Pour certains, Yves Boisset, 1939-2025, était le cinéaste le plus censuré de France, ou du moins de la Cinquième république. Pour d’autres, c’était un arriviste qui déjeunait avec le ministre de l’Intérieur pour faire interdire ses propres films. Où se trouve la vérité ? C’est une question que le réalisateur français s’est beaucoup posée au cours d’une carrière qui a traversé plusieurs décennies.
Disparu en mars, Yves Boisset nous laisse une filmographie riche d’une cinquantaine de longs métrages, pour la télé et le cinéma, qui l’ont vu diriger pêle-mêle Michel Bouquet, Jean Yanne, Sterling Hayden, Patrick Dewaere, Jean-Louis Trintignant, Gian Maria Volonté, Roy Scheider, Lee Marvin ou encore Miou-Miou. Auteur d’œuvres éminemment politiques, son cinéma n’avait pourtant rien d’une thèse. Durant son âge d’or, dans les années 1970, il est parvenu à allier succès populaires, engagement et exigence.
De la guerre d’Algérie au racisme ordinaire, en passant par les médias et la police, le cinéaste est à l’écoute des préoccupations de son temps. Cette conscience politique fait partie de son ADN, elle donne à son cinéma une identité forte et actuelle. Pourtant, il n’obtiendra pas toujours la reconnaissance de ses pairs et/ou de la critique. En cause, une réputation de franc-tireur qui lui vaudra quelques inimitiés.
Passionné de films de genre américains et de série B italienne, il est l’enfant terrible du classicisme et de la Nouvelle vague, le chaînon manquant entre Henri Verneuil et Costa-Gavras. Assistant de Norman Jewison, Claude Sautet, Jean-Pierre Melville, René Clément ou encore Ricardo Freda, on raconte même qu’il aurait été engagé par Kubrick pour trouver la lune qui permettrait à l’humanité de faire un grand pas. Ce sera plutôt un pas de côté pour lui.
En hommage au cinéaste, le Nova propose un cycle qui se concentre sur la première partie de son œuvre, en diffusant quelques-uns de ses films les plus emblématiques, qui témoignent de son caractère frondeur et de son amour enragé du cinéma.