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La revue de cinéma "Sight and Sound" publiait récemment un article sur la disparition des "repertory cinemas", littéralement "cinémas de répertoire". Il s’agit de ces cinémas qui ont émergé dans les années 60, surtout dans des pays anglo-saxons, dont la programmation consistait en de savants mélanges de films culte, de films de genre, de classiques incontournables et ponctuellement de films plus récents. Pour le prix d’un ticket on pouvait voir deux ou même trois films. De quoi se faire un vrai bagage cinématographique, sans pour autant être un cinéphile invétéré. Au début des années ’90, avec l’arrivée des multiplexes et la révolution apportée par la vidéo, les "rep cinemas" ont commencé à disparaître. Actuellement, on n’en compte plus qu’une poignée. Certaines programmations du Nova ont peut-être quelque chose en commun avec ces cinémas en voie de disparition ; surtout quand, comme ce mois-ci, nous programmons quelques films méconnus et pourtant considérés déjà comme des classiques. Les films que nous vous invitons à découvrir (dont quelques-uns programmés au Nova dans le passé) proviennent tous du Royaume-Uni. Pourtant ne vous attendez pas à des films "pudding, tea, fish & chips" ! Les films ici présentés ont sans doute pour point commun le fait d’être en marge du cinéma dit "commercial", d’un cinéma conservateur et consensuel. Ils affichent un état d’esprit qui n’a rien d’insulaire, tout au contraire. Mais de leur origine "british", ils gardent tous le sens de l’humour, ce qui n’est pas rien. Six longs métrages, un week-end consacré à des courts, trois invités, une leçon de cinéma... Plus une soirée pakistano-lollywoodienne et d’autres rendez-vous encore. Vous avez de quoi remplir vos soirées de septembre ! Et attention aux tarifs : il sera possible d’acheter un ticket pour deux, voire trois séances, comme au bon vieux temps...



Christopher Petit, 1979, 35mm, vo st fr, 104'

"Radio On" est un objet bizarre, et c’est bien pour cela qu’au fil des années il a atteint un statut de "film culte". Son réalisateur, romancier et critique de cinéma, travaillait à "Time Out" lorsqu’il rencontre Wim Wenders. Celui-ci va produire ce premier film, qui reste une oeuvre à part dans la filmographie de Christopher Petit. Un (anti) road-movie urbain et existentialiste où, on vous le dit d’emblée, tout se joue davantage dans les atmosphères que dans l’action.
"Radio On" se passe en Angleterre à la fin des années ’70 et nous conte la vague histoire d’un jeune Londonien qui se rend à Bristol pour enquêter sur la mort de son frère. L’histoire tient en une ligne, mais elle se déploie à l’écran dans une succession de situations et de paysages qui vont nous livrer un portrait assez rare de l’Angleterre pré-thatcherienne. Tourné dans un noir et blanc très dense, le film a une dimension spatio-temporelle qui fait immanquablement plus penser à l’écrivain de SF J.G. Ballard qu’au documentaire social anglais de l’époque. Des chansons de Bowie, Kraftwerk, Ian Dury, Robert Fripp, Wreckless Eric ou Devo ponctuent une bande-son qui semble sortir tout droit d’un magnéto 4 pistes. En bonus : "Radio On" nous offre aussi le premier rôle au cinéma de Sting. Oui oui, le chanteur !

11.09 > 20:00 + 14.09 > 18:00 + 18.09 > 22:00 + 28.09 > 22:00


Alex Cox, 2002, 35mm, vo st fr, 112'

"Revengers Tragedy" se déroule en 2011, dans une Angleterre post-apocalyptique ravagée par une guerre de gangs permanente. Un homme retourne à Liverpool après dix ans d’absence ; il veut se venger du meurtre de sa femme par "le Duc", le parrain d’une famille aristocratique décadente devenue bande criminelle. Alex Cox ("Repo Man", "Sid & Nancy") réalise une version énergique et anachronique de la tragédie classique de Thomas Middleton, qui posa les jalons modernes de ce qui deviendra un genre, notamment cinématographique : la tragédie de vengeance.
Cox transpose le drame en une comédie punk noire hyperstylisée, versant, comme souvent, dans l’exagération pour appuyer un propos pourtant réaliste. Comme dans "Walker" notamment, il se sert de parallèles entre les temps passés ou futurs et la société contemporaine pour critiquer la civilisation obsédée par le pouvoir, l’argent, le désir superficiel et immédiat. La vulgarité flamboyante et l’hystérie qui se déploient dans "Revengers Tragedy" ne sont que des reflets pas si lointains de l’Angleterre, et du monde, contemporains. Pour symboliser cette civilisation au bord de l’effondrement, Cox voulait terminer le film sur les images de la chute des Twin Towers (ce qui lui fut refusé par les producteurs). Cette fin aurait sans doute signifié le commencement du monde que ce film étonnant nous fait découvrir.

11.09 > 22:00 + 18.09 > 20:00 + 21.09 > 18:00 + 26.09 > 22:00


Alan Clarke était, avec Ken Loach et Mike Leigh, l’un des précurseurs du cinéma britannique des années 70-80, spécialisé dans ce qu’on appelle le "réalisme social". Né en 1935, fils de maçon, il a travaillé quelques temps comme ouvrier avant de débuter comme scénariste et réalisateur à la BBC. En 1977, il réalise l’explosif et fort controversé téléfilm "Scum", qui traite de la brutalité et de la corruption dans le système carcéral pour mineurs en Grande-Bretagne. La chaîne publique BBC en a rapidement interdit la diffusion en raison de ses images trop violentes (et aussi probablement en raison de sa critique sur le système pénal britannique). Furieux, Clarke décide alors de refaire ce film avec ses propres moyens, avec les mêmes acteurs et de le présenter dans les salles en 1979. Cette persévérance et cette énergie inépuisable sont typiques de Clarke, qui fait le choix récurrent d’histoires traitants de la violence domestique ou institutionnelle. Il s’attaque à tous les sujets de l’actualité sociale qui dérangent : un skinhead paumé dans le film "Made in Britain" ou encore un père de famille, supporteur hooligan à ses heures perdues, superbement interprété par Gary Oldman, dans le film "The Firm" en1988. Au vu de sa filmographie, Clarke était l’un des grands défenseurs d’un authentique "cinéma d’urgence". Alan Clarke est mort d’un cancer à l’âge de 55 ans en 1990. Son influence sur toute une génération d’acteurs britanniques tels que : Tim Roth, Gary Oldman et Ray Winstone, ainsi que sur des réalisateurs contemporains tels que Danny Boyle ou Harmony Korine, n’est pas à sous-estimer. Avec son film "Elephant", Gus Van Sant s’est directement inspiré du court métrage du même titre réalisé par Alan Clarke et qu’on pourrait décrire comme un exercice de style presque surréaliste sur les assassinats et les attentats dans l’Irlande du Nord.



Alan Clarke, 1979, 35mm, vo , 96'

La version cinéma du téléfilm dramatique, bannie par la BBC, est encore plus violente que la version originale. C’est l’exemple-type du film réalisé sur le fil du rasoir : un regard dur et choquant sur "Borstal", l’ancien institut britannique de rééducation pour les jeunes délinquants. Ray Winstone nous offre une interprétation poignante d’un jeune criminel qui se retrouve dans un régime où l’éducation, l’assistance psychologique et la correction ne sont pas de mise. Au contraire, il apprend rapidement que seul la loi du plus fort prévaut et que la direction tout autant que les assistants encouragent et profitent de ces luttes de pouvoir entre les détenus.

13.09 > 22:00 + 20.09 > 22:00 + 21.09 > 20:00


Alan Clarke, 1982, video, vo , 76'

Un skinhead intelligent et agressif est en prise avec à peu près tout et tout le monde. Cette incroyable grande gueule déclenche autour de lui un cycle de haine, de destruction et d’autodestruction qu’aucun assistant social bien intentionné ne peut briser. Dans ce remarquable début en tant qu’acteur, Tim Roth (Reservoir Dog, Pulp Fiction), campe un personnage inoubliable, aussi détestable que fascinant. Alan Clarke nous livre avec ce film brillant une étude approfondie de la jeunesse désorientée et destructive dans la “jolly old England” de Margaret Thatcher.

14.09 > 20:00 + 19.09 > 22:00 + 21.09 > 22:00


*Patrick Keiller est certainement l’un des réalisateurs les plus surprenants et stimulants à avoir émergé dans le cinéma anglais des deux dernières décennies. Architecte de formation, il crée dans les années ’80 des installations où la photographie d’architecture se confronte à des structures fictives. Début ’90, il s’ouvre au cinéma et réalise ses premiers films qui continuent à développer un mélange de documentaire et fiction. Influencé par les premiers films de Chris Marker et de J.-L. Godard, c’est souvent au Peter Greenaway "première cuvée" que Keiller est comparé.
Jamais projetés en Belgique, les deux films que nous vous présentons, "London" et "Robinson in Space", constituent en quelque sorte les deux opus d’un même film. Un narrateur fictionnel (Paul Scofield, acteur anglais mort récemment, qui a souvent été comparé à Laurence Olivier) nous conte en voix off ses promenades, déambulations, sa vie et surtout celle de son ami et ex-amant, Paul Robinson, dans un Londres et une Angleterre en pleine mutation économique, politique et sociale.
Architecture, géographie, histoire, politique, économie, sociologie, art, littérature, influences françaises, surréalisme... autant d’éléments qui se mélangent dans un pot-pourri cinématographique savant, humoristique et léger.*



Patrick Keiller, 1994, 35mn, vo ang st fr, 85'

Tourné sur une période de douze mois, "London" est une déambulation psycho-géographique dans le Londres du début des années ’90. Un photographe, qui sera notre narrateur durant tout le film, est appelé par son ami et ex-amant Paul Robinson, pour l’aider dans une investigation qui doit dévoiler l’essence-même de la ville. Le film se compose ainsi d’une suite de tableaux photo-cinématographiques où l’on découvre, au gré des commentaires, une ville sans cesse grandissante, phagocytaire et en même temps fascinante. Le quotidien peut y receler des facettes absurdes et surréalistes. Les références au présent et au passé s’entremêlent. C’est la période des bombes de l’IRA, de l’élection de John Major, de la crise du système monétaire européen... Des citations tirées de Rimbaud, Baudelaire, Apollinaire nous plongent dans un utopisme visionnaire comme il pouvait encore exister au XIXe siècle. Car Londres, qui comptait déjà 6,5 millions d’habitants en 1900 et souffrait avant l’heure des affres de la sur-urbanisation, fut certainement la première vraie métropole au monde...

13.09 > 20:00 + 19.09 > 20:00


Patrick Keiller, 1997, 35mn, vo ang st fr, 82'

Le narrateur de "London" et son ami Paul Robinson sont recrutés par une agence de pub internationale pour effectuer des recherches et comprendre quels sont les maux qui taraudent l’Angleterre. Inspirés par des écrits de Daniel Defoe, ils entreprennent ainsi sept itinéraires au travers de l’île. Une réflexion de l’écrivain situationniste belge Raoul Vaneigem donne dès le départ le ton : il y a nécessité à créer un pont entre l’imaginaire et la réalité qu’on vit...
Comme "London", "Robinson in Space" est composé d’une suite de tableaux. Il nous transporte dans un voyage aux allures philosophiques. Nous nous y retrouvons plongés dans une Angleterre en apparence anodine et folklorique. Mais très vite, grâce à l’imagination fertile et lucide de notre narrateur-photographe, nous découvrons les facettes insoupçonnées d’un quotidien en apparence ennuyeux. Nous découvrons un pays à deux visages : celui des nantis, qui se cache, et celui des démunis, qui s’étale. Et c’est avec un humour pince-sans-rire que Keiller nous donne à voir du "beau", là où il y a du laid !

14.09 > 22:00 + 20.09 > 20:00


Depuis plusieurs années, nous programmons régulièrement les courts métrages de John Smith. En 2001, nous lui consacrions même une petite rétrospective. Il a certainement son petit fan club au Nova, et c’est avec plaisir que nous le réinvitons. Petite intro pour qui ne le connaît pas encore. C’est dans les années ’70 que John Smith réalise ses premiers courts métrages. Il se "frotte" au mouvement structuraliste de l’époque. Mais très vite, il s’en détache. Il s’oriente alors vers une forme de cinéma plus ludique qui rompt avec le sérieux dont le mouvement faisait alors preuve. L’humour pince-sans-rire est d’ailleurs devenu un signe distinctif de l’oeuvre de John Smith. Ses courts métrages explorent et interrogent aussi bien les différents aspects du langage cinématographique que nos façons de "voir", de regarder la réalité. Au fil du temps, ses films semblent de plus en plus se focaliser sur un quotidien proche, qui nous est dévoilé sous des angles curieux, surprenants et attachants. Souvent, c’est John Smith lui-même qui commente en voix-off les images, avec un humour subtil, imparable. Au programme, trois séances. Une première pour revoir ou découvrir quelques-uns des "classiques" de la filmographie de John Smith. Une deuxième sera consacrée à ses "Hotel Diaries", un journal filmé de ses séjours en hôtels. Et puis ne ratez surtout pas sa leçon de cinéma à la fin du week-end.

JOHN SMITH (1)

+ Associations

John Smith, 1975, 16mm, , 7'

+ The Girl Chewing Gum

John Smith, 1976, 16mm, , 12'

+ The Black Tower

John Smith, 1985, 16mm, , 24'

+ Om

John Smith, 1986, 16mm, , 4'

+ Blight

John Smith, 1994, 16mm, , 14'

+ Worst Case Scenario

John Smith, 2003, video, , 18'

JOHN SMITH (2)

HOTEL DIARIES
John Smith, UK, 2001-2007, video, vo / ov,
FROZEN WAR 11’/ MUSEUM PIECE 12’/ THROWING STONES 11’/ B&B 6’/ PYRAMIDS 7’/ DIRTY PICTURES 14’/ SIX YEARS LATER 9’

JOHN SMITH (3)
Leçon de cinéma

27.09 > 19:00 + 27.09 > 22:00 + 28.09 > 20:00


C’est en 2001, dans le cadre d’une programmation autour du cinéma d’animation, que nous invitions Matt Hulse pour la première fois. Depuis, son travail s’est éloigné du cinéma d’animation en tant que tel, mais reste aussi débridé, incisif et hétéroclite qu’auparavant. Extravagance, dérision, humour, impertinence : autant de termes qui pourraient être employés pour décrire le cinéma de Matt Hulse. La plupart de ses films affichent une vraie jouissance dans la réappropriation du réel et une telle liberté de créativité, dans le langage et dans la forme, qu’on peut facilement le considérer en héritier direct des mouvements dadaïste et surréaliste. Sa soif d’exploration et d’expérimentation semble ne pas avoir de limite et, avec lui, tout peut devenir prétexte pour un film : un fait divers, un accident, un rêve, un hasard, une chanson, un son, une photo... Par ailleurs, Matt Hulse est aussi l’initiateur d’un projet cinématographique hors norme, "The Audible Picture Show" : une collection en devenir de courts métrages sonores réalisés par une flopée de cinéastes.
Ne ratez donc pas les deux séances qui lui sont consacrées : une pour découvrir une série de ses courts réalisés entre 1988 et 2008 ; l’autre pour vous plonger dans l’obscurité de la salle et vous laisser conter des histoires.

http://www.audiblepictureshow.org.uk

MATT HULSE (1)

+ Sine Die

Matt Hulse, 1994, super8 > video, , 4'

+ That Kilty Feelin

Matt Hulse, 1995, video, , 1'

+ Take Me Home

Matt Hulse, 1997, 16mm, , 7'

+ Wee Three

Matt Hulse, 1998, 16mm, , 5'

+ Hotel Central

Matt Hulse, 2000, 35mn, , 10'

+ Purple Rinse

Matt Hulse, 1988, video, , 4'

+ Deja vu

Matt Hulse, 1988, video, , 4'

LOSLASSEN
Matt Hulse, UK, 2002, film on video 6’

GOD SAVE THE QUEEN
Matt Hulse, UK, 2002, film on video 4’

THERE IS ONLY LIGHT
Matt Hulse, UK, 2004, film on video 4’

REPLAY
Matt Hulse, UK, 2005, film on video 9’

MATT HULSE (2)
"The Audible Picture show", séance de courts métrages sonores ; en anglais

+
SEE NOISE HEAR LIGHT
Matt Hulse, UK, 2007, film on video 30’
Avec/met : Keiji Haino/Tony Conrad. Nmperign/Jason Lescalleet. Jazkamer. Sachiko. Maryanne Amacher. Blood Stereo/Ludo Mich. Ellen Fullman/Sean Meehan. Oshiri Penpenz. Bohman Brothers. Eye Contact. Steve Baczkowski/Ravi Padmanabha. Arrington de Dionyso. Lee Paterson. Kuwayama/Kijima.Tetsuya Umeda. Lethe.

26.09 > 20:00 + 28.09 > 18:00


A l’origine, Miranda Pennell a une formation de danseuse et chorégraphe, mais depuis plusieurs années, elle s’est également tournée vers le cinéma. Ses films sont loin d’être passés inaperçus, puisqu’ils ont raflé un nombre incroyable de prix dans des festivals du monde entier. Ne vous attendez pas à des films de danse à proprement parler. L’oeuvre de Miranda Pennel s’articule plutôt autour d’une observation très attentive et subtile du comportement des gens, isolés ou en groupe. Des jeunes rockeurs, des danseuses, des skateurs, des soldats, .... Que l’on fasse partie d’un groupe uni ou pas, tous d’une manière ou d’une autre nous sommes conditionnés par l’environnement qui nous entoure et par les activités que nous menons. Et c’est cela que Miranda Pennell nous fait découvrir : que ce conditionnement se révèle dans nos gestes et mouvements même les plus intimes. Elle le fait avec ironie, car c’est certain : en découvrant ses films vous ne manquerez pas de sourire !

+ Lounge

Miranda Pennell, 1995, video, , 7'

+ Night work

Miranda Pennell, 1998, video, , 14'

(en collaboration avec le musicien Barry Adamson)

+ Tattoo

Miranda Pennell, 2001, video, , 9'

+ Human Radio

Miranda Pennell, 2002, video, , 9'

+ Magnetic North

Miranda Pennell, 2003, video, , 9'

+ Fisticuffs

Miranda Pennell, 2004, video, , 11'

+ You made me love you

Miranda Pennell, 2005, video, , 4'

+ Drum Room

Miranda Pennell, 2007, video, , 15'

27.09 > 20:30


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