Nous invitons Valérie Gorin, historienne, chercheuse au Centre d’enseignement et de recherche en action humanitaire de Genève, à présenter ses travaux.
Cette session a pour objectif de revenir sur les enjeux fondamentaux qui naissent de la relation entre belligérants, médias et humanitaires pendant la guerre du Biafra. Alors que la famine qui en découle atteint son pic en été 1968, les journalistes occidentaux adhèrent à la rhétorique victimaire alors amorcée par le chef biafrais, le Colonel Ojukwu, qui met en place une véritable « machine médiatique » basée sur une propagande génocidaire.
La session est construite sur deux types de documents. Le photojournalisme de guerre d’abord, qui vit son apogée dans les années 1960, exhibe les enfants affamés en effigie absolue de la souffrance, permettant de dépolitiser les enjeux complexes du conflit sécessioniste – à l’image des photographies de Gilles Caron ou des magazines d’actualités (Life, Le Nouvel Observateur). Des extraits audiovisuels de la Télévision Suisse Romande ensuite, issus de l’émission d’actualités politiques Carrefour. Les journalistes, amenés en avion par l’agence de relations publiques Markpress, basée à Genève, développent des récits centrés essentiellement sur l’horreur. Les entretiens réalisés dans Carrefour montrent également que les organisations humanitaires, notamment le CICR, Terre des Hommes et les prêtres catholiques irlandais, interviennent désormais comme experts médiatiques, dans des discours qui suscitent compassion, indignation et interventionnisme.