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Dakar : quartiers de cinéma

Dakar est une ville construite par la colonisation française. Avant cela, elle s’apparente plus à un archipel de villages Lébous (la population autochtone) dans la brousse au bord de l’océan. A cette époque, les Lébous accueillent les populations venues de l’intérieur, de la même manière qu’ils reçoivent avec hospitalité les colons arrivés par bateau. Et Dakar, signifierait, entre autres, "la terre d’accueil de ceux qui fuient la guerre". Le point de départ de ce programme est un quartier, Niaye Thiokers, "la colline des perdrix", au cœur historique de la capitale. Zone tampon entre la ville blanche et la ville "indigène", riche d’une histoire foisonnante en aventures artistiques et politiques, brassé de métissage et nourri de panafricanisme, ce quartier a inspiré les plus grands artistes de Dakar après l’indépendance. C’est à Niaye Thiokers qu’on doit la naissance d’un cinéma libre, affranchi des modèles occidentaux. Est-ce que le cinéma, comme l’architecture, peut laisser une trace dans le paysage de la ville ? Peut-il devenir son patrimoine immatériel pour repenser les récits collectifs et les espaces communs ? Aujourd’hui, où Niaye Thiokers lutte pour sa survie, en proie à la spéculation immobilière, montrer ces films est presque un acte de résistance. Osons croire que ce quartier résistera à l’urbanisation capitaliste et que son imaginaire persistera.

Programme réalisé avec la grande complicité de Mamadou Khouma Gueye, passeur de cinéma.

Venez découvrir en installation au bar deux vidéos inédites, issues d’un laboratoire urbain à Niaye Thiokers, des artistes de l’atelier Graphoui (Bruxelles) et Kakatar Studio (Dakar) : film expérimental "7 maisons de Niaye Thioker" de Jacques Faton (20’, 2020) et "Niaye Thioker, Regard vers le passé", de Abdoulaye Armin Kane (7’, 2020).



Films + rencontre

Les premiers films sur Dakar

+ Borom Sarret

Ousmane Sembène, 1963, SN, 35mm, fr & wo st ang, 22'

Classique du cinéma, ce film dresse un état des lieux de la séparation physique et mentale entre la ville coloniale et la "cité indigène", à travers le personnage attachant d’un charretier qui traverse la frontière interdite...

Copie restaurée en 2013 par la Cineteca di Bologna / L’Immagine Ritrovata et les Laboratoires Éclair, en association avec The Film Foundation’s World Cinema Project, l’Institut National de l’Audiovisuel, et la Fondation Sembène. Restoration soutenue par Doha Film Institute.

+ Contras city

Djibril Diop Mambéty, 1969, SN, video, fr st ang, 21'

Un poème visuel sur les contrastes de la ville de Dakar : à bord d’une charrette, deux voix nous parlent (celles du réalisateur et de Inge Hirschnitz) avec le ton amusé des différences esthétiques de l’architecture de la capitale.

Copie conservée par la Cinémathèque Afrique à Paris, mise à disposition par Teemour Diop Mambéty.

+ Et si la neige n’était plus

Ababacar Samb Makharam, 1965, SN, HD, fr , 22'

Prix du Meilleur court métrage au premier Festival Mondial des Arts Nègres en 1966, cette fiction raconte comment un jeune étudiant sénégalais reprend contact avec les réalités de "chez lui". En partie autobiographique, le film participe à la vague du néoréalisme italien (le réalisateur est formé à Rome) et pose une réflexion sensible sur les problèmes de la jeunesse africaine, une réflexion encore contemporaine.

Séance en présence de Teemour Diop Mambety et Wasis Diop (sous réserve)

31.01 > 19:00
6€ / 4€


Moussa Sene Absa, 2002, FR-CA-SN, 35mm, fr & wo st ang, 104'

On appelle Mati "Madame Brouette" parce qu’elle vend des légumes sur une brouette. Et elle a tué son mari. Film surréel et magique, sur un monde corrompu et violent, situé à Niaye Thiokers reconstitué pour le tournage avec une palette de couleurs digne d’un tableau, le scénario de "Madame Brouette" est née d’une chanson. Intitulée "Thioker" ("perdrix"), elle sonne comme un avertissement, ou peut-être est-ce déjà un constat amer ? Elle raconte l’histoire d’un oiseau amoureux de sa liberté mais croqué finalement par un crocodile. Pour Moussa Sene Absa, c’est une métaphore, évidemment, du destin de la société sénégalaise dévorée par le colonialisme et le capitalisme.

Projection en présence du réalisateur, avec le soutien de la Direction de la Cinématographie du Sénégal.

31.01 > 21:00
6€ / 4€


+ Badou Boy

Djibril Diop Mambety, 1970, SN, video, fr st ang, 60'

Course-poursuite sauvage dans les ruelles dakaroises, entre un "mauvais garçon" et un policier dénommé "Le dragon noir", cette comédie burlesque préfigure "Touki Bouki". Mambety admet : "Badou Boy est un gamin de rue un peu amoral qui me ressemble beaucoup."

Copie conservée par la Cinémathèque Afrique à Paris, mise à disposition par Teemour Diop Mambety.

+ Bandit cinéma

Bouna Médoune Seye, 1992, SN, fr & wo st ang, 26'

Un gangster dénommé "bandit cinéma" fait du trafic de billets de cinéma.... Mambety considérait Seye (artiste et photographe) comme son héritier artistique. A Niaye Thiokers, il y avait les deux salles de cinéma populaire : le cinéma Sandaga - devenu El Malick - et le cinéma Corona. Et dans les années 70, elles étaient le repère des bandits. Dire à quelqu’un "Va au cinéma" ("Dem ka cinema" en wolof) était une injure : "T’es un voyou" ! Un film culte dans un Dakar nocturne et sombre !

01.02 > 18:00
6€ / 4€


Mahama Jonhson Traoré, 1972, SN, video, vo fr & wo st fr, 89'

L’exode rural façonne l’histoire des villes africaines. Reou-Takh serait le nom donné à la ville par le paysan. Ici, on suit comme dans un road-movie, un Noir américain parti à la recherche de ses racines africaines découvre un pays occidentalisé... Cinéaste dakarois engagé, militant pour la cause féminine, Traoré réalise un film interdit au moment de sa sortie par les autorités du pays.

01.02 > 21:00
6€ / 4€


+ Guinaw Rails

Kady Diedhiou, 2014, SN, HD, wo st fr, 13'

Formée au ciné-banlieue Dakar, intiative qui a vu émergé une jeune génération de cinéastes en 10 ans, Kady filme une vendeuse de poisson, qui traverse chaque jour Dakar, de la banlieue au centre ville, via une autoroute, énième frontière invisible de la ville... Kady déploie un langage simple et émouvant pour faire le portrait de tout un pan de la société sénégalaise, où la femme constitue la base d’existence de toute une famille.

En présence du producteur, Mamadou Khouma Gueye (Plan B Films)

+ Dem Dem

Pape Boumane Lopy, Marc Recchia, Christophe Rolin, 2017, BE-LU-SN, DCP, wo st ang, 26'

Matar trouve par hasard un passeport belge sur la plage. Démarre pour lui une quête d’identité, avec la complicité d’un homme qui tente de mesurer les nuages dans le ciel... Issu d’une écriture collaborative au ciné-banlieue Dakar et de l’accompagnement de Marion Hansel, "Dem Dem" est un film à l’accent magico-fantastique. Tanit d’argent aux JCC de Carthage !

En présence de Christophe Rolin, co-réalisateur

+ Le franc

Djibril Diop Mambety, 1994, FR-CH-SN, 35mm, wo st ang, 46'

Marigo se voit confisquer son instrument de musique, parce qu’il n’arrive plus à payer le loyer. Il se promène souvent à Niaye Thiokers, décor principal du film, avec une porte sur le dos où l’on aperçoit le portrait de Yaadikoone, figure légendaire de Niaye Thiokers, le "Robin des bois sénégalais", son héros... Sorti en pleine crise économique (dévaluation du Franc CFA), conte merveilleux et burlesque, ce film est absolument visionnaire tant dans sa forme que son contenu et témoigne d’une véritable ré-invention de l’écriture cinématographique. Avec une bande sonore époustouflante aux sons jazz et western...

En présence de Teemour Diop Mambety et Wasis Diop (sous réserve)

02.02 > 17:00
6€ / 4€


+ Le sentier de Leuk Daour

Karamba Dramé, 2018, FR, video, wo st fr, 5'

Génie protecteur de Dakar dans la cosmogonie Lébou, Leuk Daour prend la forme d’un cheval blanc ou d’un centaure... Film d’animation documentaire qui raconte la mythologie, du point de vue des habitants de Dakar (en particulier de Niaye Thiokers), ce petit bijou mérite le détour pour témoigner de l’accaparement des richesses mystiques et symboliques de la ville par l’occupation urbaine d’un territoire sacré.

02.02 > 19:00
6€ / 4€


Djbril Diop Mambety, 1973, SN, 35mm, fr & wo st ang, 88'

Troisième film de Mambéty, "Touki Bouki" n’a pas pris une ride en 50 ans. Tant d’audace, de fantaisie et d’humour laissent toujours aussi pantois. Affranchi de toutes les règles de la bienséance cinématographique, inspiré par la Nouvelle Vague et ses errances urbaines, il s’en va faire jongler sur fond d’histoire d’amour, de western et de polar, s’offre quelques détours par le naturalisme, erre dans Dakar, le monde des vachers, des pêcheurs et autres contrebandiers ou malfaiteurs pour repartir, à coup de montage frappadingue et de bande son hallucinée et hallucinante vers le conte et la satire. Une œuvre inclassable, surréaliste et burlesque qui dresse le portrait joyeux mais vitriolé d’une société rongée par l’ennui, la corruption et le fric - et lui fait la nique, par la même occasion ! L’un des films (africains) les plus importants de l’histoire !

Copie restaurée en 2008 par la Cineteca di Bologna / L’Immagine Ritrovata, en association avec The Film Foundation’s World Cinema Project et Teemour Diop Mambéty.

02.02 > 21:00
6€ / 4€


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