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Flux numériques et migratoires

Comment représenter le calvaire des migrants, l’horreur qui pousse au départ, à la traversée mortelle, vers la répression ? L’actualité est traversée d’images chocs. On se souvient d’Aylan Kurdi, cet enfant noyé, échoué sur une plage face contre terre. Mais, une fois l’effroi passé, qu’est-ce qui a changé ? Les images du flux d’information s’effacent avec le temps. Le cinéma ne saurait s’en satisfaire. Ces quelques films proposent un contrepoint aux récits classiques de la migration en s’attaquant justement aux vidéos que l’on trouve partout en ligne, qui montrent tout mais où l’on ne voit rien. Ils se penchent sur les images amateurs comme institutionnelles, filment des images plus évocatrices que réalistes : ils rendent évident la difficulté à représenter. Dans Havarie, Scheffner jette tous ses rushs pour ne garder qu’une seule vidéo, trouvée sur Internet, qu’il projette au ralenti : elle devient le symbole de cette impossibilité à montrer. 



Films

Havarie

Philip Scheffner, 2016, DE, DCP, ar 93'

En pleine mer Méditerranée, proche des côtes espagnoles, un rafiot usé est repéré par un paquebot de croisière. Les touristes entassés sur le pont observe de loin ce petit point qui se rapproche, un homme filme la scène. "Havarie" arrête le temps par le biais de cette vidéo de quelques minutes qui est ralentie à l’extrême pour atteindre les 93 minutes qu’il a fallut pour l’opération de sauvetage. Le temps de la prise de vue finit par rejoindre celui de l’observation réelle. Si nous somme hypnotisés par la lenteur du défilement des images nous sommes aussi submergés par les histoires qui composent un paysage sonore riche d’accents et de langues diverses. Des femmes et des hommes partagent leurs souvenirs et déplient le passé, le présent et l’avenir sans que l’on quitte des yeux ce radeau à la dérive. Des confessions d’amour, de guerre, d’exil, comme un éternel début qui éclaire l’Histoire. Un film d’une actualité et d’une force absolue, sur les destins de celles et ceux qui se croisent en Méditerranée.

+ Les Antilopes

Maxime Martinot, 2021, FR, 8'

« Un jour, il y a cent cinquante ans, des milliers d’antilopes se sont jetées ensemble dans la mer », écrivait Marguerite Duras dans Les Cahiers du cinéma en 1980. De cette phrase, énigmatique est né ce court métrage de Maxime Martinot. A partir d’images glanées sur Internet il interroge le genre du documentaire animalier et ses méthodes de tournages. Des antilopes détallent dans des paysages sauvages tentant de fuir des drones intrusifs.

22.05 > 20:00 + 04.06 > 22:00
6€ / 4€


Loredana Bianconi, 2021, BE, DCP, st fr, 83'

“Des portes et des déserts” est un documentaire qui raconte le voyage des migrants. Mais le film prend une forme poétique : s’il raconte la migration, c’est par les sensations qu’elle provoque, la peur, la foule et l’obscurité. Le film est aussi un récit mythique : plus qu’un voyage en particulier, il raconte l’Odyssée, que ce soit celle d’Ulysse, celle d’un peuple dans le désert, celle des hommes et femmes qui traversent la méditerranée. Loredana Bianconi retravaille des vidéos trouvées, décale notre regard vers des tableaux, filme des matières. Les images du film laissent un goût d’abstrait, mais restent toujours identifiables : de l’eau, trop d’eau, des grilles et barbelés, trop de grillages. Au son, des vagues de matières, elles aussi pures textures qui évoquent et invoquent ce que nous connaissons. “Des portes et des déserts” est un poème autant visuel et sonore que textuel : sur l’écran s’inscrit un texte en prose, phrase après phrase. Le film est construit en chapitre, chacun reprenant une étape du voyage, du départ aux interrogatoires. Mais la poésie casse la chronologie et fait sentir ce qui demeure impossible à montrer.

+ The Migrating Image

Stefan Kruse, 2018, DK, DCP, ang st fr, 28'

A son tour, le film de Stefan Kruse raconte le trajet de la migration étape par étape. A son tour, il questionne sa représentation. A chaque moment correspond son imagerie, disponible en ligne : photos trouvées sur les Facebook des passeurs, clips mis en ligne par Frontex, vidéos envoyées par les hommes et femmes depuis les bateaux, film de propagande de l’extrême-droite… Par la mosaïque de point de vue, Kruse met en évidence la difficulté de montrer les déplacements de population.

➞ séances suivies d’une rencontre avec Loredana Bianconi.

Entrée à prix libre.
Les bénéfices de la séance seront reversés à l’association ResQ-People. L’association ResQ-People finance un bateau en Méditerranée dont l’objectif est de sauver des migrants de la noyade.

https://resq.it/en/progetto-2/

26.05 > 19:00  
Free participation


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