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De quelques évènements sans signification

Pionnier du cinéma moderne marocain, né en 1944 à Oujda, Mostafa Derkaoui a étudié la philosophie à Casablanca avant de se consacrer au théâtre et de connaître aussitôt la censure politique. Après une année d’étude du cinéma à Paris, il part étudier à l’École de Cinéma de Lodz en Pologne, où il s’essaye tant au documentaire qu’à la fiction. Très actif dans la vie politique et artistique de l’époque, son retour au Maroc en 1974 est marqué par un premier long métrage légendaire : "De quelques évènements sans signification". Ce film-manifeste s’inscrit dans la réflexion décoloniale : il est immédiatement interdit par le régime d’Hassan II. Derkaoui mettra de nombreuses années avant de pouvoir à nouveau réaliser et deviendra un réalisateur prolifique, dont les films sont nourris de références au théâtre, à la littérature et à la musique. Ce n’est qu’en 2019 que son premier film a refait surface grâce, entre autres, au travail de recherche de Léa Morin, curatrice et chercheuse indépendante qui nous fera le plaisir de venir le présenter avec d’autres œuvres de Derkaoui.



De quelques évènements sans signification

About Some Meaningless Events

Mostafa Derkaoui, 1974, MA, 35mm > video, vo ar st fr & ang, 76'

Que pensez-vous du cinéma marocain ? "De quelques évènements sans signification" s’ouvre sur cette question. Une équipe de tournage interroge les gens dans les rues de Casablanca : quel sujet devrait aborder le jeune cinéma marocain en cette année 1973 ? Les réponses sont aussi variées que les personnes rencontrées. Les membres de l’équipe, eux aussi, débattent : ambitionnant de "créer un cinéma marocain" indépendant, ils expérimentent et cherchent à bousculer les codes et le langage cinématographiques. Puis tout dérape au son du free-jazz lorsqu’ils se mettent à suivre un jeune homme qui les fascine, tant celui-ci semble contenir en lui toutes les questions sociales, tous les rapports de force et d’exploitation qui agitent le Maroc. L’homme finit par leur échapper dans une impressionnante séquence de bar, et leur rappelle qu’il connaît vraiment la misère, tandis qu’eux ne seront jamais qu’une bande d’intellectuels, toujours en surplomb malgré leurs bonnes intentions. Avec ce premier long métrage, Derkaoui a voulu proposer "une expérience qui soit propre à nous, qui ne reprenne ni les autres expériences faites dans les pays capitalistes, ni celles connues au Tiers-monde". On ne saurait mieux dire, tant ce film est unique : bien que nourri par le néo-réalisme et la Nouvelle Vague, Derkaoui impressionne par sa lucidité sur le prétendu pouvoir du cinéma. Il fait un cinéma d’auteur, et non de hauteur, questionnant les logiques de domination et l’histoire coloniale qui va avec. La censure ne s’y est pas trompé : elle a interdit le film avant même sa sortie. On l’a longtemps cru perdu. Il est retrouvé en 2016, restauré par la Filmoteca de Catalunya et ressorti lors de la 69ème édition de la Berlinale. Le voici pendant 6 semaines sur l’écran du Nova.

→ Le 16.10 à 17:00, le film sera présenté et suivi d’une discussion avec Léa Morin.

16.09 > 20:00 + 17.09 > 22:00 + 22.09 > 22:00 + 25.09 > 18:00 + 29.09 > 20:00 + 09.10 > 15:00 + 16.10 > 17:00   + 23.10 > 20:00
6€ / 4€


Mostafa Derkaoui, 1984, MA, 35mm > video, vo ar st fr, 107'

"Titre Provisoire" est le troisième film signé par Derkaoui, après "De quelques évènements sans signification" (1974) et "Les beaux jours de Shéhérazade" (1982). Chacun des trois films met en scène une équipe de cinéma. En 1974, Derkaoui interprétait un assistant-réalisateur. Cette fois, il joue son propre rôle de cinéaste. Les scènes sur le plateau de tournage s’alternent avec les scènes de vie, parfois de rêve, dessinant le portrait d’un être qui, harcelé par l’idée de la mort, doit apprendre à souffrir. Le tout crée un brassage d’atmosphères et de réflexions sur le désarroi dans lequel est plongé la génération de jeunes Marocains vivant dans les années 80. À l’inverse du premier film de Derkaoui, "Titre Provisoire" n’a jamais disparu : il circule, dans des copies pas toujours de bonne qualité, et dans sa langue originale. Le voici enfin présenté dans sa version numérisée par le Centre cinématographique marocain, et avec des sous-titres français fraîchement réalisés grâce au travail de Léa Morin.

17.09 > 20:00 + 25.09 > 22:00 + 22.10 > 18:00
6€ / 4€


En pleine période des “indépendances”, les jeunes cinéastes marocains étudiants à l’École de cinéma de Łódź vivent, avec leurs camarades venus du monde entier (Asie, Afrique, Amérique Latine…), des années de militantisme politique et de lutte en exil, d’apprentissage de la langue et de la culture polonaise, de combats collectifs en solidarité aux peuples opprimés, d’accès aux cinématographies du monde entier, de découverte et d’exploration de nouveaux milieux artistiques, notamment du free-jazz, de l’art conceptuel et du cinéma politique radical, mais aussi de rencontres avec les marges et les réalités politiques et sociales de la Pologne communiste. Ce programme concoté par Léa Morin retrace les années polonaises d’étudiants marocains à l’École de cinéma de Łódź, entre 1966 et 1973, du cinéma politique à l’expérimental, et notamment les 4 courts métrages réalisés par Mostafa Derkaoui.

→ Compilation présentée et suivie d’une discussion avec Léa Morin.

+ Leçon 41 [Lekcja 41]

Abdellah Drissi, 1966, MA-PL, HD, vo st fr, 7'

Une leçon de Polonais, pour étudiants du monde entier, à partir d’un poème romantique d’Adam Mickiewicz : "Pan Tadeusz".

+ Adoption [Adopcja]

Mostafa Derkaoui, 1968, MA-PL, HD, vo st fr, 4'

Agnieszka est une petite fille noire de l’orphelinat de Łódź. Voudra-t-on l’adopter ?

+ Les gens du caveau [Ludzie z piwnicy]

Mostafa Derkaoui, 1969, MA-PL, HD, vo st fr, 13'

Un groupe d’intellectuels et de musiciens discutent dans une cave de jazz. Parmi eux un journaliste qui vient d’être renvoyé pour avoir fait un reportage sur les Etats Généraux du Cinéma en France après mai 1968.

+ Un jour, quelque part [Gdzieś pewnego dnia]

Mostafa Derkaoui, 1971, MA-PL, HD, vo st fr, 21'

Dans un club de jazz, des étudiants internationaux discutent de l’organisation d’un séminaire en soutien aux luttes révolutionnaires tiers-mondistes, pendant qu’un autre groupe prépare une pièce de théâtre.

+ Amghar

Mostafa Derkaoui, 1968, MA-PL, sans dial, 4'

La capture de Moha ou Hammou Zayani (1863-1921), chef de tribu berbère en lutte contre l’Armée coloniale française entre 1914 et 1921.

+ Une ombre parmi d’autres [Cień wśród innych]

Abdelkader Lagtaa, 1969, MA-PL, HD, sans dial, 5'

Un opposant en exil reçoit une carte postale de menace de la Brigade de liquidation des ennemis politiques.

+ Elżbieta K.

Idriss Karim, 1973, MA-PL, HD, vo st fr, 12'

Bouleversant portrait d’une jeune modèle qui cherche l’indépendance et le bonheur hors des normes reconnues.

+ Chant pour la mort des adolescents [Pieśń na śmierć młodzieńców]

Idriss Karim, 1973, MA-PL, HD, vo st fr, 11'

Essai poétique et surréaliste conçu comme une métaphore cinématographique contre la répression. Censuré.

+ Sofia & Ludmila [Zofia i Ludmiła]

Hamid Ben Said, 1971, MA-PL, HD, vo st fr, 9'

Portrait de deux soeurs, entre leur famille gitane, sédentarisée de force aux alentours de la ville, et leur confrontation avec leurs camarades de classe.

16.10 > 20:00  
6€ / 4€


Exposition réalisée à partir du livre "De quelques évènements sans signification à reconstituer" (à paraître à l’automne 2022 aux Éditions Zamân Books), qui présente la recherche de Léa Morin autour du premier film de Mostafa Derkaoui. Loin de se cantonner à une histoire cinématographique, ce "livre-archive, livre-enquête, livre-action", esquisse à partir des pistes multiples ouvertes par le film, une constellation de micro-histoires qui sont autant de réflexions et propositions de récits à faire émerger sur le Maroc culturel, artistique et politique de 1974.

→ Du 15.09 au 23.10. Vernissage le 16.09 à 19:00.

16.09 > 19:00


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