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AH, QUE LA GUERRE EST JOLIE !

Au moment de « commémorer » le dixième anniversaire des premiers combats en Yougoslavie, le Nova vous propose, en collaboration avec le Comité de surveillance OTAN (CSO), un cycle de projections de films sur le sanglant démantèlement de la fédération héritée de Tito.

La plupart des films et vidéos présentés sont des documentaires (à l’exception d’un long métrage de fiction inédit en Belgique : « Pretty Village, Pretty Flame ») qui ont rarement, ou jamais, été projetés en Belgique. Malgré leur grande variété, ils ont pour point commun de ne pas emprunter la condescendance et le manichéisme enrobant les pseudo justifications des conflits balkaniques que nous servent les grands médias.

Plusieurs films se penchent sur les « facteurs externes » ayant favorisé l’éclatement ou la prolongation de ces guerres ; à savoir l’interventionnisme, drapé d’humanitarisme, des grandes puissances.

D’autres dénoncent plus spécifiquement le rôle des médias dans la manipulation de l’opinion publique, afin de lui faire accepter la nécessité d’entrer en guerre contre ceux désignés comme nos ennemis du moment.

Enfin, de manière générale, la parole est donnée à ceux qui ne l’ont que rarement eue ces dix dernières années, journalistes dissidents, victimes de « nettoyages ethniques » oubliés, ou simples quidams dont l’existence a été brisée par des décisions sur lesquelles ils n’ont eu aucune prise.

« Ah, que la guerre est jolie » sera aussi l’occasion de débats (avec Serge Halimi, Anne Morelli, Michel Collon) et d’une exposition de photos.



pretty village, pretty flame

Lepa sela lepo gore

Srdjan Dragojevic, 1996, RS, 35mm, vo st fr, 125'

Sur son lit d’hôpital, Milan se remémore les dix jours d’enfer qu’il vient de traverser, coincé dans un tunnel, avec son détachement. Mêlée à ses souvenirs de guerre, la nostalgie de son amitié avec son ami musulman Halil envahit ses pensées. Il y a aussi une journaliste américaine, Lisa Linel (elle aussi dans le tunnel), obligée de revoir ses positions sur les raisons et les torts de chaque partie...

Tiré d’une histoire vraie de la guerre de Bosnie en 1992, « Pretty Village, Pretty Flame » n’est ni un simple film de guerre, ni un western classique, ni même un drame psychologique sur la violence. Sa narration alterne présent et passé : le caractère des personnages s’y dessine peu à peu, tandis que se développe une action dramatique qui trouvera sa conclusion lorsque le passé aura enfin rejoint le présent.

Psychologue, poète et cinéaste, Srdjan Dragojevic est né en 1963 à Belgrade. « Pretty Village, Pretty Flame » est son second long métrage. « Beaucoup de gens raconteraient sur cette guerre une histoire poignante que vous iriez voir avec votre bien-aimé(e), confortablement installés dans une salle de cinéma », dit Dragojevic. « Après, vous iriez discuter dans un restaurant agréable, un bon steak dans votre assiette, accompagné d’un vin excellent, et vous seriez d’accord pour dire que ce monde serait le meilleur des mondes, si seulement nous pouvions être un peu plus tolérants et nous comporter un peu mieux envers les autres. [...] J’avoue que mon intention est de vous gâcher ce steak, ce vin et cette conversation facile. Car quelque part, suffisamment loin de votre restaurant civilisé, il existe un pays où les gens ont tout perdu. On leur a tout volé, leurs maisons, leurs années, tous ces jolis restaurants, la bonne cuisine, le plaisir, l’art, l’espoir et la fierté, et même la vie. »

08.06 > 21:30 + 14.06 > 20:30


George Bogdanich & Martin Lettmayer, 2000, US, video, vo st ang, 165'

« La guerre évitable » est une implacable dénonciation du rôle joué par les grandes puissances dans la ruine de la Yougoslavie. Le film rappelle le déroulement d’une décennie de guerres yougoslaves, depuis les sécessions slovène et croate jusqu’à la prise du Kosovo par les armées de l’OTAN, et montre les divisions et les maladresses des alliés occidentaux, et encore comment les États-Unis et l’Allemagne ont activement encouragé l’éclatement du pays. De significatives déclarations de plusieurs acteurs majeurs du conflit (médiateurs européens, secrétaires d’état américains, responsables de l’ONU...) révèlent l’ampleur du gouffre entre la représentation des guerres des Balkans servie à l’opinion occidentale et ce qui se passait vraiment sur le terrain. Parsemé de témoignages de journalistes et d’historiens, « La guerre évitable » jette une lumière crue sur les coulisses du conflit et le rôle de pompier ­ pyromane cyniquement joué par nos dirigeants et médias.

17.06 > 20:00


Luc Hermann & Gilles Bovon, 2000, FR, video, vo fr , 26'

Que la guerre est jolie, quand elle est bien présentée et intelligemment mise en scène... Quand les spécialistes de la communication sont mobilisés pour faire accepter aux braves gens des décisions qu’au fond ils réprouvent ou, à tout le moins, dont ils se méfient. Ces rois de l’intox et de la manipulation sont devenus indispensables aux gouvernants pour « vendre » la guerre, s’assurer l’appui de la population, quitte à prendre quelques libertés avec la vérité.

Les réalisateurs ont passé au crible quelques épisodes de la « guerre du Kosovo » et relevé les mensonges des pontes de l’OTAN pour contrôler leurs opinions publiques. La mission de ces « spin doctors » - conseillers en communication ­ est devenue un art difficile tant le public, de Timisoara à la guerre du Golfe, a été échaudé depuis quelques années. Dans le cas du Kosovo, les cerveaux de l’OTAN n’ont pas hésité à aller bien au-delà du simple arrangement des faits : fausses informations pour diaboliser les Serbes, invention d’actions de l’armée yougoslave pour couvrir les sanglantes bavures de l’Alliance, ouverture de fausses pistes pour écarter les journalistes trop curieux...

+ debat : serge halimi & anne morelli

La projection sera suivie d’exposés de l’historienne belge Anne Morelli (ULB, auteur de Principes élémentaires de propagande de guerre) et du journaliste français Serge Halimi (Le monde diplomatique, auteur avec Dominique Vidal de « L’opinion, ça se travaille... »), puis d’un débat avec le public.

21.06 > 20:30


Debbie Christie & Tone Bringa, 1993, GB, video, vo st ang, 50'

Un documentaire issu d’une démarche anthropologique. On y suit, jour après jour, quelques habitants d’un petit village bosniaque où Croates et Musulmans cohabitent pacifiquement depuis longtemps. Alors que dans d’autres lieux du pays on se déchire, la guerre se rapproche et déjà les bombes se font entendre au loin. Les esprits, bien que de nature optimiste, s’inquiètent.
Un document efficient, tant la cinéaste et une anthropologue de terrain sont parvenues à receuillir, de manière proche, le témoignage direct de villageois pris dans un engrenage qui verra des voisins de longue date s’entretuer au bout de quelques mois...

22.06 > 20:00


Patrice Barrat, 1999, FR, video, vo fr , 76'

Durant la guerre en Bosnie, Patrice Barrat réalisa pour plusieurs chaînes européennes entre 1993 et 1995 une chronique quotidienne faite de films de deux minutes sur la vie d’une rue de Sarajevo. Bien après les hostilités, il retourne sur les lieux, non seulement pour y retrouver ses habitants rescapés, mais aussi et surtout pour se questionner du rapport entre lui, l’ « envoyé spécial », vous, les téléspectateurs, et eux, les personnages de la réalité. Un superbe document fait de va et vient entre des témoignages au plus fort de la guerre et ceux du présent d’une certaine paix retrouvée, entrecoupés d’images et de réflexions pertinentes du réalisateur - parfois aussi d’un confrère bosniaque - sur le rôle du médium télévisuel, ses écueils, son spectacle, ses tentatives de se rapprocher... pour mieux échouer. D’ailleurs, dans un passage hallucinant, il y égratigne même une personnalité telle que Bernard-Henri Lévy ! Mais cette chronique est aussi un magnifique portrait d’une capitale cosmopolite prise alors en otage, et qui au présent, s’est vue concrètement dépossédée de cette richesse, après l’avoir été une première fois aux yeux des spectateurs, nous, puisque rarement dévoilée pendant la guerre par les médias de masse... 

22.06 > 21:00


Nikolaus Geyrhalter, 1997, AT, 35mn, vo st ang, 200'

Ceux qui ont vu « Prypiat » (diffusé au Nova pendant « Back in ex-USSR ») connaissent le cinéaste et photographe autrichien Nikolaus Geyrhalter, et ses talents de documentariste. Geyrhalter a débuté le tournage de « L »année après Dayton » au lendemain de la signature (1995) de « l’accord de paix » de Dayton qui fixait le partage de la Bosnie-Herzégovine. Son film aborde une histoire collective, contée par le biais d’histoires individuelles. Pendant une année, il a suivi la survie dans l’après-guerre. Il a ramené de l’ex-Yougoslavie une vingtaine de portraits : Serbes, Musulmans ou Croates, ils et elles sont victimes de la guerre. Approchés avec respect et intégrité, ils ont pris la parole face à la caméra et se sont exprimés dans une intimité qui les a apparemment confortés.

Plus que leur donner simplement la parole, Geyrhalter leur a accordé le temps nécessaire à l’expression de leurs témoignages. Sans jamais rechercher le spectaculaire. Un mérite suffisamment rare en nos heures de flashs télévisuels pour être souligné. D’où les choix délibérés de la durée du film (plus de trois heures), du cadrage toujours proche et d’un montage rythmé par les saisons, trois éléments qui permettent cette lente tentative de reconstruction.

Ici, c’est la dimension irrationnelle et humaine que l’on approche. « Jamais le film en lui-même ne recherche les causes, c’est toujours aux personnes qu’il revient d’en juger. Ici, multiplier les points de vue, c’est demander et redemander à chacun de raconter une même situation, de décrire chaque chose avec minutie : le quotidien, la nourriture, le logement, les sentiments » (« Hors champ », Lussas, 1998).

« L’année après Dayton » a été primé à Vienne, Berlin, Duisburg et Paris (Prix Joris Ivens au Cinéma du réel-1998).

24.06 > 20:00


+ Sous les bombes de l’OTAN : 15 Belges en Yougoslavie

Regards Croisés, 1999, BE, video, vo fr , 42'

24 mars 1999 : l’OTAN déclenche son « opération » contre la Yougoslavie et nos médias à l’unisson se réjouissent que l’Occident ait enfin le courage de mener une intervention humanitaire.
Etait-ce bien une guerre humanitaire ? N’y avait-il pas d’autres objectifs secrets ? Les médias nous ont-ils manipulé ? Qui étaient les victimes ? Cette guerre prépare-t-elle d’autres conflits ?
A ces questions, une quinzaine de Belges, dont le journaliste Michel Collon, l’historienne Anne Morelli, le docteur Colette Moulaert, le sculpteur Mark Jambers, sont allés chercher la réponse dans le camp des « autres », en mai 1999. Ils sont revenus avec ce film qui est un témoignage sur tout ce qu’on a oublié de dire et de montrer à la télé pendant ces deux mois et demi de « frappes ».
« We did our job », déclare ce soldat américain à la mine fière et réjouie : le film montre en quoi consistait ce boulot si bien fait.

+ Les damnés du Kosovo

Regards Croisés, 2001, BE, vo fr , 52'

Alors que l’Occident se targue d’avoir bombardé la Yougoslavie pour prévenir un « nettoyage ethnique » au Kosovo, qu’en est-il de la situation actuelle des minorités dans le protectorat instauré par l’ONU et occupé par 45.000 hommes de l’OTAN ? Alors que la plupart des Serbes et des non-Albanais (Roms, Turcs, Slaves musulmans...) ont été chassés dès l’arrivée des troupes occidentales dans la province, Michel Collon est allé à la rencontre de ceux qui sont restés et se sont réfugiés dans des enclaves transformées en ghettos. Leurs récits constituent un tragique réquisitoire contre les « guerres humanitaires » de ceux qui nous dirigent.

Débat : Michel Collon
La soirée se déroulera en présence du journaliste Michel Collon, qui a participé à la réalisation de ces deux films. Il les présentera et animera une discussion avec la salle.

28.06 > 20:30


Mihailo P. Ilic, 1999, SR, 35mn, vo st ang, 44'

Le 5 février 1994, les médias du monde entier dégoulinent du sang des 68 morts et 197 blessés de l’attentat de Markale, le marché du centre de Sarajevo. Les coupables sont immédiatement désignés, les Serbes bosniaques dont les batteries d’artillerie entourent la ville. La riposte ne tarde pas à venir : pour la 1ère fois de son histoire, l’OTAN lance des actions offensives en bombardant des objectifs militaires serbes. Le début d’une intervention occidentale qui se prolongera par les raids massifs contre les Serbes de Bosnie en 1995 et culminera avec la « guerre du Kosovo » de 1999. Dans la fièvre humanitaro-belliciste, un détail est passé inaperçu : la charge explosive qui a provoqué le massacre ne provenait pas des lignes serbes...

+ Daddy, Where Will We Sleep ?

Dimce Stojanovski, 2000, RS, video, vo st ang, 8'

Lors d’un bombardement de l’Otan, un quartier d’habitation se retrouve à être ciblé par erreur. Le regard hagard des rescapés en dit long sur l’absurdité de la guerre... (sous réserve)

30.06 > 20:00


Martin Meissonnier, 2000, FR, video, vo fr , 65'

Les Américains ont-ils bombardé l’Irak, la Bosnie et le Kosovo avec des déchets nucléaires ? Martin Meissonnier a mené l’enquête aux Etats-Unis, en Allemagne, en Irak, à Dubaï, au Kosovo afin de cerner les tenants et aboutissants des armes à uranium appauvri (UA). Ce documentaire cherche à établir la vérité sur les conséquences épouvantables que l’emploi de cette arme peut avoir sur l’homme. D’autant plus que l’UA a une durée de vie de quatre milliards et demi d’années, environ... Utilisées massivement par les Etats-Unis en Irak, les armes à UA sont dénoncées par le gouvernement de Saddam Hussein qui y voit l’origine d’une épidémie de cancers et de malformations. Depuis la guerre du Golfe, l’UA a été utilisé par les forces américaines en Bosnie en 1995, en Serbie et au Kosovo en 1999, où des symptômes similaires sont déjà observés. Des témoignages de vétérans, médecins, infirmières, scientifiques et experts sont confrontés à ceux des responsables militaires américains. Aujourd’hui, plus de quarante pays sont équipés en munitions à UA... Une prolifération nucléaire d’autant plus inquiétante qu’elle passe inaperçue.

30.06 > 21:00


Marcel Ophuls, 1994, FR-DE, 35mn, vo st fr, 224'

Dernier film en date de Marcel Ophuls, « Veillées d’Armes » est sans doute le plus impertinent de ses (peu nombreux, mais de grande qualité) documentaires d’investigation, sa spécialité.

Durant près de quatre heures, nous suivons ses deux périples dans le Sarajevo assiégé de 1993, où il rencontre foule de correspondants de guerre - photographes, caméramans, preneurs de sons, reporters de télévision ou de presse écrite - allant du plus intègre au plus sensasionaliste d’entre eux. Il suit ces « petites » destinées individuelles et leurs tracas quotidiens, certaines du peuple bosniaque aussi, dans le grand ramdam de l’Histoire en train de se jouer, et surtout celui de l’information-spectacle.

Par un montage impressionnant, Ophuls parvient aisément à déconstruire tout un système où c’est la propagande qui domine. Pour ce faire, il n’hésite pas à recourir à une autre fiction, issue de certains films hollywoodiens dont il nous passe nonchalamment des extraits, mais aussi d’autres films dont certains de son père Max Ophuls.

Son entreprise devient alors ironique, grinçante et provocatrice, mais toujours avec le souci d’atteindre la mémoire et la conscience du spectateur, afin de l’interroger sur sa propre responsabilité. Film de résistance, film jouissif, film dérangeant, il est tout cela en même temps.

01.07 > 18:00


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