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Autochtone imaginaire, étranger imaginé

À l’occasion de la parution du dernier essai d’Alain Brossat, "Autochtone imaginaire, étranger imaginé. Retours sur la xénophobie ambiante", les Éditions du souffle et le Nova proposent un cycle qui démarre en ce mois de février et se poursuivra en avril. Au programme de cette première partie :
• Le 22 février : rencontre avec Alain Brossat, qui présentera son livre et notamment le chapitre "Comment le thème du demandeur d’asile hante le cinéma aujourd’hui", et introduira le cinéma de Fernand Melgar dont nous verrons le premier film, consacré aux lieux d’enfermements.
• Le 24 février : toujours en présence d’Alain Brossat, nous verrons le second documentaire de Fernand Melgar, sur les procédures d’expulsion des migrants, et "Frozen River" qui nous fera passer la frontière américano-canadienne avec des clandestins et leurs passeurs de fortune.
Le livre sera disponible au Nova et est déjà en vente sur le site des Éditions du souffle.



"Cet essai, construit en étoile est composé de textes (…) qui, à défaut de s’enchaîner les uns aux autres, se répondent et communiquent par différents “passages”, selon la méthode mise en œuvre par Walter Benjamin dans son “Paris capitale du XIXe siècle”. Il s’agit (…) de problématiser une question destinée à nous reconduire à notre objet, à son cœur – pourquoi la question de l‘étranger tend-t-elle à devenir, sous nos latitudes, l’obsession des pouvoirs contemporains ? Au travers de cette question, qui n’en est une pour nous qu’autant que les méfaits des sorcières en étaient une pour un certain XVIe siècle, n’est-ce pas plutôt la question du pouvoir et la question des discours qui se trouvent posées ?" (Alain Brossat).
En pierres denses et compactes, la langue d’Alain Brossat se révèle contondante, réparatrice à force de ne pas se plier à l’esprit du temps, d’y répondre sans formes prescriptives, sans marche à suivre. S’il figure quelques pistes pour des mouvements salvateurs, l’action principale consiste à re-tracer l’absurde d’une série d’énoncés en matière d’hospitalité et d’identité. En y intercalant des rappels historiques et en repeuplant les apories des discours en la matière, l’auteur nous donne la possibilité d’en faire autant : restaurer nos percepts et affects.
On connaît notamment Alain Brossat pour ses travaux de recherche sur les formes de biopouvoir, les prisons et les contre-conduites. Parmi ses ouvrages de référence : "Le Yiddishland révolutionnaire" (1983, réédition Syllepse, 2009), "Le corps de l’ennemi – hyper-violence et démocratie" (La fabrique, 1998), "Pour en finir avec la prison - l’état d’exception permanent" (La fabrique, 2001), ou plus récemment "Le grand dégoût culturel" (Seuil, 2008).

www.editionsdusouffle.be



Film + conférence

La forteresse

Fernand Melgar, 2008, 35mm, vo fr , 104'

Sans commentaire ni interview, Fernand Melgar filme pendant deux mois le quotidien du centre d’enregistrement et de procédure de Vallorbe (Suisse). 60 jours, c’est la durée maximale de résidence des demandeurs d’asile dans ce centre, période durant laquelle l’administration doit se prononcer sur le bien-fondé de leur demande. Melgar donne toute la place à l’ensemble des habitants du centre, ceux que l’on nomme désormais "requérants", semi-enfermés dans cet ancien hôtel de luxe, et au personnel qui organise, surveille, prend en charge la possibilité de ce processus. Le dispositif du réalisateur nous fait sentir avec une incroyable justesse l’inquiétante étrangeté de ce système et de ces méthodes "ordinaires", sans recourir à l’instrumentalisation de la catastrophe dont ce sujet fait très souvent l’objet. "La forteresse" a remporté le Léopard d’or au festival de Locarno en 2008.

La séance commence par une conférence introductive d’Alain Brossat.

www.laforteresse.ch

22.02 > 20:00
5€ / 3,5€


Fernand Melgar, 2011, 35mm, vo fr , 100'

Même procédé et même regard pour la suite de "La forteresse". Fernand Melgar pose sa caméra pendant 8 mois au centre de détention administratif de Frambois (Genève). Prison où sont enfermés jusqu’à 18 mois des demandeurs d’asile déboutés, des clandestins parfois établis en Suisse depuis des années, avant leur expulsion, sans procès ni condamnation. Une situation inconcevable pour les détenus qui attendent et suivent le calendrier de la procédure au jour le jour. Les membres du personnel sont les garants de la transparence affichée de ce système devant leurs prisonniers et doivent sans cesse ré-évaluer les limites du tolérable, notamment lors des expulsions forcées, appelées "vol spécial", un dispositif policier d’une violence inouïe, où il arrivera qu’un clandestin meure avant d’arriver à destination. Un documentaire qui nous permet d’entendre des voix habituellement inaudibles.

Un ticket combi vous permet d’assister à toute la soirée ("Vol spécial" + "Frozen River").

www.volspecial.ch

24.02 > 20:00
5€ / 3,5€ Combi 2 films > 7,5€ / 6€


Courtney Hunt, 2009, 35mm, vo st fr, 97'

Unique long-métrage de l’américaine Courtney Hunt, "Frozen River" est un thriller intense et haletant qui dresse une cartographie bien plus complexe que d’ordinaire des frontières qui séparent les êtres les uns des autres. Composé d’allers-retours sur le Saint-Laurent, la frontière-rivière gelée qui sépare les États-Unis du Québec en plein territoire Mohawk, le film laisse apparaître d’autres frontières, plus intérieures, qui se dressent comme des murs invisibles entre les protagonistes. Une Amérindienne Mohawk (interprétée par Misty Upham) et une mère-célibataire "blanche" (Melissa Leo) participent au passage de clandestins du Québec aux États-Unis. De cette alliance éphémère et lucrative se dessinent d’autres frontières, celles qui séparent les Américains : race et pauvreté…

Un ticket combi vous permet d’assister à toute la soirée ("Vol spécial" + "Frozen River").

24.02 > 22:00
5€ / 3,5€ Combi 2 films > 7,5€ / 6€


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