Alors que le film s’ouvre sur les préparatifs de l’anniversaire d’un jeune enfant bengali, un flashback nous ramène à la jeunesse de son père, Sarthak Roychowdhary, personnage principal de ce documentaire qui le suit pendant une vingtaine d’années. Sarthak nous apparaît soudain jeune étudiant, plein d’ambition, cultivé, présomptueux, enclin à une procrastination communicative, entouré de sa famille tenue à bout de bras par une mère intrusive et solaire. Leur maison devient le centre névralgique d’une vie familiale qui réagit aux échos urbains d’une Calcutta rugissante. Au fil du temps, les formats vidéos se transforment et captent au plus près les évolutions de cet adulte, s’affirmant en poète sensible et professeur attentif, répondant en sus au schéma de l’intellectuel bengali : pétri de culture communiste et de théories structuralistes, mais aussi bavard et facétieux. Pendant ses études, il rencontre une femme, curieuse, vive, aimante et critique qui complète et structure sa vie. Un personnage cinématographique extraordinaire qui rappelle les figures féminines fortes et fascinantes des films de Satyajit Ray ou de Ritwik Ghatak dont le fantôme hante plusieurs scènes de ce film. Une expérience bouleversante et revigorante, une "nostalgie du présent" universelle et juste.
Sélection Opus Bonum, 2012.