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Lola

Film

Lola

Brillante Mendoza, 2009, 35mm, vo st fr, 110'

Dans un quartier pauvre de Manille, inondé par les pluies torrentielles de la mousson, deux grands-mères se retrouvent confrontées à un drame commun. Lola Sepa a perdu son petit-fils, tué d’un coup de couteau par un voleur de téléphone portable, et s’en va contracter un prêt pour payer les obsèques. Lola Puring, grand-mère du jeune assassin, va quant à elle devoir s’endetter pour payer le procès. Déambulant dans les rues de la ville, sous une pluie battante, elles luttent infatigablement pour le salut de leur famille respective… Sans complaisance ni sentimentalisme, le film suit en parallèle les deux femmes (comme filmées par une caméra invisible tant elles sont naturelles), se rapprochant peu à peu autour d’une négociation : retirer la plainte en justice en échange d’une coquette somme d’argent. Un film tourné dans la veine du cinéma direct. Poignant et envoûtant.

Attention, le film sera projeté avec sous-titres néerlandais et français lors des séances suivantes : 18.11 > 19:30, 19.11 > 22:00, 20.11 > 19:30, 25.11 > 19:30, 05.12 > 17:00, 10.12 > 19:30, 17.12 > 19:30, 19.12 > 21:00, 08.01 > 19:00

18.11 > 20:00 + 19.11 > 19:30 + 19.11 > 22:00 + 20.11 > 19:30 + 20.11 > 22:00 + 21.11 > 17:00 + 25.11 > 19:30 + 25.11 > 22:00 + 26.11 > 20:00 + 27.11 > 18:00 + 02.12 > 22:00 + 04.12 > 22:00 + 05.12 > 14:30 + 05.12 > 17:00 + 10.12 > 19:30 + 10.12 > 22:00 + 12.12 > 21:00 + 17.12 > 19:30 + 17.12 > 22:00 + 19.12 > 21:00 + 08.01 > 19:00 + 13.01 > 22:00 + 21.01 > 22:00
5€ / 3,5€


Notre humanité peut être pesée et mise en équilibre sur la balance de la justice. Dans "Lola", un crime va révéler les forces et les fragilités de deux vieilles dames. L’une s’avère être faible, l’autre forte. L’équilibre de l’humanité est sauvegardé, et comme dans la nature, c’est le plus fort qui survit. Mais la valeur humaine est régie par le statut social.

Le film a été tourné à Malabon, dans le plus important quartier de Manille, qui se situe à 45 minutes du centre ville. Ce quartier est inondé toute l’année. Le niveau des eaux varie en fonction des averses de pluie. Les gens qui vivent dans cette partie de la ville submergée par les eaux ont décidé d’y rester parce qu’ils n’ont pas d’autre endroit où loger. J’ai décidé de tourner dans ce quartier pour montrer les conditions de vie de ses habitants, comment ils s’en sortent au quotidien et comment ils se sont adaptés à un tel environnement. Comme le démontre le film, malgré des conditions de vie précaires, ils parviennent toujours à trouver des solutions à leurs problèmes.

J’ai tourné le film en juin 2009 pendant la saison des pluies. Je tenais vraiment à ce ciel sombre et couvert, pour susciter la douleur qu’éprouvent les deux grands-mères durant tout le film. L’eau est aussi symbolique dans "Lola". A la fois, elle peut être source de vie, mais peut aussi être signe de stagnation et d’insalubrité. Nous pouvons flotter sur l’eau, mais nous pouvons aussi nous y noyer.

Le film se base sur des faits réels. J’ai situé cette histoire pendant la saison des pluies, dans un quartier de Manille en lutte contre l’adversité. Au fond, les Philippins sont des survivants. Pour eux, l’épreuve fait partie de la vie, ils gardent toujours espoir. Ils tentent de trouver la paix et la consolation grâce à la prière.

Toutes les scènes de prison ont été tournées dans une vraie prison. Tous les gens aperçus à l’intérieur sont en fait de vrais prisonniers ou de vrais gardiens, mis à part le masseur, qui est mon assistant réalisateur.

Aux Philippines, comme dans tout pays industrialisé, l’accès à la modernité peut s’avérer compliqué, en particulier pour les personnes âgées. La vie urbaine est nerveuse et intense. La plupart du temps, on considère les vieillards comme gênants et inutiles tout simplement parce qu’ils sont lents et en dehors des modes. De nos jours, on peut tout obtenir d’un clic sur internet, mais dans les pays en développement, les choses se compliquent pour les personnes âgées en raison des procédures administratives.

Un vol de téléphone portable est mis en lumière dans le film. Au Philippines, la caution fixée pour ce type de délits est plus élevée que pour d’autres, en raison de leur croissance galopante, surtout sur les enfants riches. Un téléphone portable haut de gamme est devenu le symbole d’un certain statut pour les adolescents. Le film démarre sur un gros plan montrant de l’argent et l’argent est au cœur du dénouement du film. L’argent est en fait la source de tous les maux. Dans "Lola", l’humanité des deux grands-mères est mise à l’épreuve, elles doivent répondre aux besoins de leurs proches, mais pas forcément de leurs propres besoins à elles. Les dépenses accordées à la vie et à la mort dépendent de notre statut social. Plus vous êtes riche, plus la mort coûte cher. Mais si vous êtes pauvre, la vie peut être négociable, comme on le voit dans le film.

- Brillante Mendoza



"On est loin des Lola mythiques, des femmes fatales ou des chanteuses pour marins. La Lola en question, en philippin, c’est la grand-mère ; et c’est de Lolas, au pluriel, qu’il faudrait parler ici, puisqu’elles sont deux à se partager le film. Pauvres l’une et l’autre, responsables chacune d’une bribe de famille d’où les adultes sont absents, elles courent Manille de long en large, à leur rythme, pour leurs petits-fils respectifs. À petits pas menus, en râlant contre le tarif des vélos-taxis, ou en prenant des trains poussifs pour sortir de l’agglomération, elles arpentent sans la regarder la ville surpeuplée. L’une cherche à offrir à son petit-fils l’enterrement qu’il mérite, et qui coûte beaucoup trop cher pour les ressources de la famille ; l’autre cherche à obtenir pour le sien un acquittement qu’il ne mérite pas. Le second est bien sûr le meurtrier du premier. Cet argument dramatique est vite oublié : c’est l’un des grands mérites du film de partir d’une situation propice à l’intrigue pour la laisser immédiatement de côté, mais en faisant planer son ombre sur toute la durée du film. Ce qui importe, c’est que l’un et l’autre des descendants trouvent, grâce à leur grand-mère, une issue satisfaisante à leur situation…"

- Vincent Amiel, "Positif"

"Comme toujours chez Mendoza, il est question d’argent, de marchandisation des corps et de bouillonnement urbain. (...) Toute la beauté de Lola, à l’image de la séquence avec la bougie, est d’illuminer avec une simple flamme minuscule et vacillante. D’ériger le dérisoire en geste d’élégie."

- Léo Soesanto, "Les inrockuptibles"

"Un peuple que tout accable : voilà ce que filme Brillante Mendoza, l’un des cinéastes contemporains les plus doués. Tout, dans Lola, est illustration de l’inlassable énergie déployée par les petites gens des Philippines pour résister aux maux dont ils sont les victimes, survivre, triompher des épreuves qui leur sont imposées. Un exemple nous est donné dès le début : une vieille femme s’escrime à allumer un cierge en pleine rue, grattant ses allumettes sous un déluge de pluie, défiant le vent qui chahute son parapluie. En dépit de tous ces obstacles, elle parvient à ses fins. Le message du film est là. (...) Deux femmes incarnent ici la résistance du peuple philippin. Deux grands-mères cahotantes, percluses d’arthrite, petites fourmis obstinées à sauver leur descendance et respecter leur mémoire. Lola est le nom que l’on donne aux aïeules en langue tagalog. Les parents sont quasiment absents du film, qui rend hommage au rôle des lolas dans la vie quotidienne, à la puissance de travail et à la chaleur affective dont elles font preuve vis-à-vis de leurs petits-enfants. (...) Le dernier symbole du film est cet objet précieux pour lequel on tue aux Philippines : le téléphone portable. C’est le pays où l’on envoie le plus de SMS. Le portable est un totem, un signe de conquête sociale, l’emblème d’un statut très recherché chez les adolescents. Les lolas n’en ont cure, elles se mettent en quatre pour le bien-être de leurs descendants."

- Jean-Luc Douin, "Le monde"

"Dans "Lola", il n’y a pas de début, ni de fin, juste la vie qui circule. L’événement tragique, qui sert de point d’ancrage, ne sera pas montré au spectateur afin qu’il ne prenne pas parti. Ce qui intéresse Mendoza ne tient pas du combat manichéen. Faisant fi de tout jugement moralisateur, il préfère montrer les répercussions humaines d’un meurtre (un deuil, une culpabilité) à travers ces deux grands-mères - dont l’une est incarnée par Anita Linda, 87 ans pendant le tournage, plus de 200 films au compteur - toujours dignes, toujours debout, la rage de vaincre, oubliant les douleurs provoquées par l’arthrite."

- Romain Le Vern, Excessif.com



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