A toutes les occasions. Sur tous les tons. Dans toutes les langues. Nous l’avons tous entendu mille fois. Et à force, cela s’est imposé à nous comme une évidence : Bruxelles est une capitale européenne, une ville "internationale". C’est sa vocation, son avenir, son salut. Personne ne le conteste.
Sauf que... Cette forme d’"international" qui nous est proposée ne puise pas ses sources dans la richesse et la sociologie de la ville ; elle vise surtout à être attractive envers les multinationales, les grandes institutions publiques ou les lobbies et s’adresse à une nouvelle population, bien plus nantie que la moyenne locale. Pour les habitants, l’implantation de cet "international"-là se concrétise avant tout par de nouvelles coulées de béton, par la flambée des loyers et par la formation de nouveaux ghettos sociaux.
Bruxelles vit une véritable crise du logement. Mais l’arrivée des eurocrates et autres expatriés ne suffit pas à l’expliquer. Le manque de logements publics et sociaux, l’absence d’encadrement des loyers en sont évidemment des causes tout aussi importantes. En imposant un modèle d’intégration sociale et de vie de quartier basé sur "l’amélioration de la qualité de vie" (plus de mixité, plus de sécurité, "assainissement" etc.), les politiques de rénovation et de "revitalisation" urbaines ne font qu’accélérer le processus d’embourgeoisement des quartiers populaires.
Est-ce par pudeur ? La langue française n’a en tout cas jamais nommé ce phénomène. Si des linguistes ont voulu l’appeler "embourgeoisement" ou "élitisation" des quartiers, il faut se reporter à l’usage du terme anglais "gentrification" pour désigner la transformation socio-économique de quartiers anciens engendrée par l’arrivée d’une nouvelle classe de résidents ayant un plus grand pouvoir d’achat. Cette "revitalisation" qui a pour effet de chasser ou d’exclure d’un quartier les personnes appartenant à des classes sociales moins favorisées, reléguées aux limites ou à l’extérieur de la ville.
Toutes les grandes villes occidentales connaissent une "gentrification" galopante, prenant tantôt des allures spectaculaires et très agressives, tantôt des formes plus progressives et insidieuses. A Bruxelles (Flagey, Dansaert, ou encore Saint-Gilles et bientôt Molenbeek, Schaerbeek…), le résultat est comparable à la "sablonisation" des Marolles. En plus diffus et en plus grand. La crise du marché du bureau pousse par ailleurs les promoteurs bruxellois à investir davantage dans l’habitat. Et à construire de plus en plus de logements de standing.
La "bruxellisation" n’est pas encore un lointain souvenir mais, pour les citadins les moins nantis, ce n’est plus la principale préoccupation. Car c’est ni plus ni moins que la possibilité de continuer à habiter en ville qui est aujourd’hui en jeu.
Cette problématique est en toile de fond du PleinOPENair depuis de nombreuses années. Au fil de ses pérégrinations, le PleinOPENair a vu les friches bruxelloises se réduire au fur et à mesure que poussent les immeubles et que les quartiers se "revitalisent". Est-ce à dire que le PleinOPENair a participé à leur "gentrification" ? Ou que l’année prochaine, comme un locataire sans toit, il devra peut-être lui aussi quitter la capitale et aller vers les terres de Wallonie et de Flandre… ?