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Les murmures du vent

Les murmures du vent

Sirta la gal ba / Whisper with the Wind

Shahram Alidi, 2009, 35mm, vo st fr, 77'

Mam Baldar est un vieil homme qui parcourt les montagnes et les vallées du Haut-Kurdistan irakien pour délivrer des messages enregistrés sur son magnétophone à cassettes. Connu dans la région, il sillonne les routes avec sa petite voiture et transmet des missives venant de femmes qui recherchent leur fils ou leur mari disparus, d’un garçon qui déclare son amour à sa fiancée, d’une jeune équipe de foot qui lance un défi à une autre, ou encore de la résistance kurde.
Quand la fréquence rebelle Peshmarga est censurée et les transistors confisqués, quand un mariage est dispersé par la force, un cimetière pillé, des villages décimés… C’est l’Anfal que le réalisateur Shahram Alidi raconte : le génocide perpétré en 1988 par le régime irakien, qui vit plus de 180 000 civils kurdes tués.
L’Anfal, vu ici à travers l’histoire de Mam Baldar, l’Oncle Volant, qui devient le messager d’un peuple en fuite permanente, décimé par la dictature irakienne.
Sans jamais montrer de massacre ou de combat, les magnifiques images du film semblent porter avec le vent les histoires passées, les douleurs, et aussi les joies et les gaîtés du peuple kurde.

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"Au cours de voyages, en passant la frontière Irano-Irakienne j’ai visité de nombreux villages. J’ai vécu avec les habitants, parlé aux survivants d’Anfal et filmé les ruines des maisons. Je voulais vraiment montrer l’atmosphère surréaliste de tous ces lieux. J’ai écrit 40 versions différentes au cours de ces quatre années. Le film a finalement été tourné dans deux villages très près de la frontière Irano-Irakienne qui s’appellent Soran et Rwandez. La courte durée de la vie des être humains est un sujet qui me préoccupe depuis toujours. J’aimerais trouver un moyen d’embellir la vie. On ne peut pas prolonger la vie des gens, mais les artistes peuvent rendre immortel l’art créé par l’homme. Me souvenir de tous les massacres, ceux des Juifs, des Arméniens et des Kurdes. Me souvenir de leurs rêves ensevelis...Tout cela me donne envie de graver une belle branche et de me battre contre la mortalité.

Le tournage a eu lieu en automne et il a fallu beaucoup de patience pour travailler avec le soleil, les ombres et les nuages. Au Kurdistan, il n’y a pas de courant électrique et les gens utilisent des générateurs. À cause des problèmes d’éclairage, nous n’avons pas pu filmer de scènes d’intérieur. Ce qui a demandé le plus d’énergie, c’était le défi d’utiliser des acteurs non professionnels. L’un d’entre eux, par exemple, a disparu après 15 longues prises sans rien dire à personne. Il s’est enfui. L’aspect financier a représenté une véritable lutte. Récolter l’argent et obtenir l’autorisation de tourner au Kurdistan ont été une véritable souffrance. Il y a de nombreux labyrinthes bureaucratiques à franchir pour la moindre procédure, parce qu’il n’y a pas de système à proprement parler. C’est un individu qui décide, pas un système.
(…)

Mon équipe et moi pensions qu’une force extraordinaire guidait notre projet. Il y a un mélange de fiction et de réalité. La carrière du messager est imaginaire, je l’ai entièrement inventé. L’interprète de ce dernier et celle de sa femme sont les seuls acteurs professionnels. M. Omar Chawshin a 40 ans d’expérience en tant qu’acteur professionnel au théâtre de Bagdad. Mme Maryam Boubani est aussi une actrice professionnelle du cinéma Iranien. Elle a pris de gros risques en acceptant ma proposition de jouer sans foulard. Je l’en remercie. Les autres acteurs et actrices sont réellement les habitants des villages."

— Shahram Alidi



"Poème surréaliste, conte effroyable, voyage funeste, "Les Murmures du vent" est la singulière découverte de la Semaine de la critique du Festival de Cannes 2009. Un premier long métrage audacieux et inclassable pour lequel Shahram Alidi déterre les fantômes du peuple kurde et revient sur son génocide avec un regard artistique. Cadrages renversés, narration éclatée, jeux d’ombre et de lumière, plus qu’une simple expérimentation formelle, le jeune cinéaste convoque une sensibilité esthétique, une virtuosité visuelle pour composer ce bouleversant requiem.
Plus qu’un simple écrin esthétique, "Les Murmures du vent" relate une histoire entre mythe et témoignage, lyrisme et réalisme. (…) Shahram Alidi entonne un hymne à la (sur)vie, poignant et intense."

— Laurence Gramard (www.evene.fr)



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