Cette série de films réalisée en 1975 par le trio composé d’Armand Gatti, de son fils Stéphane Gatti et d’Hélène Châtelain, expose le spectateur à l’immigration ouvrière de ces années-là. Toujours animé de la volonté de briser les barrières et les codes quand c’est nécessaire, la bande à Gatti ne se contente pas de filmer les flux tendus de mécaniques infatigables et d’humains interchangeables. C’est en compagnie de chacune des communautés d’immigrés de l’usine Peugeot de Montbéliard qu’elle va concevoir les scénarios de chacune des parties de cette fresque ouvrière pour devenir une véritable (re)création collective. Une dynamique de réappropriation qui rappelle les groupes Medvedkine menés entre autre par Chris Marker (encore lui) avec deux spécificités pourtant : le trio demeure à la réalisation, ce sont les scenarii qui sont tous issus de co-écritures et quand les groupes Medvedkine s’inscrivent dans des temporalités bouleversées, "Le Lion, sa cage & ses ailes" documente le quotidien. Des huit films, deux ont été sélectionnés.
Arakha
Troisième film de la série, "Arakha – film marocain", démarre par la lutte quotidienne des immigrés marocains pour articuler leurs pratiques religieuses avec la vie industrielle. Le ronronnement du récit se suit avec intérêt mais c’est un coup de théâtre qui donnera le coup de fouet vital au film : deux chômeurs bardés de temps libre s’emparent du scénario pour faire basculer le sujet vers d’autres préoccupations…
La bataille des 3 P
« Faire du bruit, c’est prouver qu’on existe encore ». Pour exister face à Peugeot, son Pouvoir et sa Productivité, Radovan lance "La bataille des trois P – film yougoslave". Liberté de ton et hyperactivité rythment cet épisode centré autour d’un homme fraîchement licencié. Dans les interstices, il raconte la Yougoslavie, ses identités, ses minorités et ses spécificités d’expatriés. Refus de jouer l’indic et luddisme – prises de karaté sur voitures produites en série - ont eu raison de sa carrière chez Peugeot.