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Dominic Gagnon - The Man Who Saved Footage

2008, Dominic Gagnon est réalisateur de films depuis une dizaine d’années. Il se balade sur la jeune plateforme de partage vidéos YouTube. À l’époque, les vidéastes amateurs peuvent directement correspondre d’une vidéo à l’autre et, les internautes, en suivre le fil. Dominic Gagnon y découvre des correspondances de preppers américains, des personnes qui se préparent aux défaillance de l’Etat à venir. L’une d’elle le marque au point qu’il désire la montrer à l’un de ces amis. Raté ! La vidéo a disparu. Auto-censure ou signalement par un autre internaute ? Peu importe, Gagnon découvre là que derrière le fantasme de la mémoire totale d’Internet, des données disparaissent. Il empoigne sa caméra et filme son écran pour sauver une sélection de vidéos de l’entropie numérique. Ainsi naît "RIP in Pieces America" ainsi qu’une pratique qu’il dénomme le Saved Footage et qui deviendra sa seule pratique cinématographique. De son propre aveu, il a, avec la fibre optique, trouvé la juste distance dans sa démarche artistique et sa composition de portraits de personnalités ambiguës qui sont autant de révélateurs de notre société malade, entre autre, de son hyper-connexion. La grande force de son travail est de parvenir à articuler en un temps relativement bref des discours inaudibles cachés dans les angles morts d’Internet.

Il est aujourd’hui l’une des figures centrales du cinéma de captures d’écrans et sera présent du 19 au 21 mai pour présenter son travail et sa pratique.



Dominic Gagnon, 2020, CA, DCP, ang st fr, 77'

2019, Georges est rentré en France. Ses dernières années, il les a passées en Chine dans la désormais fameuse province de Wuhan. Il y enseignait l’anglais, y vivaient de petits boulots taillés sur mesure pour les blancs et, surtout, chaque jour, il alimentait sa chaîne YouTube de vidéos comme un journal intime partagé avec celles et ceux qui ont trouvé leur chemin jusqu’à la chaîne Georges Non Stop. Au début, c’est blagues potaches et conseils consommation. Pourtant, l’amour flou s’étiole et alors qu’il se croyait héritier de l’indépassable pensée des lumières et de l’universalité de ses valeurs, Georges déchante après plusieurs années passées en Chine. Entre réflexes paranoïaques et racisme mutuel, sa situation dégringole à la défaveur d’un désamour d’Etat pour le contenu de ses vidéos. Pendant deux ans, Dominic Gagnon aura ingurgité les plus de deux mille vidéos publiées par Georges pour concevoir ce portrait détonnant d’une personnalité qui, par delà sa confusion manifeste, sera le témoin involontaire de l’extension du domaine du contrôle de tout un chacun par les technologies numériques. Et tandis que Georges narre ses déboires, on se surprend à porter le regard autour de son omniprésent visage et ainsi percevoir les paysages d’une ville de campagne chinoise en pleine mutation.

+ Love Goes Through the Stomach

Neozoon, 2017, DE, DCP, ang 15'

L’imperturbable dissection des rapports de domination de l’homme vis-à-vis du monde animal aurait été incomplet sans évoquer le cadavre comestible : la viande. ASMR sur cuisses de poulet et jouissances scopiques devant les festins de burgers emplissent l’écran et, à nouveau, le dégoût et le rire se côtoient pour un instant de jouissance malsaine.

19.05 > 20:00 + 26.05 > 22:00 + 05.06 > 18:00 + 26.06 > 19:00
6€ / 4€


Dominic Gagnon, 2012, CA, DCP, ang 61'

2012, Joe Talk 100 est un homme en colère. À bord de sa voiture et face à sa caméra embarquée sur son pare-brise, il nous fait part de ses rages fondamentales contre “la cupidité des spéculateurs qui ne foutent rien” ou, par exemple, contre “ce putain d’Islam”. Encore, même si les jolies filles sont “pretty pretty pretty”, tout fout le camp à cause du gouvernement qui est coupable de la mort de millions d’enfants. Bref, Joe hurle. Pour son troisième film en Saved Footage, Dominic Gagnon conçoit son premier portrait en suivant une seule et unique chaîne YouTube. "Big Kiss Goodnight" est une nouvelle variation sur le thème des complotistes confus de droite dont il a synthétisé la parole dans ses deux premiers films de Saved Footage "RIP" et "Pieces of Love All to Hell". Le format coup de poing de l’heure de gueulante de Joe finit par laisser un étrange goût de familiarité avec le vociférant. Un drôle d’exercice de style qui annonce "Big in China. Georges and the Vision Machine".

+ Call of the Wild

Neozoon, 2018, DE, DCP, sans dial, 6'

Déballés, cajolés, abattus, mangés et enfin imités, le destin des animaux est bien étrange dans le regard des humains et de Neozoon. Avec "Call of the Wild", le duo de réalisatrices assemble des vidéos de jeunes gens qui se réapproprient des cris d’animaux dans une mise en scène d’un retour au sauvage.

19.05 > 22:00
6€ / 4€


Dominic Gagnon, 2008, CA, DCP, ang st fr, 60'

2008, des vidéastes amateurs partagent leurs bons plans pour faire face à la faillite à venir de l’état américain. Ils sont armés, adeptes du rationnement militaire et, surtout, ils nous annoncent tous qu’il détiennent (ou sont ?) la vérité. Visages masqués, voix trafiquées ou totalement à découvert, tous parlent du grand Autre à l’origine des dérives de notre époque : les Illuminatis, le nouvel ordre mondial ou encore l’asservissement par les médias. En bref, de la bouche de ces hommes s’exprime une paranoïa des plus communes qui se dissimulaient à l’époque dans les angles morts d’Internet. En effectuant un bout à bout de ces hommes face caméra, Dominic Gagnon rend visible la mise à jour d’une pensée issue des tréfonds de la psyché nord-américaine. Dix ans plus tard, le Trumpisme triomphait. « Soyez prévenus. Il y aura beaucoup de monde comme eux. » nous avertissait pourtant un homme dissimulé derrière ses lunettes noires.

+ Buck Fever

Neozoon, 2012, DE, DCP, sans dial, ang 6'

S’il est une pratique que Neozoon se plaît à disséquer, la chasse est de celles-là. De la visée à la photo-trophée, les réalisatrices croisent plusieurs vidéos de chasse pour, dans une accumulation nauséeuse, en délimiter les motifs et pratiques récurrents

20.05 > 20:00
6€ / 4€


Films

Hoax_Canular

Dominic Gagnon, 2018, CA, DCP, ang 95'

2012, c’est la fin du monde. Dix ans plus tard, on est bien en peine d’apporter un quelconque crédit à cette assertion. Mais souvenez-vous de cette prophétie à vertu auto-réalisatrice : si le calendrier Maya qui était d’une dramatique précision, s’interrompt en 2012 de notre ère, ce ne peut être sans raison. Les adolescents y croyaient-ils ? Nulle ne le sait mais n’y a t-il pas de plus beau jeu que celui de se faire peur ? Alors oui, en 2012, des prêcheurs de l’apocalypse plus ou moins convaincus pullulaient sur les plateformes de partage vidéo. La catégorie d’âge est un cran en dessous de celle des survivalistes de “RIP” mais entre harangues, contre-vérités et armes brandies, on perçoit une filiation. Exercices physiques, souhaits pour les derniers jours avant la fin des temps et techniques de survie s’enchaînent face aux incontournable webcams de ces adolescents qui, dans le dos de leurs parents, jouent à la fin du monde. Puis, soyons de bons comptes, si l’adolescence meurt, autant que l’univers entier crève avec.

+ Black to Back

Ayelet Albenda, 2014, IL, DCP, 5'

Ayelet Albenda a compilé une série de tuto coiffure pour arborer la chevelure d’Amy Winehouse. Effet de style décoiffant : les vidéos et la bande son sont diffusées à rebours.

20.05 > 22:00
6€ / 4€


Films

Data

Dominic Gagnon, 2005, CA, DCP, ang 60'

2005, Dominic Gagnon, sans le sou, accepte le premier travail qui se présente à lui. Il se surnomme désormais Bob le bricoleur et lance le collectif « au travail/at work ». Le projet est de faire de son lieu de travail un lieu d’expérimentation, de jeu et de résidence artistique. Le collectif accueille 200 personnes en 2010. "DATA" en est le manifeste. Des images de détournement de machines d’usine se succèdent aux interviews face caméra de témoignage. On y découvre, par exemple, le récit d’un livreur d’œuvres d’art qui, en chemin, les sortait de leurs emballages de cristal pour en immortaliser la présence sur des aires d’autoroute. Donne un outil à un homme et il jouera avec. Ce slogan condense l’un des aspects de ce film-manifeste qui en appelle aux ouvriers et employés à se jouer de leurs machines-usines et autres bureaux ouverts non pour se sentir bien mais pour dire merde, survivre et partager ces moments de joie et de détournement avec le monde.

+ Parking Lot

Natalie Bookchin, 2008, US, 13'

Même esprit disruptif chez Natalie Bookchin avec "Parking Lot". Le film est un bout-à-bout de vidéos de danseurs de parkings issus du monde entier. Des moments de joie qui se multiplient en des lieux qui incarnent le concept même de fonctionnalisme.

21.05 > 19:00
6€ / 4€


Films

Going South

Dominic Gagnon, 2018, CA, DCP, ang 104'

2015, Dominic Gagnon démarre une cartographie mentale toute personnelle avec "of the North". Pour la première fois, son film quitte les face caméra et se déploie dans des extérieures et des mises en scène amateurs plus fines. Objectif nord quoiqu’en y regardant de plus près, c’est autant en Artique (pôle nord) qu’en Antarctique (pôle sud) que son film nous emmène.
C’est dans les tropiques que se loge son idée du sud. Le soleil, la détente mais aussi les tempêtes et le jeu. Going South, se dit dans le langage populaire d’une situation qui se détériore, qui perd le nord. Ce film kaléidoscopique alterne une série de portraits dont une mamie qui partage ses sessions d’un jeux vidéo paléolithique en ligne ou un homme qui nous parle de la théorie de la Terre plate avec des séquences de fêtes, de lourdes gueules de bois et de catastrophes. Un voyage au cœur des tropiques pour une expérience qui secoue, bref, le Sud !

+ Several Interruptions

Alison Craighead & Jon Thomson, 2009, GB-GB, DCP, 3'

Avant le grand plongeon dans la montagne russe méridionale, un moment d’apnée avec trois écrans pour, ensemble, retenir nos souffles.

21.05 > 21:00
6€ / 4€


Dominic Gagnon, 2022, CA, DCP, ang st fr, 20'

2022, les prouesses technologiques de nos appareils numériques ne cessent de créer de nouvelles images amateurs impensables il y a une paire d’années seulement. Images de parachutistes équipés de Go Pro ou globes inattendus résultant de la mise à plat d’imagerie en 360° font intégralement partie de la matière du film en cours de réalisation de Gagnon où confinement et éclate aérienne se percutent. La version de dix minutes nous a réjouie ; nous avons hâte de découvrir la nouvelle en votre compagnie !

+ One Minute to Zero

Olivier Dutel, 2022, FR, 16mm > video, sans dial, 38'

Après la chute gravitationnelle, "One Minute to Zero" nous plonge dans une transe visuelle et sonore aux frontières du psychédélique. Imaginez un instant une scène de free party en Inde avec ses camions géants bordés de néons qui côtoie une fin de soirée bas de plafond béton français le tout récolté en 16mm avec pour interlude, un crapaud qui croasse. Déployer comme ça, l’imaginaire s’envole peut-être. En d’autres mots, plus concrets peut-être : "One Minute to Zero" est une compilation d’images de Free Party kinescopées en 16mm (montrée en DCP par choix du réalisateur) portée par le son hasardeux et saturé des téléphones portables ainsi qu’une transformation des lumières et des couleurs par le passage sur bobine de ces images pauvres trouvées sur Internet. Une transe qui nous transporte et se prolongera dans le bar pour une soirée dantesque et pleine de bobines !

21.05 > 23:00
6€ / 4€


2022 toujours, au bar, c’est la fête ! Curieux de voir le résultat de la captation d’images en 16mm pour le film "One Minute to Zero", nous avons demandé à Olivier Dutel d’embarquer les bobines avec lui. Elles seront là ! et, mieux, nous prolongerons l’esprit des Free Party du film avec des projection de boucles 16mm et un DJ set de Room Nocte, missionnaire du textured beat. Les lumières n’en finiront pas de nous éclater la rétine pour une nuit de camions néons et de flashs au son les plus pétant au coeur du bar du Nova.

21.05 > 23:30


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