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PETER WATKINS

C’est en 1965 que l’Angleterre découvre Peter Watkins, lorsque la BBC diffuse "Culloden". L’année suivante, avec "The War Game", Watkins dénonce l’absence de débat sur l’arsenal nucléaire et la désinformation. Ses détracteurs se déchaînent contre lui et le film sera interdit à la télévision. Devenu un spécialiste de la politique-fiction, ses opus suivants se signaleront de plus en plus par la virulence de leurs attaques : "Privilege" (1967) sera un des premiers films à évoquer les arcanes du rock, "Gladiators" évoque l’amour immodéré des peuples pour les jeux, "Punishment Park" (1970) fustige une Amérique violente bafouant les droits humains... Avec "Edvard Munch, la danse de la vie" (1976), Watkins renouvelle son style en apportant une dimension nouvelle au genre et signe l’une des plus intelligentes et des plus fortes biographies d’artiste jamais réalisées... Elle sera pourtant très mal distribuée et demeure pratiquement invisible. Un sort encore pire sera réservé à "The Journey", film pacifiste qui écoute la parole de "gens ordinaires" rencontrés dans douze pays entre 1983 et 1986 : aucune chaîne ne s’y intéressera. Quant à "The Freethinker", une biographie du dramaturge August Strindberg et de sa femme, l’actrice Siri von Essen, réalisé entre 1992 et 1994, qui a pu le voir ? Pourtant, ceux qui ont eu la chance de voir les films de Watkins, iconoclastes, critiques et rebelles, ne les oublient pas de sitôt...

Ce qui est en jeu dans la filmographie de Watkins, c’est le contrôle social et la mainmise du pouvoir : "La société norvégienne qui essaie d’écraser Munch est comme la société suédoise qui veut écraser Strindberg : c’est notre société qui veut brimer ceux qui cherchent à s’exprimer, où que ce soit et de quelque façon que ce soit. Il n’y a pas le passé seulement, un passé figé sans rapport avec aujourd’hui. Culloden ou Munch, c’est à la fois le passé, le présent et l’avenir. C’est pourquoi je mélange, je fais des liens. Parler d’hier, c’est parler d’aujourd’hui. C’est pareil pour La Commune. L’idée que nous nous faisons du temps est souvent très conventionnelle."

"Aujourd’hui, un réalisateur qui refuse de se soumettre à l’idéologie de la culture de masse, fondée sur le mépris du public, et ne veut pas adopter un montage frénétique fait de structures narratives simplistes, de violence, de bruit, d’actions incessantes, bref, qui refuse la forme unique, ou ce que j’appelle la "monoforme", ce réalisateur ne peut tourner dans des conditions décentes. C’est impossible." (...) "La culture de masse qui a été imposée, vulgaire, étroite et brutale, faite de simplisme et de voyeurisme, regorgeant de stéréotypes sexistes et chauvins, vouée au culte de l’argent, doit être tenue pour responsable de bon nombre de désastres." Peter Watkins

http://www.peterwatkins.lt/ : Un site Web qui décrit le travail de Peter Watkins depuis les années 1960, et qui contient des extraits de ses écrits sur le rôle des mass-médias de l’audiovisuel dans la société contemporaine.



1970. Le conflit au Vietnam s’aggrave.
Nixon a décidé le bombardement du Cambodge. Aux Etats-Unis et partout dans le monde, la protestation est unanime. Nixon décrète l’état d’urgence et, c’est le présupposé du film, met en application une loi de 1950, "le McCarran Act", autorisant le gouvernement fédéral à placer en détention toute personne "susceptible de mettre en péril la sécurité intérieure". Dans une zone désertique de la Californie, non loin des tentes où siège le tribunal civil chargé d’instruire le procès du groupe 638, les membres du groupe 637 se retrouvent dans le Bear Mountain National Punishment Park et découvrent les règles du "jeu" auquel ils vont devoir participer pour avoir choisi cette alternative plutôt que d’être incarcérés dans un pénitencier. Ils s’entendent promettre la liberté s’ils parviennent à échapper aux forces de police lancées à leur poursuite, et à atteindre dans les trois jours un drapeau américain planté dans les montagnes, 80 km plus loin. A la différence de beaucoup de films politiques populaires, "Punishment Park" ne propose pas de spécimens élégants de héros ou d’héroïnes avec lesquels le public pourrait confortablement s’identifier. Pire, Watkins se refuse à trouver une quelconque issue aux tragiques évènements décrits dans le film, susceptible de "remettre un peu d’ordre" avant que l’assistance ne quitte la salle. La distribution, comme d’habitude, se compose majoritairement d’acteurs non-professionnels et de quelques jeunes comédiens. Quant aux membres du tribunal, ils sont tous interprétés par des citoyens ordinaires de la ville... "Punishment Park" fut retiré de l’affiche après seulement 4 jours d’exploitation. De fait, sa sortie suscita un flot de critiques féroces. Depuis lors, il a très rarement été projeté aux USA, et jamais à la télévision...

13.04 > 20:00 + 29.04 > 22:00


Une bombe nucléaire tombe dans le comté de Kent en Grande-Bretagne. C’est la panique. Des milliers de morts immédiates. La clarté insoutenable fait fondre les globes oculaires. On brûle les cadavres et on achève les blessés dans les rues. Les stocks de nourriture saine sont pris d’assaut par les pillards. On interviewe les survivants hébétés à qui la Protection Civile conseille d’emporter leur Livret de caisse d’épargne avant de rentrer dans les abris... Commande officielle de la BBC, ce stupéfiant "documentaire d’anticipation" sur le déclenchement de la guerre atomique, ressemble à une version filmée de "La Guerre des mondes" d’Orson Welles, construite à base de pseudo-images d’archives. Oscar du documentaire aux ÉtatsUnis et Grand prix du court métrage à la Mostra de Venise, "La bombe" fut interdit de diffusion télévisuelle dans le monde entier jusqu’en 1985. "J’ai réalisé "La Bombe" à une époque où le gouvernement anglais (et la BBC) faisait l’apologie de la force de dissuasion nucléaire. La propagande officielle assurait la population que les mesures prises par la Protection Civile en Grande-Bretagne permettraient au pays de pouvoir se relever après une guerre nucléaire totale. (...) Je n’ai pas cherché à exagérer l’horreur de la situation. Si "La Bombe" choque le spectateur, c’est parce qu’il voit pour la première fois, avec l’évidence de l’image, ce qu’il ne veut pas voir et ce qu’on ne lui laisse pas voir. (...) Une fois le montage du film achevé, la BBC l’a saisi pour statuer sur son sort. J’ai appris que les pontes de la BBC avaient secrètement projeté le film aux membres du Cabinet du Premier ministre d’alors, et les avaient invités à donner leur opinion sur le bien fondé de sa diffusion. En agissant de la sorte, la BBC avait violé sa Charte d’Indépendance. J’ai donc immédiatement remis ma démission".

15.04 > 22:00 + 03.05 > 20:00


Steve Shorter est la nouvelle rock-star, l’idole des jeunes. Marionnette manipulée par les lobbies financiers et l’église en perte de vitesse, il devient un véritable objet de culte pour la nouvelle génération. Il incarne, en effet cette violence et la révolte de toute une jeunesse, et canalise ainsi celles des fans hystériques... Alors que "Privilege" commence de façon assez conventionnelle il se termine dans un paroxysme de flammes et de cris où se retrouvent associés cérémonial du Ku Klux Klan, fastes nazis de Nuremberg et nuits aux chandelles de Lourdes. Un prêtre avec une face à la Goebbels va jusqu’à faire hurler aux jeunes : "Nous nous soumettrons" ! Magistralement interprété, avec un style et une structure qui en font un plagiat de certaines productions télé de l’époque, "Privilege" est un réquisitoire définitif contre la manipulation totalitaire.

"Avec `Privilege’, nous voulions montrer comment l’engagement et la détermination politiques des jeunes générations pouvaient être sapés par la religion, les média de masse, les jeux... Lorsque le film est sorti en Angleterre, les critiques ont tiré à boulets rouges dessus. "Privilege" était, selon eux, un film "hystérique". Le fait que toutes les choses qui y sont montrées ou sous-entendues soient devenues réalité en Angleterre n’a pas pour autant réhabilité le film, qui reste, aujourd’hui encore, un film marginalisé, bien qu’appartenant à ce registre d’un cinéma "grand public".

20.04 > 20:00 + 25.04 > 22:00


15 Peter Watkins a tourné "La Commune" (qui est peut-être son dernier film) dans les studios d’Armand Gatti à Montreuil, avec plus de deux cents comédiens, dont pour grande partie des non-professionnels. Fidèle à son style de narration, il nous propose une sorte de documentaire vivant, exaltant et tragique, sur ces journées de mars 1871 qui virent le petit peuple de Paris, pour la quatrième fois en moins d’un siècle, entreprendre une nouvelle révolution... Le film commence par un plan-séquence faisant découvrir le lieu du tournage après la dernière scène, informant que le film a été tourné pendant treize jours en plans-séquences, puis les acteurs se présentent et présentent leur personnage. Nous sommes à la fois en mars 1871 et aujourd’hui : "Nous vous demandons d’imaginer le 18 mars 1871", est-il signifié. Tout au long du film, par l’artifice, le public est sans cesse renvoyé à sa condition de spectateur, et donc à son sens critique. "J’espère, martèle Peter Watkins, que La Commune sera un outil d’apprentissage pouvant aider à disséquer et à mettre en cause les conventions du cinéma et de la télévision. Ainsi, les textes des cartons, les intertitres, comme ma détermination à ne pas respecter une durée préétablie indépendamment du sujet, sont là pour défier le mécanisme des médias audiovisuels."

Il ne faut pas aller voir ce film pour y rencontrer les têtes d’affiche d’alors (les Louise Michel, Jules Vallès et autres insurgés) : ce n’est pas le sujet. Tout en étant mû par un grand souci d’exactitude historique, le projet est hautement plus ambitieux. C’est la parole populaire, la naissance de cette parole, et la démocratie à l’aube du XXIe siècle. C’est, également, la difficile élaboration d’un discours et d’une démarche collective, où tâtonnements, errements, divergences individuelles et conflits ne sont pas occultés. C’est un film politique qui en appelle au collectif, à la réflexion et à l’action ; un long-métrage sur la parole populaire, le pouvoir et la contestation. Avec de nombreux parallèles avec notre époque : le racisme, la place et le rôle des femmes, l’inégalité des richesses, la mondialisation, la censure, la faillite de l’école...

06.05 > 14:00


Parmi les grandes dates du mouvement ouvrier, la Commune de Paris tient une place particulière. Dernière révolution du XIXe siècle, c’est aussi la première tentative de prise en main par les ouvriers de leur destin... Nous sommes en 1871. Après avoir cédé l’Alsace et la Lorraine, laissé les troupes prusses défiler dans Paris, et transporté l’Assemblée à Versailles, Adolphe Thiers supprime la solde des gardes nationaux. Le 18 mars à l’aube, il tente de faire reprendre leurs canons. C’est l’explosion. Affamés, armés et coupés du gouvernement de Versailles, le peuple de Paris élit un gouvernement révolutionnaire. Thiers se replie à Versailles. La Commune est proclamée. "Le 18 mars, le peuple rompit définitivement avec la vieille tradition monarchique et jacobine, également affolée d’unité, également intoxiquée de l’idée empoisonnée d’un Pouvoir fort. Le 18 mars, le peuple déclara qu’il fallait sortir du cercle vicieux, couper le mal dans sa racine, non plus changer de maître, mais cesser d’avoir des maîtres..." (Arthur Arnould). Les Communards, à 80% ouvriers et artisans, développèrent un programme socialiste et fédéraliste ; prenant des mesures révolutionnaires qui engangèrent la France dans la voie d’une République sociale, réorganisant l’économie au profit des travailleurs et instaurant, avant Jules Ferry, l’éducation gratuite et laïque ; réquisitionnant les locaux abandonnés au profit des coopératives ouvrières, abolissant le travail de nuit, supprimant les amendes opérées sur les salaires par les patrons, rééquilibrant les rapports entre hommes et femmes... Mais les troupes versaillaises obligent les Communards à mobiliser leur énergie pour la guerre. A 20.000 contre 130.000, les Communards sont enfoncés dès le 21 mai 1871, dans un carnage qui reste dans les mémoires sous le nom de "La semaine sanglante". Dans les jours qui suivent, 38.000 personnes sont arrêtées. Quatre conseils de guerre fonctionnèrent jusqu’en 1874. Il y eut 10.042 condamnations et 3.761 condamnations par contumace. Certains furent condamnés à mort et fusillés. Le plus grand nombre fut déporté dans les bagnes de NouvelleCalédonie ou de Guyane. L’amnistie, votée en 1880, ramena en France les derniers exilés survivants.



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