Deuxième expérience de JLG d’une série pour la télévision, "France Tour Détour" se rapproche davantage d’un produit télévisuel classique, se payant le luxe de caricaturer ses codes. La série est divisée en douze épisodes plutôt courts, qui constituent chacun un "mouvement" (comme en musique). Chaque épisode est constitué d’une partie "vérité", qui obéit à la logique du reportage en direct, et d’une partie "télévision" plus courte, où des animateurs critiquent ce qu’on vient de voir et proposent une "histoire" susceptible d’apporter au spectateur une nouvelle manière de penser le sujet, en l’élargissant à des situations quotidiennes. Présenté ainsi, cela paraît un peu abstrait. Pourtant, passé l’étonnement que suscitent les titres, sous-titres et autres mots incrustés dans l’image, on comprend que ce que JLG veut montrer, c’est comment la télévision pourrait devenir une pédagogie, le lieu d’émergence d’une pensée, d’un "gai savoir" (pour reprendre le titre d’un de ses autres film, emprunté à Nietzsche). Ce qu’elle n’était sans doute pas vraiment. Et moins encore aujourd’hui. Camille et Arnaud, les deux enfants d’environ dix ans, sont les sujets primordiaux de cette pédagogie. Par le biais de l’interview journalistique, Robert Linard, derrière lequel se cache un Jean-Luc Godard à l’accent suisse, les interroge sur leur lieu de vie, leur maison, l’école, la rue. Mais l’entretien renvoie le journaliste à ses questions, à une interrogation sur la manière même d’interroger. "France Tour Détour apparaît donc comme une maïeutique particulière, qui naît avec l’expérience de la vie." (M. A. Lanavère). Une maïeutique que le maestro de Genève compare volontiers à de la musique de chambre.
France Tour Détour, deux enfants