Les Blank s’est longtemps rêvé écrivain. Il était nourri de récits épiques, de narration tordue à l’américaine, à la suite de Melville, de déracinés à la Conrad. Et puis, constatant que son talent de conteur crayon à la main n’était pas à la hauteur de ses attentes, il prit une caméra. Il commença par faire des films industriels pour gagner sa croûte, puis fonda Flower Films en 1967 (sic). De là se dessine un parcours personnel, partant de ce qui l’intéresse : filmer les gens de près. Cela se traduit par la forme et par les sujets choisis, par sa grammaire cinématographique autant que dans le montage de ses films, qui l’amèneront à dresser des portraits intimes de musiciens sans qui nous n’aurions quasi aucune image filmée ! Les particularités physiques des gens, ce qu’ils mangent, comment ils dansent, leur façon de parler, voilà ce que documente Les Blank sur des pellicules 16 mm aux couleurs vives. Il donne ainsi un aspect cinématographique fort et généreux à la vie de gens qui rendent le monde plus beau en l’habitant, devenus ainsi personnages à la Tolstoï grâce au cinéaste. Ses films sur Werner Herzog et en particulier celui sur le tournage de Fitzacarraldo lui ont valu la reconnaissance critique, ainsi que ses sujets étranges tels que les gens qui aiment l’ail et la beauté des femmes aux dents du bonheur.
Les Blank