Alan Clarke était, avec Ken Loach et Mike Leigh, l’un des précurseurs du cinéma britannique des années 70-80, spécialisé dans ce qu’on appelle le "réalisme social". Né en 1935, fils de maçon, il a travaillé quelques temps comme ouvrier avant de débuter comme scénariste et réalisateur à la BBC. En 1977, il réalise l’explosif et fort controversé téléfilm "Scum", qui traite de la brutalité et de la corruption dans le système carcéral pour mineurs en Grande-Bretagne. La chaîne publique BBC en a rapidement interdit la diffusion en raison de ses images trop violentes (et aussi probablement en raison de sa critique sur le système pénal britannique). Furieux, Clarke décide alors de refaire ce film avec ses propres moyens, avec les mêmes acteurs et de le présenter dans les salles en 1979. Cette persévérance et cette énergie inépuisable sont typiques de Clarke, qui fait le choix récurrent d’histoires traitants de la violence domestique ou institutionnelle. Il s’attaque à tous les sujets de l’actualité sociale qui dérangent : un skinhead paumé dans le film "Made in Britain" ou encore un père de famille, supporteur hooligan à ses heures perdues, superbement interprété par Gary Oldman, dans le film "The Firm" en1988. Au vu de sa filmographie, Clarke était l’un des grands défenseurs d’un authentique "cinéma d’urgence". Alan Clarke est mort d’un cancer à l’âge de 55 ans en 1990. Son influence sur toute une génération d’acteurs britanniques tels que : Tim Roth, Gary Oldman et Ray Winstone, ainsi que sur des réalisateurs contemporains tels que Danny Boyle ou Harmony Korine, n’est pas à sous-estimer. Avec son film "Elephant", Gus Van Sant s’est directement inspiré du court métrage du même titre réalisé par Alan Clarke et qu’on pourrait décrire comme un exercice de style presque surréaliste sur les assassinats et les attentats dans l’Irlande du Nord.
Alan Clarke