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Post-Apocalypse

Le concept de ’fin du monde’ n’est certes pas neuf, mais il a acquis un regain de vitalité en Occident durant la guerre froide. L’apocalypse est alors essentiellement nucléaire et c’est bien de cela dont il sera principalement question dans ce module.
Dans le sous-genre foisonnant du "dernier homme sur Terre", nous présenterons le classique hollywoodien 50’s avec Harry Belafonte, "The World, the Flesh, and the Devil". La menace nucléaire angoisse en noir et blanc des deux côtés du rideau de fer, mais de manière différente. C’est ce qu’illustre "The End of August at the Hotel Ozone", film tchèque de la fin des années 60, qui questionne sur les générations post-apocalyptiques et leur confrontation avec les reliquats de la civilisation ancienne.
Des années 1970, nous avons surtout retenu les films d’exploitation qui sont devenus cultes ou classiques comme l’inclassable "A Boy and His Dog" et bien sûr "Mad Max".
Les années 1980 voient un type de cinéma de genre européen décliner et offrent des perles absurdes comme "The New Barbarians". Elles accueillent aussi avec froideur et pessimisme une réflexion sur le difficile quotidien, la survie, l’absence d’espoir et de foi en l’avenir. Que ce soit en Angleterre avec "Threads" ou en Russie avec "Letters from a Dead Man".
Brian Trenchard-Smith reprend, en Australie, ce constat pessimiste et évoque une apocalypse sociale dans son cinéma d’exploitation avec "Dead-End Drive-In".
Voilà donc de quoi voyager dans l’espace et dans le temps autour de ce thème dont nous ne voulions pas seulement aborder un seul aspect. Une alternance de ton et d’approche qui devrait permettre de se faire une autre idée de ce genre cinématographique très riche.



L.Q. Jones, 1975, 16mm, vo , 91'

Le surprenant "A Boy and His Dog" est sans aucun doute le film le plus déjanté que vous pourrez voir dans cette section qui traite de la survie après une apocalypse ! 2024, suite à une Cinquième Guerre Mondiale qui dura en tout et pour tout cinq jours, il ne reste de l’Amérique qu’un tas de poussière. Ceux qui ont survécu, principalement des hommes, fouillent les paysages désertiques à la recherche de boîtes de conserve ou de femmes à violer. Vic (un jeune Don Johnson) est lié par un pacte à son chien Blood, avec lequel il communique par télépathie. Vic s’occupe de la nourriture et Blood - trop intelligent pour chercher à manger - piste les environs à la recherche de femmes. Au cours de leur quête, ils tombent sur Quilla June, femme qui s’avère plus soumise que Vic ne l’espérait... "A boy and his dog" fait partie de ces films cultes qui transcendent leur genre. C’est le second long-métrage réalisé de main de maître par l’acteur L.Q.Jones, qui n’hésitera pas à le faire basculer, au milieu de l’intrigue, dans une satyre féroce des Etats-Unis ! Un film inventif et sans complexe, étonnant du début à la fin.

05.03 > 22:00


End of August at Hotel Ozone

Konec srpna v Hotelu Ozon

Jan Schmidt, 1967, 35mm, vo st fr, 77'

"The End of August at the Hotel Ozone" demeura durant des années un film légendaire mais rarement vu. Il représente une sorte de chaînon manquant entre les films ’de fin du monde’ plus sobres et méditatifs et les variantes ultérieures, genre film d’évasion. Des années après un holocauste nucléaire, un groupe de jeunes filles erre à travers les forêts détruites à la recherche de nourriture. Elles sont menées par une vieille femme en costume militaire qui tente de les maintenir dans le rang, alors qu’elles ne subsistent dans l’environnement que par leurs couteaux et fusils. Un jour, elles rencontrent un homme âgé dans la forêt. Ce dernier les emmène dans le vieil hôtel où il séjourne. Le réalisateur Jan Schmidt observe ce drame avec une neutralité soignée et constante, ne cédant jamais entièrement au contenu symbolique de nombreuses scènes. Le résultat est un récit visuellement envoûtant, on ne peut plus évocateur de ce qui arrive à l’humanité quand les dernières traces de civilisation s’envolent en fumée.

07.03 > 22:00


I nuovi barbari

The New Barbarians

Enzo G. Castellari, 1982, video, vt ang , 91'

Il était impensable de se priver d’un bon vieux film d’exploitation dans notre focus sur les films post-apocalyptiques. "Mad Max", "The Warriors" et "Escape from New York" sont les fictions les plus pompées dans ce sous-genre, avec plus ou moins d’humour et de réussite. A ce petit jeu, force est de reconnaître que les italiens sont les champions. On s’est donc décidé à proposer le plus délirant d’entre-eux, réalisé par un Castellari en roue libre. L’ancien footballeur Fred Williamson est bien sûr de la partie tout comme Anna Kanakis, tous deux habitués du genre. La palme revient à George Eastman dont on retrouve le nom au générique (comme acteur ou scénariste !) de TOUS les films post-apocalyptiques italiens. S’il était mémorable en Big Ape dans "2019, Après la chute de New York", il s’avère indépassable dans son rôle de méchant, vraiment méchant, dans ce film-ci. "The New Barbarians" emprunte beaucoup d’éléments à "Mad Max", sans la classe... Tourné dans une carrière, à défaut de scénario le film tente d’imiter son modèle à coup de voitures ridicules, d’effets spéciaux lamentables et de virilité douteuse. "The New Barbarians" s’avère sans aucun doute la séance de minuit la plus hilarante de cette année !

07.03 > 24:00


Ranald MacDougall, 1959, 35mm, vo st fr, 95'

"The World, the Flesh, and the Devil" doit être l’un des tous premiers drames de science-fiction du genre ’last man on earth’. Après être resté coincé près d’une semaine dans une mine effondrée Ralph (Harry Belafonte) retrouve la lumière du jour. A son grand étonnement, il constate qu’à des kilomètres à la ronde, il n’y a plus aucune âme qui vive. Ralph se rend alors à New York où il découvre un Manhattan aux rues désertes. Et pas un cadavre en vue. Dans une station radio, il réussit à écouter les dernières transmissions... Datant de 1959, "The World, the Flesh..." était en avance sur son temps de plusieurs années (Le Civil Rights Act ne fut signé que trois ans plus tard). La magnifique photographie en noir et blanc avec ses images panoramiques grandioses d’un Manhattan désolé reste aujourd’hui encore des plus saisissantes. Et en prime, vous aurez l’occasion d’entendre Harry Belafonte chanter.

+ There Will Come Soft Rains [Budet laskovyy dozhd]

Nazim Tulyakhodzayev, 1984, 35mn, vo st fr, 10'

Les jouets atomiques ont eu raison des humains. L’hiver nucléaire a pris possession de la terre tandis que des animaux et d’absurdes machines, répétant inlassablement les ordres reçus, se partagent les ruines de l’Empire américain.

08.03 > 20:00


Mick Jackson, 1984, video, vo , 110'

"Threads" est sans conteste le film le plus horrible et réaliste de cette section. Produit par la BBC en 1984, cette fiction méconnue est peut-être paradoxalement plus radicale que le désormais "classique" documentaire-fiction de Peter Watkins, "La Bombe" qui fût produit et interdit de diffusion 20 ans plus tôt par la même chaîne publique britannique... "Threads" commence par la vie quotidienne de quelques habitants de Sheffield. En arrière-fond, la radio et la télévision chroniquent un conflit lointain qui s’aggrave en Iran (anticipation hasardeuse bien entendu). Les gens, indifférents, sauvegardent les apparences d’une vie paisible ancrée dans ses habitudes. Mais lorsque des patients sont évacués des hôpitaux et des tableaux disparaissent des musées, l’hystérie et la panique montent en puissance. C’est alors que la bombe explose... S’ensuit une description pas à pas des conséquences du fléau, quelques minutes, heures, semaines, mois et années après l’explosion. Les événements sont à ce point crédibles qu’il faut sans cesse se rappeler qu’il s’agit d’une fiction, faisant de "Threads" un portrait clinique de la fin de notre ère à vous glacer d’effroi, et le début de ce qui peut advenir ensuite. Un document rare, peut-être terrifiant, mais à ne pas manquer si vous ne voulez pas mourir "idiot"...

08.03 > 22:00


Letters from a Dead Man

Pisma myortvogo cheloveka

Konstantin Lopushansky, 1986, 35mn, vo st fr & ang, 87'

L’erreur est humaine. Dans ce cas-ci, elle éradiquera la quasi-totalité de la vie terrestre. Dans un monde ravagé par une apocalypse nucléaire, un scientifique survit en s’obstinant à croire son fils vivant, quelque part. Les lettres qu’il lui écrit, qui ne seront jamais lues, lui servent à coucher sur papier ses réflexions sur l’humanité et son sentiment de culpabilité dans cette folie technologique qui conduisit à la tragédie. Car c’est bien la seule chose restant aux survivants-condamnés : méditer sur l’extinction de leur espèce. L’instinct de survie fait voir à certains une lueur d’espoir quelque part, dans la rumeur d’un monde souterrain où l’on pourrait se réfugier en attendant de pouvoir retourner à l’air libre. Mais beaucoup sont résignés, ne voyant d’ailleurs plus ce qu’il y avait de bon à sauver dans la société "d’avant". Ils cherchent, dans la tragédie, la dignité que l’espèce humaine n’a pas eue "de son vivant".
Inutile d’insister, le ton est franchement pessimiste. L’esthétique du film est sombre, l’image jaunie, comme irradiée. L’ambiance fascinante rappelle "Stalker" de Tarkovsky, sur lequel Lopushansky a d’ailleurs travaillé. La condition humaine face à l’extrême, l’anticipation nucléaire vue de l’autre côté du rideau de fer ! Pour l’anecdote, le tournage fut terminé cinq semaines avant Tchernobyl...

En présence de Konstantin Lopushansky

15.03 > 18:00


George Miller, 1979, 35mm, vo st fr, 93'

Mad Max est au centre de cette seconde édition d’Offscreen puisqu’il vient illustrer brillamment à la fois le module Post-Apocalyptique et celui consacré à l’Ozploitation. Ce sera l’occasion de voir ce classique du film de genre en cinémascope dans une belle copie neuve sous-titrée en français.
Comparé à d’autres productions australiennes, on remarquera à quel point le film est une réussite visuelle et narrative et se démarque par son ambition. Les fabuleuses poursuites et cascades sont l’aboutissement d’un savoir-faire autochtone indéniable dont "Mad Max" propose la quintessence. Son atmosphère post-apocalyptique est teintée de déréliction sociale, et la perte de repères prend tout son sens dans cet espace immense parcouru par des routes sans fin. C’est majoritairement dans la suite des aventures du Road Warrior que les raisons de cette apocalypse seront expliquées et que le mythe de l’essence, ce Graal du futur, prendra sa véritable dimension.
George Miller prouve dès ce premier film que la médecine n’est pas son seul champ de pertinence et par de nombreuses trouvailles formelles (caméra embarquée au ras de la route, images accélérées, utilisation de la musique, narration décalée, emprunts au genre, etc) annonce sa future carrière atypique et éclectique.

21.03 > 20:00


Brian Trenchard-Smith, 1986, 35mm, vo , 92'

Au même titre que les États-Unis, l’Australie est le royaume de l’automobile, amie fidèle de l’habitant des grands espaces. Pas étonnant donc que le drive in y ait connu des heures de gloire, notamment comme lieu de rencontre obligé pour ados désœuvrés. Le marché des VHS dans les années ’80 porte un coup fatal à ces lieux devenus rapidement anachroniques. Les films exploitant le genre post-apocalyptique ne sont plus légions. "Clockwork Orange" et ses ados violents et sans repères sont loin. Quel rapport ? Le réalisateur en propose un et c’est son droit, à travers l’histoire d’un jeune White Thrash dont les occupations principales sont peuplées de bagnoles et de blondasses. Il décide d’exposer l’un et l’autre dans un drive in miteux fréquenté par des bandes de loubards (on disait comme ça à l’époque, non ?). La soirée tourne court quand le jeune couple comprend qu’il ne peut plus sortir de ce qui est maintenant un camp de détention pour jeunes sans avenir. Il sont condamnés à voir en boucle sur l’écran des films de... Brian Trenchard-Smith.

En présence de Brian Trenchard-Smith

21.03 > 24:00


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