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Filmer le paysage et composer avec les vivant·es

De la peinture de paysage de la fin du XIVe siècle à l’imagerie de Google Earth, chaque outil de représentation du monde impose une conception des usages de la Terre. L’instrument précède le regard, il impose des formes de récits, un imaginaire, et ceux-ci conduisent à des façons d’être au monde. Notre époque troublée impose ainsi un questionnement à propos des manières de documenter les alliances, les conflits et les bifurcations nécessaires à de nouveaux modes de perception. Par les régimes d’attention qu’il suggère et cultive, par les conceptions de l’image et techniques qu’il mobilise, le cinéma documentaire est un instrument crucial dans la grande entreprise en cours de documentation des « zones critiques » où interagissent les vivants.

Pour ces quatre soirées, le CVB et le GSARA proposent d’envisager le cinéma documentaire comme le vecteur d’ « un rapport renouvelé à la nature et au non-humain, où une certaine conception du paysage est remplacée par celle d’un milieu vivant et relationnel » (Teresa Castro). Rencontres, conférences et projections alterneront afin de cerner au mieux ce que c’est de « composer avec les vivants ».

Ce cycle constitue le cinquième opus de la résidence Conversation mise en place par le CVB et le GSARA et s’inscrit dans le cadre du festival En ville !



Conférence

Teresa Castro - Réanimer la nature

Pour un cinéma animiste à l’ère de la crise écologique

Le point de départ de cette intervention est l’idée que la crise écologique que nous traversons aujourd’hui est indissociable d’une crise de la sensibilité et des formes de l’attention. Face à la perspective de plus en plus réelle d’une planète inhabitable, il est urgent d’imaginer une éthique du soin : une relation plus attentive, inclusive et généreuse avec la nature et l’autre qu’humain. C’est dans ce contexte que les formes sensibles ont un rôle politique à jouer. Inspirée par les travaux de Val Plumwood, et prenant le cas du cinéma comme exemple, j’aimerais suggérer que les images filmiques peuvent, potentiellement, nous aider à réanimer la nature. Il ne s’agit pas de défendre que le cinéma doit être mis au service des discours écologiques, mais de proposer qu’il a la capacité de restaurer l’émerveillement devant le monde dont nous avons plus que jamais besoin.

21.10 > 20:00  
Gratis


Elise Florenty & Marcel Turkowsky, 2019, BE-FR, DCP, vo fr ,ang ,de ,ar ,zh ,el ,pl ,ru & th st fr, 40'

Un jeune Athénien exilé sur l’île aride et militarisée de Lemnos se retrouve au cœur de deux complots tragiques qui hantent le territoire : l’un du passé – la trahison de l’Argonaute Filoktitis, l’autre du futur – la guerre dystopique du jeu vidéo Altis.

+ Conversation with a Cactus

Elise Florenty & Marcel Türkowsky, 2017, BE-FR, DCP, vo ja st fr, 45'

Mei, une tokyoïte de 30 ans, vient d’envoyer une lettre à son ami Toshi qui vit à Hambourg. Elle lui parle de haïkus, de souvenirs étranges de leur enfance et des dernières nuits d’été suffocantes où la fièvre dengue menace. Elle lui raconte aussi son dernier rêve empreint d’une atmosphère de complot d’État qui l’a conduit sur les traces du couple légendaire Hashimoto et de leur curieuse expérience, consistant à communiquer avec un cactus, via un détecteur de mensonge, afin qu’il devienne un éventuel témoin de crimes futurs.

La projection sera suivie d’une rencontre avec la réalisatrice et le réalisateur.

21.10 > 22:00  
6€ / 4€


Le biologiste et philosophe des sciences Alexis Zimmer s’intéresse aux processus de contamination des corps et des paysages dans le contexte de l’Europe industrialisée. A la frontière entre histoire environnementale et de la santé, il met en scène, comme c’est le cas dans son ouvrage "Brouillards toxiques. Vallée de la Meuse, 1930. Contre-enquête" (Zones sensibles, 2016), des acteurs aussi divers que le charbon, des "experts", des nuages toxiques, ainsi que les humains et les bêtes qui en sont les victimes. Cette approche narrative de l’essai rend sensible au surgissement d’images, de discours instrumentalisés, de résistances et de savoirs populaires, soit d’un passé dont nous sommes plus que jamais les dépositaires.

22.10 > 20:00  
Gratis


Chloé Malcotti, 2021, BE, DCP, vo it st fr, 72'

En 1913, l’entreprise Solvay installe à Rosignano (IT) une usine de bicarbonate de soude. Pendant plus de 100 ans, les activités de la production de cette matière ont marqué, transformé, affecté, les corps et les esprits des habitant.e.s en profondeur. Elles ont recouvert le lieu d’une étrange couleur, intensément blanche, stérilisante, et corrosive.
Le film se tisse à travers trois récits, écrits avec les habitant.e.s du village et nous guide sur le chemin de cette intrigante couleur : celui d’un groupe de jeunes adolescent.e.s qui rejouent le temps de l’âge d’or, celui d’une médium et d’un corps fossilisé et enfin celui d’une amoureuse et de son souvenir.

Première belge. La projection sera suivie d’une rencontre avec la réalisatrice.

22.10 > 22:00  
6€ / 4€


Conférence

Matthieu Duperrex

Le chercheur et artiste Matthieu Duperrex pratique l’art de l’enquête avec une attention soutenue pour les entrelacs des vivants, dans des paysages où se trament des enjeux écologiques, industriels et politiques, humains et non humains. Cette étude des territoires suppose la mise en relief de "voix" hétéroclites qu’il convient de traduire par un travail sur les formes de narration. C’est ainsi que dans son ouvrage "Voyages en sol incertain. Enquête dans les deltas du Rhône et du Mississippi" (Wildproject, 2019), Matthieu Duperrex a écrit 31 récits placés sous le signe d’autant d’espèces animales et végétales, dans le but de proposer une manière de rendre compte de nos milieux de vie problématiques.

23.10 > 20:00  
Gratis


Lois Patino, 2020, ES, DCP, vo gl st ang, 84'

Le temps semble s’être arrêté dans un village de la côte galicienne. La nature et les animaux s’épanouissent librement. Les humains semblent paralysés, même si nous pouvons encore entendre leur voix : ils parlent de fantômes, de sorcières, de monstres. Trois femmes apparaissent, elles tentent de retrouver Rubio, un marin qui a récemment disparu dans la mer. Après son premier long métrage "Coast of Death" qui travaillait l’identité du territoire par son histoire, Lois Patino signe un film dans la continuité de son travail sur le paysage galicien en le peuplant d’une série de mythes surgissants de l’océan.

Première belge. Suivie d’une rencontre avec le réalisateur (sous réserve).

23.10 > 22:00  
6€ / 4€


Conférence

Alexandre Galand

Pour une polyphonie rythmique des échanges

Notre époque serait confrontée à une "catastrophe de la résonance", où les choses, êtres et paysages seraient rendus muets suite à l’atrophie de nos attentions, imaginaires et dispositions à considérer l’altérité. Des pratiques aident à revivifier ce rapport au monde. Par l’entraînement de l’écoute qu’il suppose, l’enregistrement de terrain rend en effet sensible à toute une série de présences, mais aussi à des relations, des échanges et des conflits. Depuis la publication d’un ouvrage de synthèse à propos de la pratique du field recording, Alexandre Galand s’interroge sur l’apport de l’écoute et de l’enregistrement dans les "ruines du capitalisme". Son exposé sera émaillé de diffusions d’extraits sonores.

24.10 > 20:00  
Gratis


Félix Blume, 2019, FR, DCP, vo es st fr, 35'

Au cœur de l’Amazonie, les habitants de Tauary nous invitent à écouter les sons de leur forêt, avec ses oiseaux et ses animaux. Certains sons étranges apparaissent pourtant : une créature rôde entre les arbres. Parmi ceux qui l’ont déjà entendue, très peu l’ont vue, et ceux qui l’ont rencontrée n’en sont jamais revenus. Elle charme, elle enchante, elle rend fou, elle emmène les gens, elle les pousse à se perdre : chacun la raconte à sa manière et tente de décrypter ses appels. "Curupira, bête des bois" nous emmène à la recherche de cet être : une réflexion sur les mythes et sur leur place dans le monde contemporain, un thriller sonore en pleine jungle.

+ Luces del Desierto

Félix Blume, 2021, FR, DCP, vo es st fr, 30'

Dans l’obscurité du désert mexicain, d’étranges lumières apparaissent. Les habitants décrivent celles qu’ils ont vues : une flamme, une boule de feu, une ampoule volante, des rayons qui tombent du ciel ou une énergie lumineuse. Une histoire commune, racontée à plusieurs voix, de forme chorale, est dessinée par les expériences individuelles. La rencontre avec ce phénomène lumineux peut être surprenante, dangereuse, voire fatale. La nuit n’est pas si noire qu’elle le semble et le désert est rempli de tous types d’êtres vivants. Le vide appartient à toutes et à tous. "Lumières du désert" est une invitation à ouvrir grand les yeux dans la pénombre et à écouter les sons cachés dans le noir. Un film d’horreur sonore, dans les ténèbres du désert.

Suivi d’une discussion avec le réalisateur.

24.10 > 22:00  
6€ / 4€


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