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Films

Serge Bourguignon, 1962, 35mm, vo fr , 110'

C’est le début des années 60 et Serge Bourguignon propose un film bien éloigné de la Nouvelle vague, alors envahissante dans le cinéma français. Des cadres posés, un noir et blanc soigné, un film très écrit, des personnages de bonne volonté. Le personnage germano-français nommé Pierre (joué par Hardy Krüger, le capitaine Potzdorf de "Barry Lyndon"), revient de la guerre du Vietnam où il a tué une petite fille par accident, alors qu’il était pilote d’avion. Amnésique, il erre dans Ville d’Avray, petite ville moyenâgeuse près de Paris, chère à Boris Vian. Quand il n’est pas chez son amie, on peut le trouver chez un sculpteur aux idées libérales qui l’aide à se reconstruire, ou à la gare où il observe les voyageurs. C’est là qu’il rencontre une petite fille que son père abandonne dans un orphelinat catholique. Ces deux êtres perdus se lient d’amitié et entretiennent une relation dominicale ambiguë qui ne tarde pas à choquer la population locale. Une ambiance féérique et angoissante, des expérimentations audacieuses, pour un mélo français étonnant et bien mené accompagné par la musique de Maurice Jarre ; quelque part entre Franju, Erice et King Kong. Des dimanches dont on se souvient.

13.01 > 20:00 + 28.01 > 21:00
5€ / 3,5€


Les fainéants de la vallée fertile

Oi tembelides tis eforis koiladas

Nikos Panayotopoulos, 1978, 35mm, vo st fr, 118'

À la mort de son aïeul, un homme hérite avec ses trois fils d’une maison de vacances familiale, perdue dans la campagne grecque. Ils décident de s’y installer pour y mener l’existence la plus tranquille qui soit et y cultiver la paresse et la fainéantise.
Dans cette magnifique grande maison, la vie tourne au ralenti et les quatre hommes passent leur temps à dormir. Le moindre effort est considéré comme un déshonneur familial. Quand l’un des frères décide de se marier, il rencontre le refus de sa famille, considérant qu’une femme viendrait rompre leur tranquilité. Quand le plus jeune des frères veut quitter la maison pour travailler, il a le droit à la même obstination familiale : hors de question pour eux qu’il quitte les lieux et sa tranquilité. La bonne à tout faire, incluse dans l’héritage, s’occupe de tout, des tâches ménagères aux volontés sexuelles de ces fainéants.
Le silence et le tic-tac des horloges résonnent tout au long du film, suivant les personnages au bout de l’ennui. Fable évidente et subtile, ce très beau film met en lumière l’état de nos sociétés occidentales productivistes et tellement pressées.

13.01 > 22:00 + 20.01 > 20:00
5€ / 3,5€


Matt Porterfield, 2006, 16mm, vo st fr, 65'

On retrouve beaucoup de "Putty Hill" dans "Hamilton", le premier film de Matt Porterfield. Dans l’un comme dans l’autre, il choisit pour titre le nom d’un quartier déshérité de la banlieue nord de Baltimore, sa ville natale. Porterfield filme ce qui lui est familier, ses deux longs métrages sentent le vécu et respirent l’authenticité. Si "Putty Hill" introduisait une dimension fictionnelle dans un documentaire (ou l’inverse), "Hamilton" tient de la pure fiction, même si on soupçonne les acteurs amateurs d’avoir des vies proches de celles qu’ils incarnent à l’écran. On suit Lena et Joe le temps d’un paisible week-end d’été. À peine sortis de l’adolescence, ils viennent d’avoir un bébé et doivent faire face à leurs responsabilités. Comme dans "Putty Hill", l’action fondatrice est déjà passée quand le film commence. On est de retour dans la normalité, dans le quotidien qui fait suite à un événement (une mort, une naissance). Plutôt que de raconter une histoire, le film fait vivre un moment, une situation, des personnages. Porterfield filme avec soin et prend le temps de faire ressortir beaucoup d’émotions de ses images et de ses ambiances sonores. Peu de choses sont exprimées ouvertement, il y a d’ailleurs très peu de dialogues, pourtant "Hamilton" est très touchant. On sent dès ce premier film que Porterfield est un réalisateur à suivre et on attend avec impatience son prochain, "I Used to be Darker", en 2012.

14.01 > 19:00 + 17.02 > 22:00
5€ / 3,5€


Lemonade Joe

Limonádový Joe aneb Konská opera

Oldrich Lipský, 1964, 35mm, vo st ang, 99'

Les années 60 sont sans conteste crépusculaires pour le western. Attaqué de toutes parts, dans son propre pays essentiellement où naissent les anti-westerns, revigoré mais désarticulé et ultra violent en Italie, il ne sera pas non plus épargné de l’autre côté du mur. Pro indien pour les Allemands de l’est, il sera burlesque pour la Nouvelle vague tchèque, plus drôle et moins snob que la française...
Oldrich Lipský passe le genre à la moulinette, un peu comme à la manière d’un Vorlicek et des super-héros de "Who Killed Jessie" (projeté pour les 10 ans du Nova...). Utilisation de filtres, dessins sur la pellicule, burlesque appuyé, product placement absurde, ridiculisation de la virilité et du genre, musique détournée, morale douteuse, accélération des scènes d’action, critique de la société marchande, méchants trop méchants, une invention permanente et un rythme effréné participent d’un spectacle total hilarant.
Les personnages, tous stéréotypés, sont poussés au bout leur logique et sont les véhicules internes qui font avancer le film, sans que les parties submergent le tout, dans une dynamique qui bouscule le spectateur consentant et amusé, sortant de la salle les sens à l’envers mais en éveil.

14.01 > 21:00 + 20.01 > 22:00
5€ / 3,5€


Eight Deadly Shots

Kahdeksan surmanluotia / Les huit balles meurtrières

Mikko Niskanen, 1972, 35mm, vo st fr, 145'

Considéré comme l’un des fleurons du cinéma finlandais, ce film est pourtant très peu connu à l’étranger. "Les huit balles meurtrières" est à la base un téléfilm en quatre parties, d’une durée totale de plus de cinq heures et jamais traduit. La version que nous présentons en est un habile condensé de deux heures et demie fait pour le cinéma et est la seule qui ait été présentée, en de rares occasions, en dehors des frontières finlandaises.
Ce film-fresque s’inspire d’un fait divers (un paysan tue quatre policiers venus l’arrêter) et dépeint la vie dure et tragique d’une famille rurale qui arrive difficilement à survivre. Bien qu’il s’agisse d’une fiction, Mikko Niskanen a construit son film et ses personnages sur base des entretiens qu’il a eu avec l’homme en question en prison. Le réalisateur incarne lui-même le rôle principal et réussi à transmettre, par son jeu et par sa manière de filmer, toute la profondeur du personnage. Il livre avec empathie le portrait nuancé d’un homme à bout, face à une société qui ne lui offre rien. Plongé dans la misère, les dettes, les frustrations, la violence, il trouve un peu de ressort dans sa distillerie clandestine qui lui fourni un petit revenu et de quoi satisfaire sa consommation personnelle, mais aussi un moyen d’affronter, au moins symboliquement, le système qui l’écrase.

22.01 > 21:00 + 05.02 > 17:00
5€ / 3,5€


Der Rechte Weg

The Right Way

Peter Fischli & David Weiss, 1983, 16mm, vo st fr, 55'

Artistes zurichois, Fischli & Weiss travaillent en duo depuis 1979 et créent une œuvre protéiforme basée sur le mécanisme du lieu commun. Dès les années 80, ils vont s’intéresser au cinéma et à la vidéo. "Der Rechte Weg" est leur deuxième film. Ils y jouent les rôles principaux : celui d’un rat fainéant et celui d’un ours bluffeur, deux animaux de même taille, dotés de la parole et qui vont entreprendre ensemble un voyage initiatique, une errance à travers les Alpes suisses. Au fil de ce périple guidé par leur seul instinct, ils vont traverser une série d’épreuves, de sentiments et d’émotions allant de la solidarité à la trahison, de l’amitié à la vengeance, de la puissance à la compassion, du crime au châtiment... S’amusant à brouiller nos repères, Fischli & Weiss s’attaquent ainsi avec philosophie et dérision à notre vie quotidienne, nos tabous et nos valeurs.

+ Der Lauf der Dinge [The Way Things Go]

Peter Fischli & David Weiss, 1987, 16mm, sans dial, , 30'

Une installation d’une trentaine de mètres dans un dépôt, un plan séquence de 30 minutes filmant une suite de réactions en chaîne d’eau, de feu, de gravité et de chimie. Un sabordage de l’autoritarisme technologique !

27.01 > 22:00 + 10.02 > 20:00
5€ / 3,5€


Derailroaded

Inside the mind of Wild Man Fischer

Josh Rubin, 2005, video, vo , 86'

"In the year of 1962, they threw me out of school". Wild Man Fischer nous a tristement quitté cette année, un peu avant l’été. Moins médiatique que Steve Jobs, il a pourtant changé la vie de ceux qui ont eu la chance d’entendre son incroyable musique. Sa formidable énergie, son "peps", qu’il communique à travers ses chansons improvisées a cappella qui semblent lui échapper, vient en grande partie de ses maladies. Il était maniaco-dépressif, paranoïaque et schizophrène. Mal perçu par sa famille, pris en charge de manière très chaotique dans un environnement austère et ignorant de la Californie 60’s, il trouve dans le mouvement freaks de 1968 ce qu’il croit être une caisse de résonance adéquate. Frank Zappa le découvre, lui produit un improbable double album avant de se brouiller avec lui : "Wild Man is really wild...".
Ce film récent nous fait découvrir le parcours de cet homme hors norme, cet "outsider", rockstar avortée qui connut une seconde carrière avec "Go to Rhino Records" qui lança le label et en collaboration avec Barnes & Barnes, créateurs du mythique "Fish Heads". Josh Rubin a rencontré des proches de Larry "Wild Man" Fischer, des célébrités comme Dr Demento, Weird Al Yankovic, etc., pour présenter ce portrait parfois dérangeant mais rempli de moments fabuleux en présence d’un chanteur unique. "Come on let’s merry go, merry go, merry go round, pouuu pouuu pouuu !!"

28.01 > 19:00 + 05.02 > 21:00
5€ / 3,5€


Tongues Untied

Langues déliées

Marlon Riggs, 1989, video, vo st fr, 55'

"Des hommes noirs aimant des hommes est l’acte révolutionnaire, est-il dit dans ce chef-d’oeuvre réalisé en 1990 par le cinéaste, poète, et activiste afro-américain Marlon Riggs, mort du sida en 1994, et figure phare du new black queer cinema. Il y est question de l’appartenance à l’identité noire et à l’identité gaie et de la difficulté de se représenter dans une expérience qui est pensée comme contradictoire. "J’étais un homme invisible, je n’avais ni ombre, ni substance, ni place, ni histoire, ni reflet". Dans ce film à la beauté chorale et incantatoire, variation sur le thème du silence et de l’agir, les personnages se trouvent tous exilés d’eux-mêmes. Les récits qui s’entrecroisent, entremêlés à des poèmes d’Essex Hemphill, Steve Langley, Alan Miller, des chansons de Nina Simone ou de Roberta Flack, de performances rap issues des subcultures des ballrooms et du voguing, s’affranchissent du mutisme, tissant une communauté d’expérience et une communauté d’action" (Kantuta Quiros & Aliocha Imhoff, Le peuple qui manque).
Réalisé pour la télévision, "Tongues Untied" a déclenché à l’époque de sa diffusion l’hystérie des gardiens de l’ordre moral américain, qui y ont vu un film "pornographique" et ont déployé une énergie sans limite pour le déprogrammer d’une série de chaînes.

04.02 > 19:00 + 19.02 > 19:00
3,5€ / 2,5€


Un programme de courts métrages inventifs et décalés, autrement dit expérimentaux, tournés en super 8 par deux cinéastes allemands... qui seront avec nous pour cette séance exceptionnelle !

7 films courts de Hans-Robert Franz (1994 - 2005)

Films fabriqués quasi entièrement dans la caméra, image par image, faisant référence et hommage aux films de Paul Sharits. Pour chacun de ces films, Hans-Robert Franz invente un système arithmétique pour définir la suite des photogrammes et un dispositif technique qui lui permet de la réaliser. Il filme des images soit fabriqués par lui même (photos, dessins, peinture, pochoirs), soit trouvées ou collectionnées (photos de journaux, publicité, films pornos domestiques). Le son consiste en des enregistrements maintes fois superposés et se structure de manière à reprendre le rythme des images.

+ Zurückweisung der absurden Behauptungen der sowjetrevisionistischen Sozialimperialisten [Rejet des hypothèses absurdes du social-impérialisme révisionniste soviétique]

Hans-Robert Franz, 1994, super8 > video, sans dial, , 6'

+ Zeitungspatrouille [Patrouille journalistique]

Hans-Robert Franz, 1994, super8 > video, sans dial, , 3'

+ Versuch über die binomischen Formeln [Essai sur les égalités remarquables]

Hans-Robert Franz, 1996, super8 > video, sans dial, , 2'

+ Der lange Weg zum kleinen Ort [Le long chemin au petit lieu]

Hans-Robert Franz, 1996, super8 > video, sans dial, , 2'

+ Ruckruck [Hisse-hisse]

Hans-Robert Franz, 1999, super8 > video, sans dial, , 2'

+ Das waren die Siebziger [C’étaient les années 70]

Hans-Robert Franz, 2000, super8 > video, sans dial, , 3'

+ Worum es geht [De quoi il s’agit]

Hans-Robert Franz, 2005, super8 > video, sans dial, , 3'

6 films courts de Peter Hoffmann & Co (1992-1996)

Tous ces petits films, dont la plupart sont co-réalisés, marquent une époque de recherche très basique (de cinéma et d’environnement) : l’animation (la caméra comme mécanisme compteur), le champ/contre-champ (se filmer réciproquement), le travelling, les fondus (l’éphémère), le plan long (la question du budget), l’expérimentation documentaire (la question du hasard).

+ Alle Autos der Nordstadt [Toutes les voitures du quartier nord]

Peter Hoffmann, 1992, super8, vt de , 4'

+ Ohrenklingen [Sonnerie d’oreilles]

Peter Hoffmann & Irena Oelerich, 1992, super8, sans dial, , 3'

+ Ein Platz für Biere – Das Bier in mir [Une place pour la bière – la bière en moi]

Peter Hoffmann & Hans-Robert Franz, 1992, super8, sans dial, , 3'

+ Rendezvous [Rendez-vous]

Peter Hoffmann & Hans-Robert Franz, 1994, super8, sans dial, , 3'

+ Erich Honecker, Staatsratsvorsitzender der DDR und Generalsekretär des ZK der SED [Erich Honecker, Président du Conseil d’État de la RDA et Secrétaire Général du Comité Central du Parti Socialiste Unifié]

Peter Hoffmann, 1994, super8, sans dial, , 7'

+ Musik Pausen Film [Film musique pause]

Peter Hoffmann & Rolf Diederich, 1996, super8, vt de , 7'

En présence de Hans-Robert Franz et Peter Hoffmann.

04.02 > 20:00
5€ / 3,5€


Pierre Carles & Philippe Lespinasse, 2012, video, vo fr , 91'

Il y a le gentil et le méchant, Philippe Lespinasse et Pierre Carles ("Pas vu pas pris", "Volem rien foutre al païs"...), dans un tandem qui n’est pas toujours pacifique, entre "Easy Rider" (sans moto), "Delivrance" (sans violence), "Strip Tease" (sans Belgique) et... "Ushuaïa" (sans Nicolas Hulot). Nos deux pieds nickelés s’entendent comme larrons en foire, canotant sur les étangs entre Port-la-Nouvelle et Gruissan, en quête de petits métiers, de pêcheurs, chasseurs, et bidouilleurs. Croisant des personnages hauts en couleur, parfois même un peu à la limite, ils s’interrogent sur eux-mêmes et sur les limites de leur voyeurisme. S’ils ne perçoivent pas toujours les insuffisances de leur tournage, Roger Ikhlef, le chef-monteur, s’en occupe. Débarquant "à la grenade" dans le film, il prend un malin plaisir à en souligner les défauts et met tout le monde d’accord. Au fil de toutes ces rencontres, un monde se dessine, au bord du grand monde, plein de bruit et de fureur. Bricolé, bizarre, autosuffisant, et pas près de renoncer à ses espaces et à ses ressources, cet univers a bien du charme. Dans le fond, un lieu où les deux cinéastes songent peut-être à se réfugier en cas de fin du monde...

En présence de Pierre Carles.

09.02 > 20:00
5€ / 3,5€


Masaaki Yuasa, 2004, vo st fr & ang, 103'

Nishi, jeune mangaka d’Osaka, sent que sa lâcheté va lui faire perdre son amour d’enfance, la belle Myon. Il faudra qu’un infâme yakusa l’envoie visiter Dieu pour que Nishi réalise qu’il n’a qu’une vie… Tiré d’un manga éponyme culte, et animé par le Studio 4°C - dont le fameux "Tekkonkinstreet" fût projeté au PleinOPENair 2008 -, "Mind Game" connut un succès festivalier fulgurant, mais paradoxalement aucune distribution en salle hors Japon ! Doté d’une bande son explosive et d’un graphisme époustouflant, le film contient plusieurs techniques d’animation qui s’entrechoquent, embarquant le spectateur dans un délire visuel halluciné où les trouvailles abondent, au point qu’un temps tout paraisse décousu. L’humour désopilant y est omniprésent, laissant néanmoins la place à des passages de pure poésie, sans omettre le développement de personnages complexes et attachants. Les emprunts populaires tels la baleine de Pinocchio ou le vieux Robinson Crusoé finissent par ajouter une aura mythologique à cette oeuvre singulière, hors norme. Et de comprendre la formule de l’animateur Bill Plympton, pour qui "Mind Game" est "le Citizen Kane de l’animation".

11.02 > 19:00 + 19.02 > 21:00
5€ / 3,5€


Windschaduw

L’ombre du vent / Windshade

Frans van de Staak, 1986, 16mm, vo nl st fr, 71'

Au Nova, nous ignorions tout de Frans van de Staak, jusqu’à ce quinzième anniversaire qui fut l’occasion pour l’un de nos spectateurs d’attirer notre attention sur l’œuvre de ce fils de cordonnier d’Amsterdam devenu cinéaste sans concession... De fait, dix ans après sa disparition et malgré la reconnaissance de ses pairs (Jean-Marie Straub le considérait par exemple comme "le seul héritier de Dziga Vertov"), Frans van de Staak reste largement méconnu. Voici une première occasion de découvrir sa filmographie (une petite trentaine de films à son actif) avec "L’ombre du vent", que notre spectateur se souvient avoir vu "à une époque où je ne pouvais pas, où je n’étais pas encore capable d’apprécier certains films".
"L’ombre du vent" a été réalisé selon la "méthode du domino" : chaque scène, à l’exception de la première, a été créée après le tournage de la précédente. Le scénario a été écrit au terme d’un an de tournage... Le cinéaste Johan van der Keuken a écrit à propos de ce film : "Je ne peux pas l’expliquer, mais dans ses moments les plus forts, Frans van de Staak est pour moi l’un des cinéastes qui s’approchent le plus de l’essence du cinéma. Non qu’il soit le plus doué ou le plus grand (qui peut en décider ?), mais seulement ceci : il s’en approche au plus près" (Johan van der Keuken dans "Skrien", 1986).

11.02 > 21:00 + 17.02 > 20:00
5€ / 3,5€


Au fil de sa carrière, Joël Séria nous a offert une vision iconoclaste de la société. De l’univers étouffant d’un pensionnat pour jeunes filles ("Mais ne nous délivrez pas du mal", montré en 2007 au Nova), à la rencontre improbable d’un beauf de province et d’un macro sur la tangente ("Les deux crocodiles"), Séria n’a eu de cesse de nous dépeindre une France profonde à coups de couleurs criardes, telles celles utilisées par le peintre-colporteur de parapluies des "Galettes de Pont-Aven", son plus grand succès. Et puis, il y a Jeanne Goupil, sa femme dans la vie et son icône féminine dans ses films où l’innocence est en question. Sans oublier la marque de fabrique du réalisateur : ses répliques truculentes portées au rang de culte par son acteur fétiche, Jean-Pierre Marielle. Et quand, dans "Les galettes", ce dernier profère avec amour à une Andréa Ferréol extasiée, "tu sens la pisse, toi, pas l’eau bénite", on y croit ! L’art du contre-pied transformant des séries B en petites merveilles, c’est bien là le principal talent de ce septuagénaire toujours actif, dont deux films représentatifs vous sont présentés ce soir en sa compagnie, et celle de sa concubine.

En présence de Joël Séria et Jeanne Goupil

www.joel-seria.fr

7,5€ / 6€ (soirée / avond)


Joël Séria, 1973, 35mm > video, vo , 90'

Charlie, quadragénaire camelot au chômage volontaire, rencontre Guislaine et Josyane, deux filles espiègles de vingt ans qui le décide à reprendre la route des marchés provinciaux. La vie s’écoule joyeusement, jusqu’à la rencontre de Tony, vendeur ambulant de cathédrales de Chartres miniatures… Réalisé à la suite du transgressif "Mais ne nous délivrez pas du mal" qui dépeignait une rébellion adolescente contre l’hypocrisie d’un monde puritain, "Charlie et ses deux nénettes" change radicalement de ton. Espèce de road movie en forme d’ode à la liberté, où même un drame ne pourra perturber longtemps la légèreté ambiante, le film se regarde d’un bout à l’autre avec plaisir tant celui des acteurs est communicatif. Séria y dépeint notamment avec naturel son expérience de l’époque où, jeune comédien fauché, il travailla sur les marchés. Ce sera enfin la première rencontre du cinéaste avec Jean-Pierre Marielle, ici en sacré bonimenteur dont la gouaille rabelaisienne inspirera "Les Galettes de Pont-Aven" et son irrésistible représentant de commerce en Gauguin maudit par son utopie du cul parfait.

12.02 > 19:00
5€ / 3,5€


Joël Séria, 1976, 35mm > video, vo , 115'

Marie, jeune fille de 17 ans élevée par ses grand-parents, rencontre Claude, un riche châtelain qui tient une boutique de poupées. Séduit par sa fraîcheur et sa naïveté juvéniles, Claude la demande en mariage. Dès lors, il ne la regardera plus que comme un jouet... Avec "Marie-Poupée", Séria a pris autant de risque qu’avec "Mais ne nous délivrez pas du mal" dont la distribution en salle fût retardée par une censure archaïque. Doté d’un univers poético-érotique audacieux dans sa subversion, "Marie-Poupée" pouvait paraître difficile d’accès auprès du grand public. Et malgré un casting de qualité dont l’excellent André Dussolier en mari dévoyé, il déplu à sa sortie. Au point que Séria se cantonnera par la suite dans des comédies d’auteur afin d’obtenir des finances. Oeuvre singulière, tout en finesse dans la perversité sexuelle qu’elle suggère, "Marie-Poupée" est le film où Séria utilise le plus judicieusement le physique ingénu et la voix cristalline propres à Jeanne Goupil. Et d’arriver subrepticement à transformer cette "drôle" d’histoire de femme-poupée, en un pamphlet féministe dénonçant la phallocratie de notre société dite civilisée.

12.02 > 21:00
5€ / 3,5€


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