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Offscreenings

Le module Offscreenings rassemble une sélection de films inédits qui, par leur caractère non-conformiste, leur originalité artistique ou leur approche particulière du médium, se démarquent dans le cinéma contemporain. Venez découvrir les films cultes de demain !



Ouverture

Revenge

Coralie Fargeat, 2017, FR, DCP, vo st fr & nl, 108'

On ouvre Offscreen cette année avec la partie de chasse annuelle de trois hommes propres sur eux partis pomper un brin d’adrénaline et de virilité dans le désert marocain. Sauf que cette année, l’un d’entre eux embarque sa maîtresse et que tout dérape définitivement quand, après avoir subi un viol, elle revient arme à la main et balance la tête de l’un des trois lurons au pied de cette fine équipe. Pas fort compréhensif, son amant se détourne d’elle et participe au renouveau de la chasse annuelle des deux survivants : elle est désormais la proie des armes.
Nouvelle manière de revisiter le "rape and revenge", "Revenge" se focalise sur l’impressionnante persévérance de son héroïne qui, à l’image de personnages des films de Nicolas Winding Refn, préserve son sang-froid en toute circonstance pour réaliser son plan - survivre et finalement, vivre ! Le paysage désolé du désert marocain joliment mis en image par Robrecht Heyvaert, le scénario dépourvu de tout artifice et la détermination sans faille des personnages font de ce film endiablé une quête de représailles quasi spirituelle.

07.03 > 19:00 + 07.03 > 21:30


Steven Ellison (aka Flying Lotus), 2017, US, DCP, vo st fr, 94'

Los Angeles, dans un future proche ; un tremblement de terre dézingue la ville et ravage sur son chemin une centrale nucléaire. À moins que ce ne soit une usine chimique ? Quoiqu’il en soit, un herpès purulent s’est emparé des corps et l’absurde sous LSD, de l’écran.
Golems poilus à tête d’écran affalés devant leur télévision ; Geek short court et cartable d’écolier en quête de l’anus-point de sauvegarde ; Georges Clinton en chirurgien vaudou ou encore une réceptionniste poupée gonflable se côtoient dans cette extase visuelle improbable bourrée d’incrustations vidéos, de maquillage répugnant et de folie scatophile. Pour son premier essai cinématographique, le musicien électro Flying Lotus nous balance un film d’horreur(es) déconcertant. Il y recycle une énergie puisée en partie chez Takeshi Miike pour, de son propre aveu, l’importer dans le cinéma d’exploitation afro-américain. Un film, "Kuso" ? Pas certain mais une expérience visuelle marquante et instantanément culte à vivre au cinéma !

08.03 > 19:30


David Lowery, 2017, US, DCP, vo st fr, 87'

Comment réinventer le film de fantômes ? Dans "A Ghost Story", David Lowery nous propose un retour aux sources : le drap blanc percé de deux trous. Décédé dans un accident de la route, l’homme interprété par Casey Affleck se relève de la morgue couvert d’un drap blanc. Il est libre de ses mouvements mais personne ne le voit et, à vrai dire, il ne semble pas tenté par le terrorisme fantomatique. Sa seule envie est de retourner dans ses pénates et de retrouver celle qu’il aime. Sauf qu’elle ne le perçoit pas et lui se retrouve réduit à une impuissance ambiguë face à la détresse de la femme incarnée par Rooney Mara. Quand elle parvient à reprendre le cours de son existence, lui reste figé à hanter les mille vies de ce qui un jour fut sa demeure dans l’espoir de parvenir à lire ce mystérieux mot qu’elle glissa entre deux briques.
"A Ghost Story" invoque la figure de l’âme en peine pour dépeindre une délicate méditation sur le deuil et le travail du temps. Une réalisation au budget restreint qui rappelle le cinéma de Terrence Malick et, grand écart s’il en est, qui fut entre autre récompensé lors des festivals de Fantasia, Sitges ou encore Deauville.

09.03 > 19:30


Rainer Sarnet, 2017, EE, DCP, vo st fr & nl, 114'

Dans un village païen d’Estonie où les loups-garous, la peste et les esprits errent, le soucis central des habitants est de survivre aux hivers particulièrement rigoureux. Rien n’est tabou ! Ils se volent les uns les autres, dérobent des biens à leur seigneur allemand et même au Diable quand l’occasion se présente. Tout est valable pour survivre ! Pour les aider, les villageois ont pour habitude de se tourner vers d’énigmatiques créatures filiformes faites de bois et de métal. Au milieu de ce chaos, une jeune fermière désespérée tombe amoureuse d’un citadin.
Adapté du best-seller de l’auteur estonien Andrus Kivirähk, "Rehepapp", "November" plonge le spectateur dans une atmosphère magico-réaliste dont seuls les réalisateurs d’Europe de l’Est sont capables. Filmé dans un noir et blanc somptueux, inspiré du folklore estonien comme de la mythologie chrétienne, cet opus de Rainer Sarnet propose une échappée à la fois poétique, effrayante et drôle. "November" est le film envoyé aux Oscar par l’Estonie.

10.03 > 17:30


Rey

King

Niles Atallah, 2017, CL, DCP, vo st fr & ang, 91'

En 1858, Antoine de Tounens, avocat français illuminé, s’enfonce dans la nature sauvage de Patagonie pour fonder un État Mapuche et en devenir le roi.
Revenant sur cet épisode oublié de l’histoire du Chili, Niles Atallah propose une exploration de la mémoire autant qu’une aventure cinématographique onirique, aux accents fantastiques.
Si les faits sont authentiques, les détails de cette histoire sont flous et fragmentaires. Les versions sont multiples et les contradictions du personnage n’aident pas à dégager une vérité historique. Et c’est justement ces confusions, ces couches et ces mythes qui inspirent Atallah, cinéaste et artiste chilien dont on vous présentait il y quelques années les films "Lucía, Luis y el lobo", réalisés avec ses comparses Cristóbal León et Joaquín Cociña.
Son film, en plus d’être un vrai travail de recherche, propose une expérience esthétique sur l’image et le son. La pellicule usée chimiquement et vieillie par enterrement reflète la dégradation de la mémoire, l’évanescence, mais permet aussi l’apparition de nouvelles formes, issues peut-être de la folie du personnage.

http://nilesatallah.com

11.03 > 17:30


S. Craig Zahler, 2017, US, DCP, vo st fr & nl, 132'

S. Craig Zahler ("Bone Tomawhawk") continue de visiter les genres avec respect, facétie, extrême violence grand guignolesque en exploitant un faux rythme stylistique qui lui appartient.
On retrouve cette fois-ci un Vince Vaughn inédit, tout en tension, en américain paumé, marié à Jennifer Carpenter, vivant de trafics compliqués et foireux. La première partie prend le temps de camper ce personnage principal qui s’exprime en one liners sarcastiques, pince sans rire, une sorte de Bruce Willis 80’s au carré.
Mais le milieu naturel du film est celui de la prison. L’une quasi réaliste où travaille comme gardien Mustafa Shakir (le brillant Big Mike de "The Deuce"), et l’autre, fantasme absolu, où sévit Don Johnson. Cerise sur le gâteau, Udo Kier y est impeccable !
P.S. : Son prochain film, aujourd’hui en post-production, ajoute Mel Gibson à ce casting et s’intitule "Dragged Across Concrete"...

15.03 > 21:30


Justin Benson & Aaron Moorhead, 2017, US, vo st fr, 111'

En 2014, ils réalisaient le remarqué "Spring". Aujourd’hui, le duo de réalisateurs Justin Benson et Aaron Moorhead reviennent avec "The Endless", un film dans lequel ils s’octroient les premiers rôles. Ils y interprètent deux frères qui retournent vers la secte dans laquelle ils ont passé leur enfance et dont ils se sont enfuis. Visiblement, l’affront est passé et ils sont chaleureusement accueillis par les membres de la secte restés au bercail, dont le mode de vie semble les maintenir exceptionnellement jeunes. Bien vite, le frère aîné constate que quelque chose ne colle pas. Manifestement, des forces surnaturelles sont à l’œuvre...
Avec ce film ambitieux, Justin Benson et Aaron Moorhead confirment leur réputation de cinéastes inventifs de la scène du cinéma américain indépendant, capables de merveilles avec des cacahuètes. Ce film parsemé de trouvailles recèle le pouvoir des mystères digne de Lovecraft. Science-fiction surprenante, "The Endless" peut aussi être perçu comme un héritier mumblecore de la série mythique "The Twilight Zone".

16.03 > 19:00


Ian Lagarde, 2017, CA-CU, DCP, vo st ang, 85'

Entouré de jungle et d’océan, l’hôtel est un vrai paradis touristique aux allures de palace colonial. L’accueil y est d’une chaleur toute contrôlée, la nourriture idéale – celle de tous lieux de villégiature – et les activités passionnantes : on y chante la fierté patriotique de chacun des voyageurs, l’aérobic détend petits et grands et on bronze. Puis un jour arrive Mike. Cet homme imposant, entre deux âges, marque instantanément les lieux de sa présence magnétique. Un jour, dix jours, dix mois (?) durant Mike erre paisiblement, écoute un poulpe géant lui parler de vie et de mort et, à tout heure, dévore goulûment tout ce que le buffet a à lui offrir sous les regards effarés de ses co-vacanciers. À moins que ce ne soit l’univers qu’il engloutit ?
Coproduction Canado-Cubaine, "All You Can Eat Buddha" est l’un des films les plus surprenants de la sélection. Derrière cette réincarnation iconoclaste d’un Buddha en chemise à fleur se cache un film posé et acide qui confronte le désir commun de se vider la tête à l’aspiration cataclysmique d’un vide existentiel fascinant spectateurs et vacanciers.

17.03 > 17:30


Lukas Feigelfeld, 2017, vo st ang, 102'

Une paysanne des montagnes livrée à la solitude et au rejet d’une société malveillante devient une sorcière. Découpé en chapitres-saisons nommés radicalement en allemand et en runes, "Hagazussa" se déroule dans une lenteur cosmique soutenue par une musique de drones lourde et minimale. Entouré des visions de mort d’un prêtre offrant à l’héroïne le crane décoré de sa mère issu de l’ossuaire de l’église, des fantasmes grotesques du folklore local tel les krampus, et de puissants éléments terre-air-eau au milieu de grandioses paysages naturels, le récit de cette descente prend son temps, celui d’une expérience intérieure et d’un psychédélisme noir, évoquant le monde mental d’hommes et de femmes vivant en une époque que l’homme moderne a depuis longtemps oubliée.

18.03 > 17:30


Lucien Castaing-Taylor & Verena Paravel, 2017, US, DCP, vo ja st fr, 90'

Arrêté à Paris en 1981 pour le meurtre d’une étudiante qu’il aura aussi dépecée et mangée, Issei Sagawa sera extradé au Japon où il vit depuis en liberté. Plusieurs décennies plus tard, deux documentaristes (auteurs de "Leviathan") réalisent un portrait sans parti pris de cet homme qui, après quelques années de gloire télévisuelle et culinaire, vit tranquillement avec son frère adepte de l’auto-mutilation. Avec ses prises de vue arides et froides, les visages filmés de très près dans des blocs de silence font exploser chaque grincement ou bruit de lèvre de Sagawa, "Caniba" touche au fantasme de rentrer dans "l’esprit du tueur". Agréable ou non, ce plat servi froid avec une sincérité tranquille révèle le sombre et secret parfum de l’âme humaine.

21.03 > 21:30


Euthanizer

Armomurhaaja

Teemu Nikki, 2017, FI, DCP, vo st fr & ang, 83'

L’année passée, nous vous présentions la folle virée meurtrière du Samouraï Rauni, l’unique samouraï finlandais. Nous retournons cette année dans la Finlande profonde en compagnie d’un autre assassin : l’euthanasiste clandestin d’animaux Veijo. Moins cher et regardant que les centres hospitaliers, Veijo pervertit son amour réel des animaux en abrégeant leurs souffrances non sans pointer avec précision les moindres faiblesses de leurs maîtres ou, plus jouissif encore, de retourner contre les maîtres les comportements dégradants infligés à leurs bêtes. Un jour, au détour d’un regard canin, il range son arme et cache au maître, un crétin fascisant, que la bête gambade toujours sur terre. Ficelée dans un style grunge et série B des 70’s, "Euthanizer" est une satire sociale sur le respect de la vie animale, la vie de campagne et la mort dont le charisme dépasse l’âme misanthrope de Veijo.

22.03 > 19:30


Jean-Stéphane Sauvaire, 2017, US, DCP, vo st fr & nl, 116'

Plongée dans l’enfer d’une prison Thailandaise d’un boxeur-heroïnomane qui trouvera le salut sur le ring. Adapté de l’autobiographie du vrai Billy Moore, "A Prayer Before Dawn" a tout d’un incroyable conte existentiel et violent. On pense à "Midnight Express" mais ici tout va plus loin : drogue, viol, suicide, VIH inoculé de force... Seule la pratique du Muay Thai et la victoire au championnat inter-prisons au péril de sa vie peut apporter le salut au héro déchu, blanc et ne parlant pas la langue du pays. Mention spéciale à la galerie de taulards aux dents d’aciers et aux magnifiques et authentiques tatouages intégraux, achevant de faire de ce film une fresque grouillante de détails d’un univers de survie au réalisme forcené.

22.03 > 21:30


Govinda Van Maele, 2017, DE-BE-LU, DCP, vo st fr & ang, 107'

Un vagabond allemand cherche du travail aux champs et se retrouve étrangement intégré à la communauté d’un petit village luxembourgeois. Ni rejeté ni accueilli, le taciturne personnage principal va se retrouver confronté à la rudesse des mœurs du village, à la relation avec son étrange amante, au passé qu’il fuit et doit lui-même cacher, et aux secrets du village. Parmi ces secrets, il plonge dans celui d’un homme disparu en laissant sa maison à l’abandon, qui semble avoir eu d’étranges relations avec les femmes du village. Il va peu à peu prendre sa place dans cette communauté. Premier long-métrage de son auteur et co-production belge, "Gutland" plonge avec réalisme, accompagné d’une part de fantastique, dans un labyrinthe de peurs sociales et de violences symboliques, de fantasmes sexuels et de mystères mortels. Une production aboutie et propre, qui filme avec intelligence la terre et le village sous nos latitudes, en y apportant l’excitation et le mystère d’un thriller contemporain.

23.03 > 19:30


Robert Mockler, 2017, US, DCP, vo st fr, 80'

Prolongement de son corps, le Smartphone de Kiya est un instrument de torture et d’humiliation dont, curieuse et insensible, elle use et abuse pour attirer le Like sur sa chaîne vidéo. Ses images sont ensuite détournées, réutilisées, rejouées, bref la gloire du buzz. Même ses claques et remises en question, elle semble ne les vivre qu’à travers son écran. Puis un jour, dans une quête incertaine de contact réel, elle semble entrer en empathie avec un de ces objets ludiques en la présence de Marshall (Larry Fessenden, réalisateur, scénariste et acteur de "Habit" à voir à la Cinematek) qui lui, séquestré, semble accepter ce jeu malsain...
Film de son temps, "Like Me" dispose d’une direction artistique atypique qui mêle un naturalisme cru baigné de néons omniprésents, à des instants psychédéliques pots de peinture et effets vidéos éclaboussent l’écran avec une créativité rare. Pour cette première réalisation, Robert Mockler mêle road movie, délire sado-masochiste et culture internet pour une cauchemardesque méditation sur la solitude numérique.

24.03 > 17:30


Clôture

Insects

Hmyz

Jan Svankmajer, 2018, CZ, 35mm, vo st fr & ang, 98'

Le cafard est en retard, le parasite endormi et Madame Larve est plus concernée par son tricot que par les instructions du metteur en scène. À l’évidence cette troupe de théâtre amateur n’est pas au bout de ses peines pour enfin mettre en scène leur version de "La vie des insectes", une pièce misanthrope des frères Karel et Josef Capek de 1922 où les insectes interprètent les comportements humains : égocentrisme, gourmandise, jalousie…
"Insects" marque la clôture de ce festival mais surtout de la carrière d’un géant du cinéma d’animation mondial en la personne du tchèque Jan Svankmajer. À 84 ans, cet artiste surréaliste nous aura éblouis avec ses courts et longs métrages que sont, dans le désordre "Alice", "Surviving Life", "Faust" ou encore "Sileni" ("Les fous") pour n’en citer que quelques-uns. Au-delà de cette adaptation de la pièce des frères Capek, Svankmajer met en scènes ses propres procédés créatifs dans un geste qui, finalement, s’apparente aux dévoilements des secrets d’un magicien ou, plus humblement, à une transmission de ses connaissances. Depuis sa fondation, le Cinéma Nova a sorti chacun des films de Svankmajer, c’est un honneur de pouvoir proposer son ultime création en 35mm !

25.03 > 19:00 + 25.03 > 21:30


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