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Alger en résistance

L’histoire de l’Algérie s’est édifiée autour de ses nombreuses luttes et résistances, depuis l’invasion arabo-musulmane et la domination turque, jusqu’à la colonisation française et la lutte pour l’indépendance. Et tout le cinéma algérien porte la trace de cette histoire-là, qu’il la glorifie ou la questionne. Riche, variée et foisonnante, la cinématographie algérienne s’est d’abord construite autour de la guerre d’Algérie pour se réapproprier son image et élaborer sa résistance. Dans les années 60 et 70, l’Indépendance de l’Algérie enfin gagnée fait d’Alger la Mecque des révolutionnaires, au centre des luttes anticolonialistes et anticapitalistes qui se jouent sur tout le continent africain, et partout dans le monde. Soutenu par une télévision d’état puissante, le roman national, qui glorifie cette histoire d’une Algérie rebelle, fière et finalement victorieuse, se perpétue. Mais dès les années 70, un autre cinéma se met en place qui s’émancipe de ces représentations pour remettre en question les mythes déjà bien ancrés, et se centrer sur la société algérienne, ses troubles et ses convulsions. Dans les années 90, la décennie noire de la guerre civile va venir faire éclater cette identité algérienne et briser le mythe en deux. Une longue période de censure et d’étouffement s’ensuit. Jusqu’à aujourd’hui, où le vent de la révolte souffle de nouveau. En quelques films phares, classiques, mythiques ou prometteurs, ce programme s’est plongé dans cette foisonnante cinématographie pour tenter de faire le tour de cette histoire d’une ville, d’un pays, en résistance. S’ébauche peu à peu à travers tous ces films si variés, les contours d’une histoire politique et sociale bien plus délicate que celle dessinée par les versions officielles. Le cinéma, cet art populaire qui construit et déconstruit les imaginaires collectifs, s’y avère une arme redoutable, qu’il s’agisse de lutter contre l’envahisseur ou de résister à l’ennemi intérieur.



Stéphane Gatti, 2001, FR, video, st fr, 55'

Face caméra, dans des séquences qui se prêtent à l’écoute attentive, Kateb Yacine raconte son chemin de poète. Si ses premières œuvres sont en prise avec l’insurrection nationale et contribue à fonder le mythe de la nation, il se tourne vite vers la langue de la rue, l’arabe dialectale. Et quand la bourgeoisie, qui parle l’arabe classique et s’en remet à l’Islam, s’avère traître à la cause du peuple une fois au pouvoir, c’est le tamazight, la langue berbère qu’il se réapproprie, celle que les 13 siècles de domination arabo-musulmane ont tenté d’écraser. Au cœur de l’œuvre du poète, au cœur de la révolte et de la libération, il y a donc la langue. C’est elle, l’arme de la liberté et de la souveraineté des peuples. Stéphane Gatti alterne ce long entretien de Kateb Yacine avec différentes images d’archives, des photographies, des films de familles, des cartons qui portent les citations du poète, des images de l’inhumation de Yacine en Kabylie.... Dans l’aller-retour tissé par le film entre l’homme, vivant, seul à l’écran, ses mots, et le poète mort, invisible, que tout le pays enterre dans la ferveur et la douleur, se dégage peu à peu la puissance d’une figure tutélaire, presque démiurgique, celle du poète révolutionnaire, éternel désormais.

08.02 > 19:00
4€ / 3€


Concert

Med Chaabi

Né en 1985 à la Casbah d’Alger où il passe son enfance et son adolescence, Med Chaabi vit ensuite à Tizi-Ouzou en grande Kabylie. Bercé par différents styles musicaux, il développe une passion pour les rythmes et la richesse de la musique algérienne. Avec sa voix et sa musique aux multiples facettes, Med Chaabi vous invite à un nouveau voyage en chansons. Entre ses propres compositions et les hommages rendus aux artistes de la chanson algérienne, sa musique est à la fois festive et mélancolique. Ses morceaux d’inspirations variées sont portés par une voix puissante.

08.02 > 21:00
10€ / 8€


Film + rencontre

Kindil El Bahr

La méduse

Damien Ounouri, 2016, DZ-US-KW, DCP, ar st ang, 40'

Lors d’une sortie à la plage avec sa belle-mère et ses enfants, Nafissa a le malheur de céder à la tentation de l’eau et d’aller nager. Très vite, elle est cernée par une bande de jeunes et moins jeunes hommes aguicheurs qui deviennent rapidement violents. Quand elle ne revient pas sur la plage, personne ne semble savoir ce qu’il est advenu d’elle… Cinéaste franco-algérien, Damien Ounouri qui vit et travaille à Alger, s’est fait connaître avec ses deux premiers documentaires : un premier film sur le cinéaste Jia Zhang-Ke et "Fidaï" qui revenait sur le parcours de son oncle, membre du FLN. Avec "Kindil El Bahr", qui signifie "La méduse", il rentre avec éclat dans la fiction en réalisant un moyen métrage sacrément audacieux et éblouissant. Tantôt œuvre poétique, virtuose et hypnotique, tantôt satyre violente contre la société patriarcale et ses brutalités extrêmes, entre le film de SF et le "revenge movie", "Kindil El Bahr" se glisse entre toutes les étiquettes et laisse pantois. Mais aussi profondément ému.

09.02 > 15:00
4€ / 3€


Film + rencontre

Fais soin de toi

Mohamed Lakhdar Tati, 2017, FR-DZ, DCP, fr & ar st fr, 119'

Houspillé par sa mère qui aimerait bien le voir marié, ce grand fils d’une trentaine d’années toujours célibataire, Mohamed Lakhdar Tati s’empare de sa caméra et part dans les rues d’Alger en quête d’amour. Ou plutôt, c’est dans une grande enquête qu’il se lance, à la fois intime et sociologique, sur les représentations collectives, les attentes individuelles et les projections sociales autour du sentiment amoureux dans l’Algérie d’aujourd’hui. Ses rencontres le mènent à la campagne, dans d’autres villes, dans les champs ou les facultés, où il enregistre les douleurs, les colères et les espoirs comme on récolte fleurs et grains de poussière en chemin, au hasard des rencontres, de confidences ou de portraits émouvants. Avec beaucoup de tendresse et de respect, il se questionne et interroge sa société. Et peu-à-peu, le sentiment amoureux, ses codes et ses ritualisations, s’avèrent au cœur de nombreuses tensions qui creusent la société algérienne aujourd’hui. Alors peut-être que c’est avec cet ennemi intérieur qu’il s’agit désormais de lutter ; contre cette société patriarcale qui brime l’individu et le sentiment intime. Tranquillement, avec douceur, de par ses questions et tout ce sur quoi il ne veut pas céder, Mohamed Lakhdar Tati rentre bel et bien en résistance.

09.02 > 16:00
6€ / 4€


Film + rencontre

Omar Gatlato

Merzak Allouache, 1976, DZ, DCP, ar st fr, 90'

Premier long métrage de Merzak Allouache ("Bab El Oued City", "Salut Cousin", "Chouchou"…), "Omar Gatlato" a bousculé le cinéma algérien formaté et propagandiste de l’après-indépendance, par sa forme libre, désinvolte et inventive. Il évoque le désoeuvrement de la jeunesse algérienne à travers le personnage d’Omar, inspecteur des fraudes du quartier de Bab-El-Oued, s’adressant à la caméra pour raconter son quotidien banal de jeune fonctionnaire algérois timide et célibataire. Habitant un appartement étriqué avec sa famille, ses journées sont faites d’ennui au bureau, de débrouille et de petites combines, de sorties avec ses collègues, de plongeons dans la mer et, dès qu’il le peut, de concerts de musique chaabi ou hindoue qu’il savoure et enregistre dans les cinémas de la ville. Mais un soir, agressé en pleine rue, il se fait dérober son enregistreur. Un ami lui en offre un autre, dans lequel se trouve une cassette audio. Omar y découvre une voix féminine. Obsédé par ses paroles, il décide de retrouver la jeune inconnue.

09.02 > 19:00
6€ / 4€


Film + rencontre

La moitié du ciel d’Allah

Djamila Sahraoui, 1995, FR, ar st fr, 50'

Engagées dans toutes les révolutions qui ont fait l’histoire de l’Algérie, les femmes algériennes ne cessent jamais de lutter pour leurs droits. Subissant la pression sociale, la phallocratie et la trahison du pouvoir, elles sont contraintes de faire de leur vie une lutte incessante. Réalisé pendant la décennie noire, vibrant tantôt de colère, tantôt d’empathie, "La moitié du ciel d’Allah" documente à travers des paroles individuelles et intimes ce long chemin de croix, qui va de la lutte pour l’indépendance jusqu’au confinement, suite au code de la famille passé en 1984. En s’appuyant sur des documents d’archives et des témoignages, le film donne la parole aux femmes de différentes générations, premières victimes de l’intégrisme meurtrier et mortifère, avec les intellectuels et les journalistes. Aujourd’hui, les jeunes filles et les femmes algériennes sortent tous les vendredis dans la rue pour réclamer leur liberté et leurs droits comme condition sine qua non à la démocratie, revendiquée par et pour tout un peuple. En attendant que l’autre moitié du ciel soit plus clémente…

+ Rencontre : Femmes algériennes en résistance

Diplômée en Relations internationales de l’Institut des Hautes études en relations internationales et en sociologie de l’Université de Genève, Ghaliya Djelloul est actuellement chercheuse au Centre interdisciplinaire d’études de l’islam dans le monde contemporain de l’Université catholique de Louvain. Dans sa recherche doctorale en sociologie, elle croise le champ des études de genre avec celui de la socio-anthropologie de l’islam, en s’intéressant à l’évolution des rapports de genre dans des sociétés et communautés musulmanes. Ghaliya abordera pendant cette rencontre le rôle des femmes dans les différentes résistances en Algérie.

13.02 > 20:00
4€ / 3€


Viviane Candas, 2016, FR-DZ, DCP, fr st ang, 90'

La mémoire de la colonisation française, et celle en particulier de la guerre l’Algérie, est très malmenée des deux côtés de la Méditerranée. En racontant l’histoire de son père et ses engagements à la cause algérienne, Viviane Candas ne livre pas qu’un hommage, aussi émouvant et juste soit-il, à Yves Matthieu. Avocat du FLN, défenseur des combattants algériens durant la guerre de libération, il fut l’un des artisans majeurs du projet d’autogestion, fondement du socialisme algérien post-indépendance, et l’un des rédacteurs des décrets sur les biens vacants (abandonnés par les Pieds-Noirs). Mais le film s’ouvre sur sa mort brutale, le 16 mai 1966. Ce sont les causes de cet accident mystérieux que le film tente d’élucider. D’interviews en rencontres, de pages officielles en anecdotes, l’histoire d’Yves Matthieu est si intimement liée à celle de ce pays qu’elle révèle peu-à-peu une version plus noire et méconnue de l’Algérie post-indépendance. Dans cette période qui va de 1962 à 1966, de l’échec du projet socialiste au putsch mené par Boumedienne pour éliminer Ben Bella, se mettent en place les fondements de la société à venir. Puissant et éclairant, "L’Algérie du possible" tisse avec maestria la petite à la grande histoire pour ébrécher quelques vérités trop bien acquises et questionner une histoire bien plus trouble qu’il n’y parait.

13.02 > 22:00
6€ / 4€


Mohamed Zinet, 1971, DZ, DCP, fr & ar st fr, 81'

Premier film réalisé par le poète et comédien Mohamed Zinet (qui joua notamment dans "Dupont Lajoie", "Le coup de sirocco", ou encore des courts métrages de René Vautier…), "Tahia Ya Didou !" est aussi son dernier… et c’est regrettable tant il contient de belles promesses. Mais la municipalité d’Alger, qui lui avait initialement passé commande d’un film à visée touristique, n’apprécia pas le résultat et sa carrière s’arrêta là. Il faut découvrir "Tahia Ya Didou !" sans trop prêter attention à son scénario. Il s’agit plutôt d’une immersion dans les rues d’Alger, du port à la casbah, du marché aux cafés, au hasard de laquelle on croise une galerie de personnages et de situations improbables : un groupe d’enfants poursuivi par la police, un Suisse égaré, un pêcheur de crevettes, un poète illuminé… mais aussi un couple de touristes français dont la femme égrène les clichés sur Alger, son mari cachant un passé trouble qui va faire basculer le récit vers les stigmates de l’occupation. Jamais sorti en salles ni diffusé à la télévision, "Tahia Ya Didou !" est devenu un film culte, très difficile à voir… jusqu’à ce que son négatif soit retrouvé récemment, en mauvais état, dans les caves de la Cinémathèque algérienne. Le voici enfin en version restaurée !

14.02 > 19:00
6€ / 4€


Mohammed Lakhdar-Hamina, 1975, DZ, video, ar st ang, 176'

A travers le regard d’un pauvre paysan, "Chroniques des années de braises " raconte la lutte de l’Algérie vers l’indépendance, de la conquête française jusqu’au déclenchement de la guerre de Libération nationale. Victime de la politique coloniale de confiscation des terres, Ahmed est contraint de quitter son village en quête d’une vie meilleure pour lui et sa famille. Mais partout, il ne rencontre que misère et injustice. Portée par un style lyrique, un souffle épique et une grande puissance visuelle, cette grande fresque qui va de 1939 à 1954, tisse brillamment tous les fils qui menèrent au 11 novembre 1954, date de déclenchement de la Révolution algérienne. A travers la vie de quelques individus, Mohammed Lakhdar-Hamina mêle souffrance individuelle et colère collective et raconte la résistance de tout le peuple algérien à l’expropriation de ses terres, à l’oppression, à la déculturation et aux humiliations qui en résultent. Premier film africain et premier film en langue arabe à obtenir la Palme d’or à Cannes, "Chroniques des années de braises" exprime aussi le point de vue algérien sur une période que le cinéma français ne parvient pas à restituer autrement qu’à travers le regard "culpabilisé" du colon ou d’un "récit national" déformé.

14.02 > 21:00
6€ / 4€


Assia Djebar, 1982, DCP, fr & ar st ang & de, 57'

Première femme à avoir réaliser des films en Algérie, la grande écrivaine, Assia Djebar en aura fait deux : "La Nouba des femmes du Mont Chenoua" en 1978 puis "La Zerda ou les chants de l’oubli" en 1982. "La Zerda" qui signifie fête, cérémonie "est cette « fête » moribonde qu’ils prétendent saisir de nous. Malgré leurs images, à partir du hors-champ de leur regard qui fusille, nous avons tenté de faire lever d’autres images, lambeaux d’un quotidien méprisé... Derrière le voile de cette réalité exposée, se sont réveillées des voix anonymes, recueillies ou re-imaginées, l’âme d’un Maghreb réunifié et de notre passé.", dira Assia Djebar. Essai poétique et politique, radical et audacieux, le film s’empare d’images d’archives, photographies ou films, tous réalisées par les colonisateurs, pour rendre visage, corps, voix à ceux qu’elles ont figés pour la nuit des temps dans le regard humiliant du colon. En contrechamp, les voix off se multiplient, comme autant de voix échappés des corps muselés et silencieux à l’écran. Commentaires, poèmes, chuchotements, chansons, chœurs et autres cris de rage ou de désespoir, les chants sortent de l’oubli pour raconter une autre histoire, la vérité des images qui se montrent à l’écran, l’histoire coloniale du Maghreb à travers ses guerres, ses révoltes, ses atrocités. Brillant brûlot aussi enflammé qu’un "Afrique 50", "La Zerda" est un coup de poing jeté à la face des blancs, du monde, du cinéma. Un film puissant qui veut faire réparation et continue de souffler sa colère brûlante sur "la nuit coloniale", jamais finie.

20.02 > 20:00
4€ / 3€


Katia Kameli, 2016 -2017 - 2019, FR-DZ, fr & ar st fr, 95'

Vidéaste et artiste, Katia Kameli a conçu ces trois films en triptyque et les présentent dans ses expositions. Projetés tous les trois ensemble, les uns après les autres, ils viennent magistralement conclure ce programme algérien. A travers un marchand de carte postale à Alger, la jeune cinéaste interroge d’abord la manière dont une société s’invente son roman national, construit ses archétypes, se représente à elle-même. Dans un second temps, accompagnée de Marie-Josée Mondzain, philosophe des images et de l’écrivaine Wassyla Tamzali, elle revient sur ce qu’elle a tourné dans un dispositif de mise en dialogue des images. Enfin, dans un troisième temps, autour de la figure d’Assia Dejbar, dont on pourra découvrir des extraits de son premier film, avec la photographe Louiza Ammi Sid, et à nouveau Marie-Josée Mondzain, elle interroge la place des femmes dans les différentes révolutions et l’impact des images dans la construction d’un imaginaire populaire et les différentes luttes à partir l’Indépendance, de la décennie noire jusqu’aux manifestations qui parsèment les vendredis d’espoirs de changements. En quête de nouvelles images et de ce qui peut désormais s’inventer, c’est toute l’Algérie d’hier, d’aujourd’hui et de demain qui se raconte et se met en scène dans ces trois films, qui tissent ensemble les fils des différentes soubresauts de l’histoire.

20.02 > 22:00
6€ / 4€


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