A vos risques et périls !

Loin de nous l"idée d"éviter de parler des risques liés aux hallucinogènes. L"un des courts métrages de cette programmation, "LSD 25", les énumère tous. On risque toujours le "mauvais trip", qui peut parfois être durablement traumatisant et être suivi de retours ou "flashbacks". Il arrive qu"on reste "perché", qu"on se retrouve à l"hôpital psychiatrique, ou qu"on termine le voyage aux urgences, voire à la morgue, suite à un accident dû à l"altération du jugement. Dans le cas des produits de synthèse, on ne sait que rarement ce qu"on ingère. Pourtant, "LSD 25" est un film de propagande : il omet de mentionner que ces cas, surtout les plus graves, sont extrêmement rares. C"est là qu"entre en jeu la notion de risque. L"alpinisme compte de nombreux adeptes. Demandez à un alpiniste ce qui le pousse à endurer le froid et la fatigue, à braver le risque. Il vous parlera de dépassement et de connaissance de soi, de proximité avec la nature, peut-être même d"un état second dans les ascensions extrêmes. Personne ne songera à le traiter d"irresponsable ni à lui déconseiller l"alpinisme. Simplement parce que l"alpinisme est culturellement intégré, même s"il occupe une place peu importante dans la société. Chacun sait que, s"il se sent attiré par les sommets enneigés, il faut qu"il passe par un apprentissage, qu"il commence par des routes abordables, qu"il s"habille en conséquence, et qu"il se fasse accompagner par un guide de haute montagne. L"alpinisme exige chaque année son contingent de morts et de blessés, et pourtant il ne traîne pas la réputation exécrable des voyages psychédéliques. L"intégration culturelle implique information et encadrement, et permet donc une gestion adéquate des risques. Le risque zéro n"existe pas, et c"est à chacun de décider, en connaissance de cause, jusqu"où il veut aller. Lorsque les risques sont gérés adéquatement dans les deux domaines, l"alpinisme fait figure d"activité suicidaire par rapport aux hallucinogènes. Les cultures traditionnelles qui ont intégré ces derniers nous le prouvent encore aujourd"hui. Elles nous apprennent également que, davantage que la substance, c"est l"usage qu"on en fait qui détermine si une pratique relève de la toxicomanie, de la récréation, de la médecine ou du sacrement.