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Dernier maquis

Rabah Ameur-Zaïmeche, 2008, 35 mm, vo fr st ang, 93'

Né en Algérie et arrivé en France en 1968, dès l’âge de deux ans, Rabah Ameur-Zaïmeche a grandit dans la cité des Bosquets en Seine-Saint-Denis. C’est là qu’il a tourné son premier long métrage, "Wesh Wesh, qu’est ce qui se passe ?" (2002), décrivant la vie dans une cité ordinaire de la banlieue parisienne. Son second film, "Bled Number One" (2006), tourné dans le village qui l’a vu naître, abordait le poids des traditions musulmanes en Algérie. Et voici "Dernier maquis", qui vient clôturer ce que le cinéaste a conçu comme une trilogie, s’attaquant dans chacune de ses parties à des sujets brûlants, tout en construisant un univers d’une rare cohérence où le fond et la forme sont travaillés avec habileté, humour et sensibilité. Avec "Dernier maquis", Ameur-Zaïmeche décrit à nouveau une situation sociale complexe et offre au spectateur un vaste espace à investir ; faisant preuve d’une grande confiance à son égard, il pose une réflexion politique en s’abstenant de prononcer un jugement moral, s’écartant ainsi des standards du film militant.

Comme dans ses précédents opus, Ameur-Zaïmeche ancre fortement son récit dans un lieu et dans un microcosme dont le film ne s’écartera pas. En l’occurrence, il nous plonge dans l’univers d’un immense entrepôt situé au fond d’une zone industrielle à l’agonie, jouxtant un aéroport et une raffinerie. Ici, un patron appelé Mao (un nom qui évoque à la fois ceux de Mahomet et de Mao Zedong), musulman au caractère prosélyte mais converti au libéralisme le plus vil, possède une entreprise de réparation de palettes et un garage de poids-lourds. Cette prison à ciel ouvert où l’exploitation capitaliste bat son plein va servir d’unique décor à un huis-clos se jouant entre des ouvriers et leur patron. Une sorte de théâtre antique où s’active chaque jour une main-d’oeuvre sous-payée, divisée en deux groupes : les Maghrébins et les Africains. Une galerie de personnages marquants, de "damnés de la terre" interprétés en partie par des amateurs, manœuvres travaillant réellement dans l’usine où a eu lieu le tournage, magnifiés par la caméra d’ Ameur-Zaïmeche qui s’attache à filmer avec réalisme la gestuelle du travail manuel — cela contribuant à la richesse du film, à son aspect "documentaire", et qui vaudra au cinéaste d’être comparé à Renoir ou Pialat. Ces travailleurs étrangers constituent une composante importante du prolétariat d’aujourd’hui, mais sont souvent méconnus et exclus du processus démocratique.

En bon patron paternaliste, Mao (interprété par le réalisateur lui-même, avec ses airs de jeune De Niro) décide d’ offrir à ses ouvriers une minuscule mosquée au sein de l’entreprise. Il en désigne lui-même l’imam, alors que la tradition veut que celui-ci soit choisi par les fidèles. Les problèmes commencent... Comme si on avait touché à son dernier rempart, son dernier maquis, le personnel maghrébin proteste contre cette nomination. Les ouvriers d’Afrique noire, plus précarisés encore, refusent d’entrer dans la fronde. Au milieu de la mêlée, Mao tire les ficelles, tentant de contrôler ses ouvriers par le biais de la religion. Mais la revendication sociale va exploser un peu plus tard, lors des premiers licenciements...

Comédie sociale et tragédie prolétarienne empreinte d’une grande vision poétique, "Dernier maquis" interroge la place de l’Islam et son rapport avec le monde du travail. Rabah Ameur-Zaïmeche a choisi de "décrire l’univers et le sort réservé à ceux qui, après avoir franchi les mers et les déserts, s’abîment pour un salaire de misère".

Sa métaphore est amplifiée par un parti pris esthétique, quasi pictural, jouant sur un élément d’une puissance symbolique inouïe : d’interminables amas de palettes empilées, qui saturent l’image de couleur rouge... Rouge communiste. Rouge sang. Rouge colère.

*Du/van 17.09 au/tot 11.10.2009

Le nouveau blog du Nova propose plus d’informations sur "Dernier maquis" (présentation, bande annonce, photos, revue de presse, interviews...) :*
http://blog.nova-cinema.org/dernier-maquis

17.09 > 19:00 + 18.09 > 22:00 + 19.09 > 19:00 + 20.09 > 22:00 + 24.09 > 22:00 + 27.09 > 19:00 + 01.10 > 22:00 + 03.10 > 22:00 + 04.10 > 19:00 + 08.10 > 19:00 + 10.10 > 19:00 + 11.10 > 22:00


"C’est moi qui suis venu vous voir et qui vous ait dit : je vais ouvrir une mosquée, je veux devenir un bon muslim, je sais que je vous paye pas à la sueur de votre front, parce que je vous paye qu’au SMIG, je me fais un petit peu d’argent, on appelle ça de la plus value, et ben cette plus value, je peux la réduire. Un petit peu. Mais pas trop quand même, il faut pas exagérer !"

— Mao, le patron de "Dernier maquis"

"De l’art alchimiste de transformer un maigre patrimoine de bois en or filmique, artistique et politique. Rabah Ameur-Zaïmeche est de ces cinéastes qui ne voient pas la ligne d’arrivée quand ils démarrent un film : aveuglement partiel qui est un beau moyen d’arriver quelque part et de faire du cinéma comme processus de dévoilement d’un monde, d’une vision, d’une histoire".

— "Les Inrockuptibles", 22 octobre 08

"Pour créer son site fictionnel, pour faire rentrer une bonne partie du monde dans son microcosme, Ameur-Zaïmeche n’a eu besoin que de quelques milliers de palettes rouges empilées sur un chantier de banlieue parisienne survolé par une ligne aérienne et bordé d’un canal reconquis par la nature. Le passage d’un avion dans le ciel banlieusard a-t-il jamais eu telle amplitude poétique ? Il y a du Godard dans cette manière de produire des signes sublimement ambigus avec les fragments inaperçus de la trivialité quotidienne".

— "Les Cahiers du cinéma", octobre 2008

"Les palettes sont le coeur du film. Ce rouge, ça sautait aux yeux... La palette est la preuve éclatante du côté archaïque de tout système de production. C’est un objet central dans le transport des marchandises, et en même temps un objet élémentaire, un assemblage ingénieux de morceaux de bois qui n’a de valeur que fonctionnelle. (...) Elles nous ont obligés à nous concentrer sur elles, quitte à abandonner des personnages et des scènes. Elles nous ont surtout aidé à mettre de côté le scénario et à travailler autrement, non plus avec un script,mais avec une sorte de séquencier, des feuilles de toutes les couleurs sur lesquelles étaient écrits les titres des scènes, et que l’on disposait comme un puzzle. (...) Le meilleur, c’est que ce plateau composé de milliers de palettes rouges était toujours mouvant, sans cesse déplacé par l’activité humaine".

— Rabah Ameur-Zaïmeche



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