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Enzo G. Castellari & Sergio Martino

Enzo G. Castellari (1938) s’est fait un nom grâce à ses nombreux westerns spaghetti et films d’action. Il maniait à merveille les règles des films italiens de série B et d’exploitation et se distinguait par une approche personnelle du montage et une utilisation généreuse des ralentis (en tournant les scènes d’action sous trois angles à des vitesses différentes). A l’heure actuelle, Enzo G. Castellari doit en grande partie sa renommée à Quentin Tarantino, qui s’est basé sur le film de guerre “Inglorious Bastards” (1978) de Castellari pour son film du même nom de 2009, bien que le résultat s’éloigne en tout de l’original. Il perça dans les années 60 avec des westerns spaghetti, genre qu’il honora d’un dernier film culte intitulé “Keoma” (1976),
mais il sera à jamais associé à son cinéma de science-fiction post-apocalyptique et à ses polars ou néo-polars violents (“Street Law”, “The Big Racket”).
Et si chaque film a sa particularité et sa saveur particulière , cette sélection permettra de plonger, en salle, dans l’aspect "troupe" qui se dégage de cette série de films où l’on retrouve les mêmes têtes et silhouettes (Joshua Sinclair, Massimo Vanni, Franco Nero, etc) jusqu’à Carla Brait, présente dans les deux Bronx Warriors et le "Torso" de Martino.



Aux côtés de Mario Bava et de Dario Argento, Sergio Martino (1938) mérite sa place au sein du panthéon des maîtres du giallo, des thrillers italiens violents qui se distinguent par des trames alambiquées, une fascination pour l’aliénation, la paranoïa et la psychose, des touches d’érotisme et un jeu de caméra hyper-stylisé. Il aborde également avec brio le “filone”, terme utilisé pour désigner l’hybridation entre les diverses traditions filmiques, mouvements et tendances. Dans cet esprit, tout est exploitable, et s’exprime par la comédie érotique, le western, le documentaire "mondo", le cop movie et propose, en creux, une vision violente de l’Italie des années de plomb, à contre-courant des tendances progressistes et libertaires de l’époque.
Cet éventail très large de films de genre lui permet de doser l’humour, le suspense, la violence, l’érotisme, en actionnant plus ou moins ces leviers selon le genre désiré.
Une façon de faire du cinéma inhérente à son époque, à son mode de production et de diffusion, et qui marque le chant du cygne décadent de l’âge d’or du cinéma Italien.



Luc Merenda (1943) est un acteur français d’origine italienne. Il fut une des figures de proue du néo-polar italien et collabora à plusieurs reprises avec Sergio Martino, notamment sur “Torso”, “Polices parallèles – Rue de la Violence”, et " L’accusé" montrés en sa présence, dans cette sélection. Il tint également le premier rôle dans “Salut les pourris” de Fernando Di Leo, dans “L’homme sans mémoire” de Duccio Tessari, et dans la série française culte "Châteauvallon".



High Crime

La polizia incrimina la legge assolve

Enzo G. Castellari, 1973, IT, 35mm, vt ang st fr & nl, 100'

L’un des poliziottesci de Castellari les plus réputés, pourtant rarement visible en salle et en pellicule. Le film est inspiré de "Bullit", ce qui explique le titre français "Un témoin à abattre", et par "French Connection" ce qui donne son titre anglais "The Marseille Connection ". La mise en scène est plus nerveuse que celle de Peter Yates, mais on retrouve bien Fernando Rey, comme dans le film de Friedkin.
Franco Nero y campe un policier tenace, tentant de démasquer un Fernando Rey repeint en paisible jardinier, bien que gangster notoire. Lorsque sa fille est assassinée, Nero radicalise sérieusement ses méthodes. La violence et le style de Castellari permirent au film un succès certain qui lança véritablement le poliziottesco internationalement, et en précisa les codes avec ses poursuites, ses valeurs familiales, ses héros flics/justiciers réacs au grand coeur.
Première apparition officielle à l’écran de Massimo Vanni !

08.03 > 21:30  
6€ / 4€


Street Law

Il cittadino si ribella

Enzo G. Castellari, 1974, IT, 35mm, vt ang , 105'

Franco Nero donne ici une véritable épaisseur à ce film, pour le coup vraiment réac, typique du genre justicier 70/80’s. Il sort la même année que le premier "Death Wish" avec Charles Bronson, et trois ans après "Les Chiens de paille".
Un citoyen sans histoire se retrouve au milieu d’un holp up, devient otage lors de la fuite des malfrats, est malmené puis abandonné. Traumatisé, il est enragé par la prise en main assez molle de la police. Bien que consolé par sa petite amie (Barbara Bach !) qui lui conseille de s’en tenir là, il décide de mener peu à peu l’enquête. Mais ne sachant pas comment s’y prendre, sa gaucherie le conduit bientôt à prendre d’autres coups...
L’originalité tient ici à la froideur, voire même à une tendance "réaliste" du traitement, qui n’exclut pas des fantaisies de mise en scène comme l’anthologique scène de corrida entre une Ford Mustang et Franco Nero piéton, ou une fusillade finale pas piquée des hannetons.
Avec entre autres, Massimo Vanni.

09.03 > 21:30  
6€ / 4€


The Last Shark

L’ultimo squalo

Enzo G. Castellari, 1981, IT, 35mm, vo st ang, 88'

Forcément, à force de succédanés, de jouer avec les lignes, on finit par en franchir une. "La Mort au large", copie éhontée des "Dents de la Mer" I et II, fut interdite pour plagiat aux États-Unis. Tant pis pour le public américain, ainsi privé d’un spectacle effarant et jouissif.
Les personnages, du loup de mer bourru au politicien véreux (interprété par Joshua Sinclair en grande forme) refusant de fermer la plage, sont vraiment la copie conforme de l’illustre film de Spielberg.
Et que dire de cet étrange plan aux contours flous où un jeune homme sérénade une jeune fille sur la plage avant un dézoom d’anthologie qui passe par les trous d’un barbecue, saucisses en amorce, s’achevant dans un mouvement de grue ascendant, découvrant la plage peuplée de jeunes insouciants. Ou ce panoramique de la même plage, passant par un stand de glace vintage, qui s’échoue sur un Jukebox humain barbu.
Massimo Vanni est là, bien sûr, sous le pseudonyme de Max Vanders.
Seuls verront tout cela celles et ceux qui survivront à la scène d’ouverture, démonstration virtuose de planche à voile 80’s, à mourir de rire.

09.03 > 23:30  
6€ / 4€


Enzo G. Castellari, 1976, IT, HD, vo ang , 105'

A son retour de la guerre de Sécession, Keoma (Franco Nero), enfant indien, retrouve le village adoptif de son enfance ravagé par la peste et sous la domination d’une milice à la solde d’un riche propriétaire. Ce dernier a recruté les trois fils de son père de substitution, qui le haïssent. Chant du cygne du Western spaghetti à l’ambiance crépusculaire, "Keoma" ("Django rides again" en anglais) rappelle parfois le film de Corbuci. Et s’il débute lui aussi par une irritante chanson, il s’épanouit grâce aux effets parfois 70’s ludiques : ralentis, zooms éhontés, caméra à l’épaule, éclairage et traitement sonore. Castellari s’amuse aussi avec des scènes à gimmick, comme celle de la séance de tir avec le père retrouvé, ou la célèbre "the price of 4 bullets" avec les 4 doigts en amorce.
Outre la performance torse nu et capillairement riche de Nero, on retrouve le toujours impeccable Woody Strode ("Il était une fois dans l’Ouest"), William Berger ("Faccia a Faccia"). Joshua Sinclair co-écrit les dialogues et campe l’un des fils maléfiques, tandis que Massimo Vanni se balade dans un coin.

10.03 > 19:30  
6€ / 4€


The Bronx Warriors

1990 : I guerrieri del Bronx

Enzo G. Castellari, 1982, IT, 35mm, vt ang st fr & nl, 92'

Le titre nous aide à déceler quel est ici le sujet de démarquage. Soit un mix entre "The Warriors", "Mad Max", et "Escape from New York". C’est un "classique" post-apocalyptique italien (on les reconnaît à la présence obligatoire de Fred Williamson et/ou George Eastman), où Castellari s’amuse à soigner ses extérieurs et à styliser les scènes. Ici l’une des toutes premières, où l’on découvre le gang et les rivages du Bronx, Manhattan et ses ponts en arrières plans, au rythme d’un batteur d’époque, avec un découpage "cool".
Encore une fois, Joshua Sainclair, Massimo Vanni, Angelo Ragusa jouent les utilités avec brio, autour d’un Mark Gregory à la dégaine adéquate. Stephanie Geronami Goodwin, réalisatrice de seconde équipe sur le prochain "Keoma Rises" (2018), y débute même en tant qu’actrice.
Une énième variation autour de l’individu, du groupe, de la société, des corporations, qui s’avère très divertissante et marqua suffisamment les esprits pour que la bande embarque pour une suite, visible cette année dans notre sélection à la Cinémathèque.

10.03 > 21:30  
6€ / 4€


All the Colors of the Dark

Tutti i colori del buio

Sergio Martino, 1972, IT, HD, vo st ang, 88'

Fort du succès de "L’ étrange vice de Mrs Ward", Sergio Martino utilise à nouveau son casting de choc : Edwig Fenech, George Hilton et Ivan Rassimov. Cette fois-ci, Edwig Fenech joue le rôle de Jane. Elle vit à Londres et vient de perdre un enfant en gestation lors d’un accident de voiture. Des cauchemards récurrents, remplis de visions étranges, et invoquant un passé lui aussi d’une extrême violence, ne la lâchent plus. Elle se tourne bientôt vers l’analyse puis les messes noires, censées exorciser ses peurs. Dans cet environnement propice, peurs et réels menaces s’intensifient...
Dans ce Giallo particulièrement psychédélique, Sergio Martino utilise tout à fond : la photo, les couleurs, l’exploration "camp" des milieux satanistes, le montage, les focales marrantes, et commande à Bruno Nicolai une bande son maximaliste où l’orientalisme de bazar jouissif joue pleinement son rôle.
Le trip visuel immersif et extravagant de la sélection !

15.03 > 19:30  
6€ / 4€


Torso

I corpi presentano tracce di violenza carnale

Sergio Martino, 1973, IT, HD, vo it st fr & ang, 92'

"Torso" résonne aujourd’hui bien curieusement, puisque tous les hommes y sont lubriques et d’éventuels agresseurs, tandis que les filles sont d’espiègles déesses de l’amour en perpétuelle demande charnelle. Moins psychédélique que d’autres Gialli de Martino, il est superbement photographié et, en whodunnit fort bien mené, apparaît comme précurseur des slashers à l’américaine.
Son casting féminin, à tomber par terre, hypnotise personnages (Luc Merenda pas en reste) et spectateurs. Tout ce petit monde évolue dans un premier temps autour de l’université de Perugia (et son squat de zonards hilarants) avant que l’action ne se resserre dans un petit village et une villa, puis autour de la seule survivante, enfermée dans la maison. Après la ruche stimulante du début, la solitude de la reine semble aller de soi. L’atmosphère estivale, les remarques sexistes incessantes voire racistes (-tu as vu les cuisses de celle là ? -ouais, on croirait retrouver la source du Nil), les rapports hommes/femmes viciés, l’ambiance chaleureuse de Perugia, puis du village, décrivent une drôle d’Italie 70’s, décidément ambiguë.

16.03 > 21:30  
6€ / 4€


2019 : After the Fall of New York

2019 : Dopo la caduta di New York

Sergio Martino, 1983, IT, 35mm, vt ang st fr & nl, 96'

Sergio Martino réalise ici le "Star Crash" du film post-apocalypse. Un grand mélange des succès du genre, puisqu’on repense forcément à un "Mad Max" du pauvre avec des courses de voitures pas très impressionnantes, mais aussi à "Escape from New York" où Kurt Russell serait divisé en deux (un personnage a le bandeau, l’autre le cache œil).
New York est en ruine, et un mercenaire, Parsifal (sic), est envoyé en mission par la machiavélique Fédération dans un Manhattan aux mains des sauvages Euraks, devenu ultra dangereux. Il doit y enlever la seule femme fertile survivante... Des motos, des voitures, de la testostérone, de la musique électro cheap post-Carpenter, des effets spéciaux vintage colorés, des décors osés, des extérieurs tournés bien loin de la Grosse Pomme, des costumes carnavalesque, des personnages dans tous les sens, et surtout, une troupe d’acteurs qui s’en donne à cœur joie, George Eastman en tête en inoubliable "Big Ape" .
Évidemment divertissant, surtout en salle, en pellicule et en nocturne !

16.03 > 23:30  
6€ / 4€


Sergio Martino, 1973, IT, 35mm, vt ang , 104'

L’occasion de voyager à travers différentes couches de la société milanaise 70’s déviante, en compagnie de Luc Merenda, beau gosse viril, parfaitement taillé pour le rôle. Il interprète ici un flic têtu, sorte de réponse au héros individualiste à la "Dirty Harry", qui devra mener son enquête de manière clandestine, reprenant une logique de malfrat. Ainsi, il va devenir lui même proxénète et faire du grabuge auprès de petites frappes, dans le but de se faire remarquer par les gros bonnets, qu’il pourra dès lors combattre pour venger son chef tué par la pègre.
Si le film a du paraître trépidant à l’époque, force est de constater que c’est toujours le cas. En partie grâce à la présence et au dynamisme de Luc Merenda mais aussi par le métier évident de Martino, qui propose des scène maîtrisées et haletantes, telle l’initiale présentant l’évasion d’un prisonnier d’un train et sa courte cavale, ou les scènes avec des voitures...
La photo du film, chaleureuse, ajoute un charme désuet au film, qui y gagne sans conteste.

17.03 > 19:30  
6€ / 4€


The Suspicious Death of a Minor

Morte sospetta di una minorenne

Sergio Martino, 1975, IT, HD, vo st ang, 98'

Sans aucun doute l’ovni de la sélection Martino au Nova cette année !
Le film est une improbable mixture à base de Giallo,de poliziottesco et de comédie à l’italienne.
Il débute par une longue séquence à la mise en scène très tenue, lors d’un bal de plein air où une jeune prostituée est coursée puis assassinée comme dans un pur Giallo. L’un des personnages de cette scène s’avère être un flic sous couverture, aux agissements étranges et peu orthodoxes. Claudio Cassinelli apporte son jeu physique, ambigu, emportant l’adhésion du spectateur à ses péripéties au ton si varié. Les fameuses courses poursuites, aux cascades improbables pas si loin de Benny Hill, ou les prostituées d’opérette lui courent derrière pour récupérer leurs sacs, nous rappellent que tout cela date d’un autre temps.
Malgré ses farces, ses tiroirs, le film prend le temps de développer des personnages et les rapports entre eux, de manière d’autant plus étonnante si l’on a vu "Milano Trema" ou d’autres poliziottesci.

17.03 > 21:30  
6€ / 4€


Conférence

Conference : Italian Genre Cinema

The Land of Imitation ? The Curious Case of Italian Genre Cinema

Dans les années 60 et 70, l’industrie cinématographique italienne s’est lancée dans les films d’exploitation, faisant primer la ressemblance à des block busters américains sur la qualité du scénario, ce qui leur donna la réputation de plagiats de piètre qualité. Ceux-ci ont toutefois acquis, au fil du temps, un statut de films cultes. Leur charme réside dans leur caractère extravagant et absurde, mais aussi dans leur photographie d’une étonnante beauté, leur inventivité, et ce malgré de médiocres budgets. Leur nombre est également considérable, avec une productivité record de plus de 250 films par an. Russ Hunter (“Italian Horror Cinema”) présentera un aperçu du cinéma de genre italien et de sa diversité. Alexia Kannas (“Deep Red”) examinera quant à elle les principales caractéristiques du giallo. Ensuite, Jamie Sexton (“Cult Cinema”) se penchera sur la contribution cruciale de deux compositeurs phares (Ennio Morricone et Bruno Nicolai). Enfin, Louis Bayman(“Italian Popular Cinema”) abordera le thème des poliziotteschi. Ces présentations seront suivies d’une table ronde sur le cinéma de genre italien avec le réalisateur Sergio Martino et Manlio Gomarasca (auteur, éditeur et journaliste pour “Nocturno”).

17.03 > 13:30  
Gratis


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