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Édouard Luntz – films

Edouard Luntz, 1966, 35mm, vo st ang, 90'

Extérieur nuit. Tour de logements. Un jazz syncopé accompagne les apparitions successives de jeunes gens face caméra. Générique. Zim (Gérard Zimmermann), livré à la police par des habitants pour siphonnage d’essence, se retrouve incarcéré. Le jour de sa libération, il rencontre Jean-Pierre (Érick Penet), son cadet, sortant de la même geôle parisienne. Les deux jeunes sympathisent, d’autant que Jean-Pierre est un nouveau membre de la bande de potes à Nanterre. De retour dans le marasme de leur banlieue, Zim décide de trouver un travail et tente de convaincre Jean-Pierre de l’accompagner… sans succès. Loin des films des acteurs en vogue d’une Nouvelle Vague qui s’embourgeoise, "Les Cœurs verts" est la première fiction centrée sur la jeunesse des cités HLM, jouée par une véritable bande de blousons noirs, ces "mauvais garçons" issus du prolétariat, qui défraient alors la chronique. À la fois naturaliste et poétique, la caméra libre de Luntz est empathique mais aussi sans concession. Car bien que conscient du conflit de génération d’une société qui ne laisse aucune place à ces jeunes désœuvrés en mal de liberté, Luntz n’hésite pas à montrer les sentiments immatures propres à l’adolescence révoltée, aussi durs soient-ils, comme dans cette scène centrale où l’on frôle le viol collectif au nom d’une fraternité de clan. Les filles, plus lucides, ont au moins pour elles le sens de la répartie, comme la jeune victime… Premier long métrage qui force le respect, matrice des films réalisés 30 ans plus tard sur le désarrois des banlieues françaises dans la foulée de "La Haine" qui s’en inspire directement, "Les Cœurs verts" sera la tête d’affiche de notre rétrospective sur Édouard Luntz, en 35mm pour 6 séances gratuites ! (sous-titres anglais sous réserve).

En présence les 29.11 et 2.12 de Gérard Zimmermann, Monique Prim, Thomas Luntz, Julien Frey et Nadar.

La projection du 14.12 sera suivie d’une fête animée par DJ Cœurvert.

29.11 > 21:00   + 02.12 > 21:00   + 08.12 > 19:00 + 09.12 > 17:00 + 14.12 > 22:00 + 16.12 > 21:00
Gratis


Édouard Luntz, 1970, 35mm, , 100'

À la veille de quitter l’armée, le parachutiste sergent-chef Garal découvre l’infidélité de son épouse indochinoise, et la tue sans laisser de trace. De retour dans la vie civile, avec pour seule compagnie un petit singe, il noue une étrange amitié avec le commissaire Jauran, en charge de l’enquête, convaincu que le meurtrier est l’amant de la jeune femme. Un jeu ambigu ainsi qu’une sincère sympathie s’installent entre les deux hommes. Solitaires rejetés par la société, ils se comprennent jusqu’à partager le même goût pour une énigmatique métisse gardienne de bêtes sauvages. De l’aveu d’Édouard Luntz, cette intrigue en forme de duel psychique lui sert à régler ses comptes avec deux archétypes qu’il déteste dans la vie réelle : le flic et le para. Le résultat est étonnant, chaque scène amenant sa part de mystère, comme si le film se jouait autant de ses personnages, qu’entre eux. Les acteurs principaux y sont fort subtils, "Le dernier saut" ayant marqué pour longtemps la carrière de Michel Bouquet en inspecteur esseulé. Un film oublié, pourtant, comme tant d’autres. Au Nova et en format original s’il-vous-plaît !

30.11 > 22:00   + 08.12 > 21:00 + 16.12 > 17:00
6€ / 4€


Édouard Luntz, 1971, 35mm, , 82'

Benoit Laborie s’en va à Paris. Il rêve de réussite et d’aventures, ce que sa vie provinciale ne peut fournir. Poulet et pot de fleurs en main, il transporte sa fraîche silhouette en quête d’amis lointains, renseignés sur une liste de courses. La brume et le labyrinthe parisiens s’épaississent à mesure que les contacts s’évanouissent et que se multiplient les personnages aux visages identiques. Michel Bouquet en touriste, Michel Bouquet en croque-mort, en réceptionniste ou sous une grille d’égout. Michel Bouquet partout et les plaisirs du contact humain nulle part. C’est plus de vingt personnages que l’acteur incarne pour insuffler une aura mystérieuse supplémentaire à cette déambulation dans un Paris évanescent.
Après l’adolescence des banlieues, Édouard Luntz scrute l’aube d’un âge adulte égaré entre le confort ronronnant d’une campagne figée et le miroir aux alouettes d’un tissu urbain peuplé de clones solitaires. Toujours proche des oubliés de la ville, la dernière fiction d’Édouard Luntz tamise la lumière des lampadaires pour y diffuser une poésie mélancolique.

01.12 > 21:00   + 07.12 > 22:00 + 16.12 > 19:00
6€ / 4€


Edouard Luntz, 1974, 16mm, , 90'

Édouard Luntz filme avec pudeur et complicité la sortie de prison de Loulou, le seul de la bande des jeunes banlieusards du film "Les Cœurs verts", qui "tomba" deux ans plus tard pour braquage à main armé. Loulou, devenu adulte, goûte aux premiers instants de liberté et visite ses anciens compagnons qui ont tous trouvé leur place dans la société, sauf lui. Suite aux balbutiements des premiers échanges vis-à-vis d’un passé proche mais révolu, l’accueil chaleureux de ses amis fini par libérer la parole de Loulou qui raconte sa vie en détention, l’impossibilité de se réinsérer, et la violence des institutions. Bernard, Monique et Zim veulent l’aider à s’en sortir, et pourquoi pas, comme eux, en travaillant pour le cinéma ! Loulou se transforme au fil des jours, retrouve son cuir, son jeans et son assurance, ressemblant cette fois au personnage texan de "Macadam Comboy" sorti quelques années plus tôt au cinéma, alors que Loulou comptait déjà "une pige" d’emprisonnement… Ce sera le dernier film d’Édouard Luntz, un documentaire réalisé au départ pour la télévision, présenté ici en version longue pour le cinéma, qui termine avec tendresse et amertume une œuvre singulière et engagée, mais que la société bien pensante a vite oubliée.

En présence le 2.12 de Gérard Zimmermann et Monique Prim.

02.12 > 19:00   + 07.12 > 20:00 + 15.12 > 21:00
6€ / 4€


Assistant entre autres de Jean Grémillon ou de Nicholas Ray, Édouard Luntz apprend le cinéma sur le tas. Il réalisera deux courts métrages avant de remporter le prix Jean Vigo avec "…Enfants des courants d’air ", la même année qu’ "À bout de souffle" de Godard. D’une facture comparable aux meilleurs films de la "rive gauche" de la Nouvelle Vague, près de la moitié de la dizaine de courts métrages de Luntz restent introuvables ou détenus par des ayants-droits peu conciliants. Qu’à cela ne tienne, les films présentés ici suffisent à prouver le talent d’un jeune réalisateur ancré dans son époque.

+ …Enfants des courants d’air

Édouard Luntz, 1959, 35mm, , 26'

À deux gares du centre-ville, derrière les usines, les tôles et les planches s’entassent. D’en haut, de côté et de l’intérieur, le réalisateur nous plonge dans un portrait fidèle de bidonvilles parisiens de la fin des années 50. Cœur du film, les jeux d’enfants s’épanouissent dans les terrains vagues rebondis propices aux glissades, aux cachettes et autres pneus bondissants. Impossible de passer à côté, "…Enfants des courants d’air" est d’une proximité confondante avec "Le chantier des gosses" de Jean Harlez. Plus court et parisien, mais un témoignage tout aussi touchant de l’enfance d’une époque révolue où, déjà, résonne le sifflet de la solitude des grandes villes.

+ Volcans endormis

Édouard Luntz, 1962, 35mm, , 19'

Crevasses larges et profondes ; brume épaisse noyant des arbres foudroyés. Serions-nous sur la lune ? Ou, soyons sérieux, en Chine ? Mais alors, d’où viennent ces volcans endormis ?
Ce qui démarre comme une commande touristique, propre mais banale, bascule vers un catalogue des étrangetés répertoriées dans les villes aquatiques d’Auvergne. Des lieux où les massés côtoient de très près les aiguiseurs de couteaux au coin de la rue de la Confiance. Un film facétieux qui remplit son cahier des charges touristique.

+ A Caccia

Édouard Luntz, 1962, 35mm, , 17'

Nous sommes en Corse, pays insulaire à la nature aride où les habitants vivent dans des villages bâtis sur des pentes escarpées, pour qui la chasse au sanglier sauvage est une libération. Édouard Luntz suit le rituel de la battue du sanglier du maquis Corse, une chasse en groupe qui se termine le soir venu autour de chants traditionnels. Un film devenu document précieux sur une pratique presque séculaire, toujours vivante, vecteur de cohésion sociale.

+ Bon pour le service

Edouard Luntz, 1962, 35mm > video, , 15'

Prélude aux "Cœurs verts", "Bon pour le service" explore le désarroi de jeunes appelés pour le service militaire. La France vit les dernières heures de la guerre d’Algérie ; eux, celles de leur adolescence, et ils doutent. Ces âmes mises à nu doutent de la pertinence du port d’armes dans l’épanouissement personnel, ils doutent du rêve de la vie de bureau et en retour, le Ministère de l’information doute de la pertinence de montrer ce film au public. Film poil à gratter de la bonne conscience national-productiviste, "Bon pour le service" fut longtemps censuré. Il marque les premiers pas du réalisateur dans son exploration de la fin de l’adolescence, notamment par la rencontre de deux jeunes tout juste sortis de prison, qu’on retrouve dans "Les Cœurs verts".

+ Bonus …

30.11 > 20:00   + 09.12 > 19:00 + 15.12 > 19:00
6€ / 4€


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