Il est loin, le temps où Timothy Leary et ses acolytes gavaient Harvard de psilocybine et de LSD sous couvert de faire avancer la science. La recherche sur les hallucinogènes avait pourtant bien avancé à partir des années 50, notamment en matière de troubles psychiatriques, de psychothérapie et de désintoxication. Le raz-de-marée hippie et les "dérapages" de Leary, entre autres, ont durablement semé la panique chez les législateurs de tout poil. L’interdiction de la plupart des hallucinogènes a entraîné un blocage durable de la recherche et un désintérêt du monde médical. Depuis une quinzaine d’années, une reprise à la fois timide et foisonnante s’est amorcée. Des recherches sont menées sur un éventail impressionnant de substances, et les champs d’application envisagés sont nombreux : psychothérapie, stress post-traumatique, troubles obsessionnels compulsifs, dépendances en tous genres, certains types de migraine,... Parallèlement, des populations ayant consommé à long terme, et de façon très régulière, certaines substances psychédéliques (peyotl au sein de la Native American Church aux Etats-Unis, ayahuasca au sein du Santo Daime, groupe religieux brésilien) ont été soumis à des évaluations physiques et psychologiques approfondies. Ces études ont permis de démontrer que la consommation, même prolongée, de ces substances ne posait pas de réels problèmes (du moins dans le cadre d’un groupe structuré). De quoi mettre à mal certains mythes de la propagande de la fin des années 60. Enfin, les substances hallucinogènes s’annoncent prometteuses dans la compréhension du phénomène de la conscience. Que les esprits existent réellement ou que l’expérience se déroule entièrement dans la tête du consommateur, le phénomène psychédélique est suffisamment étrange et interpellant pour que la science en fasse un objet d’étude de première importance.
La recherche psychédélique