Commentaires de Brillante Mendoza

Notre humanité peut être pesée et mise en équilibre sur la balance de la justice. Dans "Lola", un crime va révéler les forces et les fragilités de deux vieilles dames. L’une s’avère être faible, l’autre forte. L’équilibre de l’humanité est sauvegardé, et comme dans la nature, c’est le plus fort qui survit. Mais la valeur humaine est régie par le statut social.

Le film a été tourné à Malabon, dans le plus important quartier de Manille, qui se situe à 45 minutes du centre ville. Ce quartier est inondé toute l’année. Le niveau des eaux varie en fonction des averses de pluie. Les gens qui vivent dans cette partie de la ville submergée par les eaux ont décidé d’y rester parce qu’ils n’ont pas d’autre endroit où loger. J’ai décidé de tourner dans ce quartier pour montrer les conditions de vie de ses habitants, comment ils s’en sortent au quotidien et comment ils se sont adaptés à un tel environnement. Comme le démontre le film, malgré des conditions de vie précaires, ils parviennent toujours à trouver des solutions à leurs problèmes.

J’ai tourné le film en juin 2009 pendant la saison des pluies. Je tenais vraiment à ce ciel sombre et couvert, pour susciter la douleur qu’éprouvent les deux grands-mères durant tout le film. L’eau est aussi symbolique dans "Lola". A la fois, elle peut être source de vie, mais peut aussi être signe de stagnation et d’insalubrité. Nous pouvons flotter sur l’eau, mais nous pouvons aussi nous y noyer.

Le film se base sur des faits réels. J’ai situé cette histoire pendant la saison des pluies, dans un quartier de Manille en lutte contre l’adversité. Au fond, les Philippins sont des survivants. Pour eux, l’épreuve fait partie de la vie, ils gardent toujours espoir. Ils tentent de trouver la paix et la consolation grâce à la prière.

Toutes les scènes de prison ont été tournées dans une vraie prison. Tous les gens aperçus à l’intérieur sont en fait de vrais prisonniers ou de vrais gardiens, mis à part le masseur, qui est mon assistant réalisateur.

Aux Philippines, comme dans tout pays industrialisé, l’accès à la modernité peut s’avérer compliqué, en particulier pour les personnes âgées. La vie urbaine est nerveuse et intense. La plupart du temps, on considère les vieillards comme gênants et inutiles tout simplement parce qu’ils sont lents et en dehors des modes. De nos jours, on peut tout obtenir d’un clic sur internet, mais dans les pays en développement, les choses se compliquent pour les personnes âgées en raison des procédures administratives.

Un vol de téléphone portable est mis en lumière dans le film. Au Philippines, la caution fixée pour ce type de délits est plus élevée que pour d’autres, en raison de leur croissance galopante, surtout sur les enfants riches. Un téléphone portable haut de gamme est devenu le symbole d’un certain statut pour les adolescents. Le film démarre sur un gros plan montrant de l’argent et l’argent est au cœur du dénouement du film. L’argent est en fait la source de tous les maux. Dans "Lola", l’humanité des deux grands-mères est mise à l’épreuve, elles doivent répondre aux besoins de leurs proches, mais pas forcément de leurs propres besoins à elles. Les dépenses accordées à la vie et à la mort dépendent de notre statut social. Plus vous êtes riche, plus la mort coûte cher. Mais si vous êtes pauvre, la vie peut être négociable, comme on le voit dans le film.

 Brillante Mendoza