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Enfants Terribles

L’opportunité s’est présentée cette année de montrer deux films quasi inédits ayant chacun pour personnage principal un gamin porté sur le crime... L’occasion idéale de faire un petit cycle "child focus" sur les "enfants terribles" ! Le genre est bien fourni, nous avons donc choisi quatre des plus beaux et des plus touchants films fantastiques sur l’enfance.
Le moins vu est sans doute "The Butcher Boy", pourtant signé Neil Jordan, carrément inédit au cinéma, ayant été retiré de l’affiche après quelques jours d’exploitation seulement en Irlande, suite à un fait divers sanglant faisant trop penser au film...
Le deuxième est "The Reflecting Skin", magnifique premier essai du réalisateur Philip Ridley ("The Passion of Darkly Noon"), malheureusement tombé dans l’oubli après une petite sortie en Belgique en 1991.
Aux côtés de ces films, deux autres plus anciens et tout aussi rares : le sublime "Mais ne nous délivrez pas du mal" de Joël Séria, dont le titre est assez évocateur, et "Unman, Wittering, and Zigo" de John McKenzie, sur une classe "difficile"...
Chaque film est présenté deux fois, aucune excuse pour passer à côté de ces quatre chefs-d’oeuvre !



Neil Jordan, 1997, 35mn, vo st ang, 109'

Sur fond de guerre froide et de domination catholique, c’est l’Irlande rurale des années 50 qui est le décor de "Butcher Boy", l’itinéraire grotesque et brutal d’un petit garçon rouquin, souriant et turbulent, qui va s’évader de l’ambiance de plomb de son village et basculer dans un monde virtuel. Jusqu’à devenir un vrai garçon boucher.
On connaît Neil Jordan pour sa filmographie éclectique, parfois inspirée par des récits d’épouvante ("The Company of Wolves", "Interview with the Vampire"...) ou plus réalistes ("Michael Collins"...). On le connaît moins pour ce film à la frontière entre fantaisie, comédie sociale et cauchemar éveillé. Et pour cause : malgré Sinead O’Connor dans le rôle de la Vierge Marie (!), mais surtout un très bon accueil critique et même un Ours d’argent au Festival de Berlin, il n’est quasiment pas sorti sur les écrans. Une décision des studios Warner. Pourtant, quand Neil Jordan a décidé adapter le roman de Patrick McCabe, il pensait en faire un film indépendant, comme "The Crying Game". Mais Warner a absolument voulu produire le film... Avant d’en prendre peur, devant la grossièreté des dialogues et la noirceur du scénario. Suite à un fait divers proche de celui qu’il raconte, "Butcher Boy" a d’ailleurs été retiré de l’affiche après quelques jours d’exploitation seulement en Irlande. Ce n’est que 10 ans plus tard qu’il est devenu possible de le montrer.

07.04 > 22:30 + 17.04 > 20:30


The Reflecting Skin

L’enfant miroir

Philip Ridley, 1990, 35mn, vo st fr & nl, 95'

Seth Dove a huit ans et demi. On est dans les années ’50, le ciel est bleu, les blés brillent au soleil. C’est pas la joie dans sa famille, il y a des vieilles histoires qui trainent. Si seulement son grand frère soldat rentrait de Corée, les choses iraient sûrement mieux. Seth a bien quelques copains qui participent à ses jeux morbides, son monde est beau et simple, mais il y manque quelque chose. Quand son père lui lit une histoire de vampires, c’est la révélation : l’étrange femme qui habite la ferme d’à côté en est sûrement une ! Cette prise de conscience va bouleverser son innocence, il comprend qu’il y a des choses qu’il ignore et se rattache à cette explication, il s’est trouvé une obsession qui le terrorise et le fascine. Les choses s’emballent quand une sombre histoire éclate dans la région. La réalité si dure ne peut s’expliquer que par quelque chose de surnaturel. Il est le seul à connaître le secret de la vampire et doit agir. On s’enfonce de plus en plus loin dans le drame, mais il fait toujours aussi beau. La réalité est bien plus cruelle que l’imagination de Seth, lugubre mais naive. Ces deux monde sont confrontés avec beaucoup de subtilité, dévoilant lentement les blessures de chaque personnage. "The Reflecting Skin" est une sorte de drame fantastique sur l’enfance, mêlant ambiances presque effrayantes et atmosphères sociales dramatiques, toujours magnifiquement filmées. Un vrai chef d’oeuvre méconnu.

08.04 > 22:30 + 17.04 > 22:30


Mais ne nous délivrez pas du mal

Don’t Deliver Us From Evil

Joël Séria, 1970, 35mm, vo fr , 102'

Anne (Jeanne Goupil dans son premier et plus beau rôle) et Lore (Catherine Wagener), adolescentes de bonnes familles vivant en pensionnat religieux, découvrent les joies de la rébellion et décident tout naturellement de se consacrer au mal. Entre Jesus et Satan, le choix est vite fait. Elles commenceront par des jeux plus ou moins innocents pour tester le monde qui les entoure mais deviendront vite de plus en plus affirmées dans leurs actions, jusqu’à devenir fièrement malfaisantes. Le film construit progressivement le malaise qui nait de cette conviction pour le mal qui est à la base de cette belle amitié. Cela devient presque dérangeant, aussi provocateur dans l’image que dans le propos. Le film s’attaque surtout à l’ennui bourgeois et à la perversité de la mentalité chrétienne, les deux catalyseurs des actes des fillettes. Le film sera d’ailleurs intérdit par la censure, sous pression de l’Eglise.
Mais sous des dehors provocateurs, ce très beau film, le premier de Joël Séria, est très nuancé et joue aussi bien sur l’érotisme et le fantastique que sur le drame psychologique autour de cette amitié adolescente.
Pour l’anécdote, le film est inspiré, très librement, du même fait divers neo-zélandais qui inspirera Peter Jackson pour "Heavenly Creatures".

10.04 > 22:30 + 12.04 > 22:30


Unman, Wittering, and Zigo

Mort d’un prof

John McKenzie, 1971, 35mm, vo , 102'

Le cinéma anglais n’avait dejà plus rien à prouver en matière de films malsains en ce début des années ’70. Michael Powell, Ken Russell, Lindsay Anderson et d’autres s’en chargeaient. C’était sans compter avec John McKenzie. L’approche chez lui est plus classique certes, mais il sait parfaitement maintenir un état de tension permanente chez le spectateur. Un professeur d’une école anglaise stricte et retirée du monde tombe d’une falaise et meurt. Meutre ou accident Herr Derrick ? C’est bien cette question que se pose rapidement le jeune prof remplaçant. Il a en effet quelques petits problèmes avec sa classe de sales gosses. Il tente d’oublier tout ça dans les bras de sa charmante femme, dans un ravissant cottage, mais fais gaffe mec, on sait où t’habite...
Le moins qu’on puisse dire c’est que ce film est ultra rare. Il n’est même pas disponible en vidéo. Imaginez les difficultés à trouver une copie 35mm, nous, on en a encore des sueurs froides... Mais c’est aussi et surtout une vraie petite perle de cinéma british très bien mené, et qui ne recule pas devant grand-chose pour provoquer une angoisse tenace.

11.04 > 22:30 + 15.04 > 22:30


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prog: 951
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