant au tout un ton faussement documentaire, très limite évidemment ! -
sam 07.12.2013
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Aria Tammorra
Andrea, à la recherche de ses racines culturelles, nous invite à rencontrer Zi Giannino, Sabatino et Tonino à travers les campagnes napolitaines. Tous les trois, chanteurs virtuoses des communautés paysannes des alentours du Vésuve, incarnent une tradition musicale d’une vitalité inouïe : la Tammurriata. "J’ai voulu montrer ce qui m’a touché chez ces personnes et qui m’a rendu fort : leur générosité, leur manière d’être, leur plaisir de partager des émotions, cette fantaisie aussi qui les porte à dédramatiser des situations graves. Leur plaisir d’exister avec les autres, en somme, et qu’ils célèbrent dans les fêtes populaires". Il rend hommage à ceux qui réussissent à transmettre un bien précieux : la puissance de la fête. La tradition de la Tammorra, une culture qui résiste à l’uniformisation. Le film sera suivi d’une rencontre avec le réalisateur et d’un court exposé, illustré par ses rushs, sur la danse et le chant de cette tradition musicale napolitaine. -
Le bal
Derniers feux des cultures populaires du sud de l’Italie, les danses traditionnelles sont aujourd’hui pratiquées comme des manifestations collectives, joyeuses et festives, par un public jeune qui se réunit dans les bals. La musique est vive et donne lieu à de véritables moments d’allégresse populaire. Une occasion de vivre un moment fort de rencontres sociales au contact de ces formes d’expressions populaires. La salle de cinéma du Nova se transformera en piste de danse pour accueillir la "Paranza del Geco" et "Le Tre Sorelle". Une compagnie musicale venant d’Italie composée de trois chanteuses et de musiciens de la Paranza. Aidée d’un répertoire de chants traditionnels, la compagnie fera danser l’assemblée aux rythmes des musiques du sud de l’Italie : tarentelles de Calabre et des Pouilles, tammurriata napolitaines et autres pizzica du Salento, mais également aux rythmes de valses et de "scottish" made in Italy. Le bal sera précédé d’une courte initiation. + DJ Aria : un mix de morceaux d’inspiration traditionnelle permettra de prolonger la danse jusqu’au bout de la nuit. -
dim 08.12.2013
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The Silver Screen
Mark Rappaport propose une analyse drôle et passionnante de la représentation de l’homosexualité au cinéma. Des personnages fortement efféminés ou travestis sont visibles dès le début du XXe siècle, l’effet comique est garanti. Mais le sujet est rarement traité autrement que de cette manière et encore moins abordé de front. Avec la mise en place du Code de censure, la sexualité est bannie de l’écran, particulièrement celle qui est "déviante". Les allusions aux sujets tabous sont pourtant encore bien là, de manière plus ou moins subtile et ambiguë. En décortiquant de nombreuses scènes et dialogues de films en apparence innocents, Rappaport lève le voile sur cette dimension insoupçonnée, faites de sous-entendus parfois énormes que seuls les initiés voudront bien voir. Même les acteurs jouant la scène ne semblent pas toujours comprendre les allusions, les regards et les détails piquants. D’autres, tel Rock Hudson auquel Rappaport consacrait déjà un film, s’amusaient au contraire à glisser des références à leur homosexualité même quand ils devaient jouer les machos. -
L’empire des sens
En pleine vague porno-chic, le producteur français Anatole Dauman propose à Ōshima de tourner un "porno intellectuel". Il mettra en scène l’histoire vraie d’Abe Sada, prostituée devenue servante puis maîtresse de son employeur, avec qui elle développe une passion charnelle de plus en plus intense, jusqu’au crime passionnel. Le film est tourné au Japon, mais la pellicule doit être développée en France pour échapper à la censure nippone. Le film fait scandale un peu partout et triomphe là où il n’est pas interdit. Il sort en France (interdit aux mineurs) mais reste invisible au Japon jusqu’en 2000 (dans une version encore censurée). Ōshima est poursuivi dans son pays pour obscénité (il sera jugé innocent). En Belgique, le film sort dans trois salles, dont le Studio Arenberg, c’est-à-dire le Nova actuel ! Après 48h, sur intervention du Parquet, les copies sont saisies à Bruxelles et le film est interdit, l’exhibition d’images contraires aux bonnes mœurs étant condamnable. Le film passe encore pendant 12 jours à Maaseik avant que le Parquet de Tongres n’ordonne également la saisie, sans doute sous pression de son équivalent bruxellois. Trois personnes (...) -
jeu 12.12.2013
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Comme un bruit de machine à coudre
Généralement réservé à la diffusion d’œuvres filmées, cette séance Prima Nova sera quelque peu particulière. Dans la pénombre de la salle de cinéma nous vous inviterons à fermer les yeux et à aiguiser l’oreille pour découvrir les nombreux détails d’un documentaire de création sonore. Il s’agira néanmoins toujours de cinéma. "Comme un bruit de machine à coudre" est en effet un voyage dans le temps, qui nous fait revivre quelques-unes des évolutions majeures dans l’histoire du son au cinéma. Le guide et mentor de ce voyage n’est autre que Jean-Pierre Verscheure, historien et spécialiste des techniques cinématographiques (sonores et de projection), avec qui le Nova a à plusieurs reprises organisé des séances de divulgation sur l’histoire du cinéma. À l’aide de moyens techniques rares, Jean-Pierre Verscheure nous fait redécouvrir des sons oubliés, perdus ou inconnus, et nous invite ainsi à (re)voir autrement des films de jadis. C’est d’ailleurs dans le café du cinéma Nova que la séquence du "Salon Indien" (avec un projecteur des Frères Lumière) fut enregistrée. L’intimité de notre salle de cinéma sera sans aucun doute un beau lieu d’abordage pour ce (...)+ Il était une fois des avant-programmes -
ven 13.12.2013
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Video Nasties
La censure britannique est réputée comme l’une des plus sévère du monde occidental. Menaçant fréquemment d’interdiction totale, on lui doit des kilomètres de coupes et une bonne liste de films invisibles. Les anglais amateurs de sensations fortes ont donc de tout temps dû trouver des brèches pour satisfaire leur curiosité. La donne changera avec l’arrivée du magnétoscope. Le marché de la VHS, non régulé, explose et permet aux curieux d’y trouver leur compte. Mais le grand public, stupéfait, découvre par la même occasion l’existence de films qu’il aura vite fait de qualifier d’infâmes, indécents, voire de diaboliques. C’est la panique ! Les moralistes crient à l’obscénité et veulent protéger les petits enfants. La presse à scandales s’en mêle et le moindre fait divers est désormais imputé aux "video nasties". La British Board of Film Censors fait l’interface entre l’industrie, le gouvernement et le public depuis sa création en 1912. Elle se voit désormais confier la mission impossible de classifier toutes les vidéos du commerce ! Des raids de police sont organisés dans la confusion totale pour saisir tout ce qui a l’air subversif. Une liste de titres (...)+ Cut It Out -
The Silver Screen
Mark Rappaport propose une analyse drôle et passionnante de la représentation de l’homosexualité au cinéma. Des personnages fortement efféminés ou travestis sont visibles dès le début du XXe siècle, l’effet comique est garanti. Mais le sujet est rarement traité autrement que de cette manière et encore moins abordé de front. Avec la mise en place du Code de censure, la sexualité est bannie de l’écran, particulièrement celle qui est "déviante". Les allusions aux sujets tabous sont pourtant encore bien là, de manière plus ou moins subtile et ambiguë. En décortiquant de nombreuses scènes et dialogues de films en apparence innocents, Rappaport lève le voile sur cette dimension insoupçonnée, faites de sous-entendus parfois énormes que seuls les initiés voudront bien voir. Même les acteurs jouant la scène ne semblent pas toujours comprendre les allusions, les regards et les détails piquants. D’autres, tel Rock Hudson auquel Rappaport consacrait déjà un film, s’amusaient au contraire à glisser des références à leur homosexualité même quand ils devaient jouer les machos. -
sam 14.12.2013
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Glorifying the American Girl
Une fine intrigue - une jeune femme aspire à devenir chanteuse - nous emmène dans le monde de Florenz Ziegfeld, ponte des musicals de Broadway avec ses Ziegfeld Follies. Le film suit l’ascension de Gloria, qui abandonnera son amoureux dévoué pour poursuivre sa carrière, et accessoirement une romance avec un manipulateur qui veut lui faire essayer son lit. On découvre, au fil du récit, une série de numéros musicaux mais surtout la grande revue de Ziegfeld qui donne son nom au film et constitue son dernier tiers. On y aperçoit les stars du moment dans des tableaux comiques ou musicaux, de la nudité plus que suggérée (dont une apparition de Johnny Weissmuller encore moins vêtu qu’en Tarzan) et même des grossièretés puisque c’est le premier film dans lequel on peut entendre le mot "damn" (qui choquera pourtant 10 ans plus tard dans "Autant en emporte le vent"). Même si le film est plus innocent que d’autres présentés dans ce cycle, on notera déjà le personnage de la femme de caractère qui poursuit son rêve et refuse la vie de femme au foyer. Et puis surtout, on vous encourage à le découvrir dans sa version complète, extrêmement rare, puisque certaines (...) -
Footlight Parade
James Cagney interprète un créateur de musicals qui doit se recycler à l’arrivée du cinéma parlant, une nouvelle mode qu’il espère passagère... Il a l’idée de monter des prologues - ces spectacles musicaux qui ouvrent les séances de cinéma - sur le modèle des grandes chaînes de magasins, pour en diminuer les coûts et les faire tourner dans un maximum de salles. Son business marche du tonnerre, mais il doit rivaliser avec un autre studio et enchaîne les créations. Voilà un bon prétexte pour une comédie musicale sur l’industrie du cinéma et du spectacle. Surtout si l’on sait que c’est l’immense Busby Berkeley qui se charge de la création et de la mise en scène des numéros musicaux, comme à son habitude éblouissants. Il compose des images hautement suggestives et filme, au plus près et sous tous les angles, les corps de sa ribambelle de danseuses. Les costumes sont minimalistes, les décors grandioses. Mais le film est aussi porté par des acteurs magnifiques et une intrigue prenante. Il n’oublie pas d’avoir de l’humour, se moque de la censure au passage et se permet des allusions osées à l’adultère, la prostitution, la drogue et quelques impertinences, n’est-ce pas Miss B... Rich ? -
dim 15.12.2013
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Fatty Arbuckle & Buster Keaton
Si l’on met de côté la sombre histoire qui mit fin à la carrière de Roscoe "Fatty" Arbuckle, il reste sa filmographie d’acteur et réalisateur, presque tombée dans l’oubli mais très importante. C’est en effet Arbuckle qui lança Keaton au cinéma, qui inspira pas mal d’idées à Chaplin et qui donna une popularité sans égal jusque-là aux comédies burlesques. Il est tout simplement la personnalité la plus populaire d’Hollywood à la fin des années 1910. À partir de 4 ans.+ The Cook+ The Bell Boy -
Tarzan and His Mate
Le couple formé par Johnny Weissmuller et Maureen O’Sullivan était l’une des clés du succès de "Tarzan, the Ape Man". Il fut donc décidé d’exploiter le potentiel érotico-exotique de cette excitante relation. Les amants, très court vêtus, ne vivent de rien et ne vont pas se laisser facilement tenter par de méchants hommes de Babylone. Se déroule alors sous nos yeux une série de jeux sensuels (auxquels participe même Cheetah...), pimentés d’attaques d’animaux mettant Jane en péril, et qu’un Tarzan toujours viril vient sauver. La scène la plus osée du film est un ballet aquatique dénudé. Si elle sera remplacée à l’époque par une version plus ou moins couverte selon les États (la censure était anticipée, trois versions ont été tournées !), elle déclencha une tornade et accéléra la mise en application du Code. Mais seule la nudité était concernée, le traitement fait aux noirs dans le film ne posait, lui, pas de soucis. Le film est un véritable bijou comme Hollywood savait alors en concocter, à la bande son très inventive (quasi sans musique). Après cet épisode libertin, la censure fera évoluer la série vers le conventionnel et confinera Jane, rhabillée, (...) -
Censorship in America
Nous profitons de cette programmation pour vous présenter l’excellent fanzine français Darkness, consacré à la censure cinématographique. Après des numéros sur la violence, sur le sexe et sur la politique, la revue proposera dans son numéro de décembre 2013, deux dossiers particuliers : le premier sur les déviances et perversions au cinéma, notamment japonais, et le second relatif à la censure au cinéma et à la TV aux États-Unis. L’occasion était parfaite d’inviter Christophe Triollet, juriste et rédacteur en chef du fanzine, pour présenter Darkness et aborder en particulier ce dossier sur la censure américaine et revenir sur les grandes étapes de son évolution, du pré-Code à nos jours : Les textes qui régissent l’industrie du cinéma aux États-Unis s’efforcent, depuis sa création, de concilier la liberté d’expression avec celle d’entreprendre. Au fil des années, la profession s’est organisée en imaginant des règles qui, progressivement, ont évolué avec les mœurs et les décisions de la Cour Suprême. -
Thou Shalt Not
Qui ne connaît pas le cinéma américain d’avant l’autocensure regardera ce documentaire bourré d’extraits les yeux écarquillés. Des films qui défient la morale et la décence : débauche, alcool (en pleine prohibition !), drogue, prostitution, adultère, divorce, nudité, violence, vulgarité, femmes libérées et criminels assumés. On y croise des personnages désenchantés, qui ont la vie dure, sont victimes d’injustices, critiquent l’Amérique, parlent chômage et même marxisme ! En cette période de crise, le spectateur s’identifie à ceux qui tentent de s’en sortir, même par des moyens inavouables, et c’est bien le problème ! Avec le Code, le cinéma devra devenir un instrument de divertissement innocent propageant de bonnes valeurs et ne surtout pas exciter les foules. En-dehors d’une longue liste d’interdits, c’est surtout de morale dont il est question. Le bien et le mal devront être clairement identifiés, l’autorité devra toujours être du bon côté et ceux qui penchent de l’autre devront être punis (le fameux principe de la "compensation morale"). Le crime et le péché ne paieront plus.+ The Mystery of the Leaping Fish+ Betty Boop meets Will Hays -
jeu 19.12.2013
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Ion
Au rayon des humains atypiques, je demande Ion. Tour à tour masseur sous le régime de Ceaucescu puis oreille fine pour l’État belge, cet amoureux de littérature a su développer un certain art du retournement. Il tranformera son handicap majeur, sa cécité, en une riche spécificité grâce au développement hors norme de ses autres sens - une ouïe extraordinaire combinée à un toucher peu commun - sans pour autant entamer son amour pour le livre. Spécialiste malgré lui de l’intime, Ion ouvre les portes de sa vie privée en compagnie de ses femme et enfants, vers la découverte du destin épique d’une famille en direction de Bruxelles, au départ d’une Roumanie en pleine mutation. Suivant Ion dans son quotidien, Olivier Magis nous propose un portrait fidèle, ponctué de plans de voyages hypnotisants et par instants magiques. -
The Public Enemy
Classique du film de gangster, "The Public Enemy" illustre à merveille la représentation du personnage qui "tourne mal", non pas parce qu’il est mauvais, mais parce qu’il n’a d’autre choix. James Cagney personnifie ce gangster-héros. Enfant débrouillard devenu grand, Tom Powers connaît le succès, l’argent, les femmes (Joan Blondell et Jean Harlow se chargent des rôles de charme !). Mais le film est sombre. Pourtant, la censure estimera à l’époque que le dénouement et les difficultés que Powers-Cagney rencontre ne suffisent pas à rétablir la morale (typiquement, le personnage doit se repentir, sombrer dans la déchéance, se faire tuer ou se suicider). Suite à des protestations et à la crainte que le film n’inspire une vague de criminalité, Wellman devra ajouter, au début et à la fin du film, une annonce qui condamne ce milieu et certifier qu’il n’est nullement son intention de le glorifier. Le film a aussi subit de nombreuses coupes à sa sortie dans différents États, selon les lois locales. Ces pratiques étaient courantes et complexifiaient énormément le travail des distributeurs, sans parler du coût des copies massacrées, inutilisables après (...) -
ven 20.12.2013
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This Film Is Not Yet Rated
En 1968, sous l’impulsion du charismatique Jack Valenti, la MPAA remplace la censure par un système de classification par tranches d’âge (tendance qui sera suivie dans de nombreux pays). Une commission anonyme remet des avis, en apparence de simples recommandations, qui peuvent pourtant avoir une immense influence sur la "carrière" d’un film. En effet, les enjeux économiques de la production et de la diffusion sont tels qu’il y a très peu de prise de risque. Un producteur doit sortir son film dans un maximum de salles pour qu’il soit rentable. S’il obtient un rating qui réduit son public potentiel, il ne sera pas distribué, les médias n’en parleront pas et refuseront même ses pub, les grands magasins ne vendront pas son DVD, il ne passera pas à la TV. Dans un marché tellement contrôlé et centralisé, cela revient à l’étouffer. La tendance est donc au lissage, dans le moule ou par des coupes une fois le film terminé. La classification pousse aussi au cloisonnement, on cible clairement son marché. Les catégories de la MPAA structurent directement la production. Dans ce film-enquête audacieux et drôle, Kirby Dick, aidé d’une détective privée, dévoile (...) -
Hollywood Babylon
Rien de tel qu’un petit film d’exploitation sexy et humoristique pour recréer la légendaire ambiance de dépravation du Hollywood des années 1920. On passera son chemin pour la véracité historique puisque le film adapte grossièrement les épisodes relatés, déjà de manière douteuse, par Kenneth Angers dans son livre Hollywood Babylon (qui n’en reste pas moins un excellent document) : suicides, morts mystérieuses, parties fines et folles, orgies supposées réelles sur les plateaux de Griffith ou Von Stroheim, préférences sexuelles des uns et addictions des autres. Les "beautiful people" de l’époque, ou plutôt de vagues sosies, sont tous là : Charlie Chaplin, Jean Harlow, William R. Hearst (le magnat de la presse qui inspira Citizen Kane), Rudolph Valentino et bien sûr "Fatty" Arbuckle, dont le nom restera pour toujours associé à cette Hollywood débauchée. Les "reconstitutions" sont entremêlées d’images d’époque, donnant au tout un ton faussement documentaire, très limite évidemment ! -
sam 21.12.2013
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Venom
Le venin du titre, c’est Per, jeune homme mystérieux s’immisçant dans le quotidien d’une famille bourgeoise. Arrogant et manipulateur, il séduit et pervertit la fille et chamboule la famille avec son discours immoral. Il se veut prophète de la chair et passe à l’acte : armé d’un joint et d’une caméra 16mm, il tourne sans cesse, harcèle son entourage et s’essaye à la pornographie. Il initiera mère et fille à ce spectacle... Dans ce film étonnant, Thomsen, réalisateur reconnu dans son pays, s’attaque à un sujet sensible : la déperdition morale de la jeunesse. Il y incorpore des séquences hard pour dénoncer de manière explicite la banalisation de la pornographie et ses conséquences sociales. Il ne prône pas son interdiction, mais revendique au contraire le droit de la critiquer de front en la montrant, au nom de la décence ! Il sera forcément lui-même confronté à la censure et mènera un combat pour la liberté d’expression qui prendra des proportions énormes. Il obtient le maintient de ces scènes dans le film, à la condition qu’elles soient recouvertes d’un X blanc. Mais de manière plus intéressante, son combat contre la censure aura ouvert une brèche (...) -
Sensual Adventures in Scandinavia
Concocté avec Jack Stevenson, le programme de cette longue et chaude nuit d’hiver sera l’occasion de braver les interdits et de découvrir quelques perles érotiques du grand Nord, souvent plus drôles qu’excitantes, il faut bien l’avouer... Nous verrons aussi ce que les mains étrangères font avec la mythologie érotico-scandinave, devenue un genre de cinéma d’exploitation en soi. Ainsi, de la Suisse allemande à Hong Kong, on trouve des films ayant pour cadre les bordels de Copenhague ou les beaux paysages suédois, peuplés de jeunes Inga, Greta, Olga ou autres Ilsa, prénoms dont la simple évocation, à l’époque, suffisait à faire frémir les hommes du monde entier. -
dim 22.12.2013
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Glorifying the American Girl
Une fine intrigue - une jeune femme aspire à devenir chanteuse - nous emmène dans le monde de Florenz Ziegfeld, ponte des musicals de Broadway avec ses Ziegfeld Follies. Le film suit l’ascension de Gloria, qui abandonnera son amoureux dévoué pour poursuivre sa carrière, et accessoirement une romance avec un manipulateur qui veut lui faire essayer son lit. On découvre, au fil du récit, une série de numéros musicaux mais surtout la grande revue de Ziegfeld qui donne son nom au film et constitue son dernier tiers. On y aperçoit les stars du moment dans des tableaux comiques ou musicaux, de la nudité plus que suggérée (dont une apparition de Johnny Weissmuller encore moins vêtu qu’en Tarzan) et même des grossièretés puisque c’est le premier film dans lequel on peut entendre le mot "damn" (qui choquera pourtant 10 ans plus tard dans "Autant en emporte le vent"). Même si le film est plus innocent que d’autres présentés dans ce cycle, on notera déjà le personnage de la femme de caractère qui poursuit son rêve et refuse la vie de femme au foyer. Et puis surtout, on vous encourage à le découvrir dans sa version complète, extrêmement rare, puisque certaines (...) -
Footlight Parade
James Cagney interprète un créateur de musicals qui doit se recycler à l’arrivée du cinéma parlant, une nouvelle mode qu’il espère passagère... Il a l’idée de monter des prologues - ces spectacles musicaux qui ouvrent les séances de cinéma - sur le modèle des grandes chaînes de magasins, pour en diminuer les coûts et les faire tourner dans un maximum de salles. Son business marche du tonnerre, mais il doit rivaliser avec un autre studio et enchaîne les créations. Voilà un bon prétexte pour une comédie musicale sur l’industrie du cinéma et du spectacle. Surtout si l’on sait que c’est l’immense Busby Berkeley qui se charge de la création et de la mise en scène des numéros musicaux, comme à son habitude éblouissants. Il compose des images hautement suggestives et filme, au plus près et sous tous les angles, les corps de sa ribambelle de danseuses. Les costumes sont minimalistes, les décors grandioses. Mais le film est aussi porté par des acteurs magnifiques et une intrigue prenante. Il n’oublie pas d’avoir de l’humour, se moque de la censure au passage et se permet des allusions osées à l’adultère, la prostitution, la drogue et quelques impertinences, n’est-ce pas Miss B... Rich ? -
Baby Face
Dans le cinéma pré-Code, il y a de la place pour des rôles de femmes émancipées qui ne craignent pas de jouer avec les tabous et de remettre les hommes à leur place, voire de les utiliser comme eux peuvent utiliser les femmes. Et c’est là qu’elles marquent leur supériorité, en jouant le jeu des hommes, décontenancés face à des femmes fortes qui assument leurs ambitions sociales, leur sexualité etc. Comme les gangsters, au masculin, elles questionnent et bousculent la société, ses lois et son autorité pour y trouver une place. Plutôt que la force, elles utilisent leurs charmes. Ces personnages peuvent être subtils et ambigus, ont leurs raisons et ne sont pas forcément présentés sous un jour négatif, ce qui est évidemment inacceptable ! Ici, Barbara Stanwyck joue Lily Powers (!), qui quitte sa vie sordide pour New York où elle va gravir les échelons de la société, en même temps que les étages du building où elle travaille, en séduisant les hommes, puis en les jetant pour mieux s’intéresser à leur supérieur. L’ambiguïté morale va pousser certains États à refuser le film. Avant 1934, la pression commerciale pouvait déjà se faire sentir. La Warner va le (...)