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Meyer, Vautier & Co

Deux jours de projections et de rencontres autour, et en présence, de deux cinéastes engagés, souvent qualifiés de "maudits", et des liens qui peuvent se créer entre BD et cinéma.



Vechten voor onze rechten

Combattre pour nos droits

Frans Buyens, 1962, video, vo st fr, 60'

S’il était encore parmi nous, on aurait sûrement invité Frans Buyens à participer à cette rencontre avec Paul Meyer et René Vautier. Cet amateur d’art, écrivain et cinéaste autodidacte, critique politique, poétique et enfant terrible, est décédé en 2004. Lydia Chagoll, sa compagne et collaboratrice durant plus de 30 ans, nous présentera le parcours de ce réalisateur engagé, dont vient d’être édité l’œuvre entière en DVD (avec celle de Lydia).
Réalisé à partir de documents d’actualité, "Combattre pour nos droits" est une chronique virulente des 5 semaines de "La grève du siècle" (hiver 60-61) contre le démantèlement des acquis socio-économiques de "la Loi unique" promulguée par le gouvernement catholique-libéral belge de l’époque, défenseur invétéré du capitalisme triomphant. Dédié à Joris Ivens (cinéaste hollandais "internationaliste" qui co-réalisa avec Henri Storck "Misères au Borinage"), ce pamphlet de Frans Buyens fait partie des films rares et précieux qui auront soutenu les luttes de la classe ouvrière du siècle dernier. Ce premier film de Buyens fut fort controversé : refusé au festival d’Anvers et primé lors d’autres festivals comme à Venise et Berlin.

En présence de Lydia Chagoll.

http://www.buyenschagoll.be/

17.03 > 17:00


*"Depuis que j’ai une caméra en main et sans jamais d’autre raison que ma façon d’exercer mon métier de cinéaste, j’ai été inculpé une dizaine de fois, j’ai passé quelques années en prison, on m’a tiré dessus un nombre de fois que je n’ai jamais essayé de calculer, j’ai été expédié quatre ou cinq fois à l’hôpital, par balle, accident provoqué ou matraque... On m’a volé de la pellicule, on m’a volontairement voilé des bobines entières, je n’ai jamais pu faire un film sur la culture de ma grand-mère, en langue bretonne..." (extrait du film de Jacques Royer, "Vautier l’indomptable"). Né en 1928, René Vautier entre dans la Résistance en Bretagne à l’âge de 15 ans et, peu après la guerre, il choisit pour arme la caméra. A 21 ans, engagé par la Ligue de l’enseignement pour filmer en Afrique Occidentale française, il est scandalisé par la violence coloniale et décide de montrer ce qu’il voit. Les quelques bobines sauvées permettront de monter Afrique 50, considéré aujourd’hui comme le premier film anticolonial français. En 1957, il part en Algérie filmer la guerre d’Indépendance, installé dans le maquis du FLN. Beaucoup de ses films ont disparu, ainsi que la plupart des témoignages d’algériens reconnaissant formellement le lieutenant Le Pen comme leur tortionnaire, qu’il rendra publics en 1988, dans A propos de l’autre détail et dont il retrouvera les archives détruites. Voilà donc un Monsieur dont la rétrospective complète ne sera jamais possible.
La liberté d’expression, René Vautier ne cesse de la saisir et d’en éprouver les limites. En tant que réalisateur, producteur ou acteur, il a participé à environ 180 films. Déjà invité pour la "Fête berbère" en 2000, ce sacré personnage sera à nouveau présent pour introduire les séances et répondre à vos questions.*

Pour plus d’information concernant René Vautier et ses films, téléchargez le dossier ci-dessous.



René Vautier, 1972, 35mm > video, vo , 100'

Mobilisés en Algérie, des jeunes pacifistes bretons reçoivent la proposition de rester ensemble, et d’éviter une dispersion dans différentes compagnies. En contrepartie le lieutenant Perrin (Philippe Léotard) fait le pari de transformer ces jeunes réfractaires en soldats, engagés dans une guerre coloniale brutale. Formidable étude humaine, cette "fiction" ne l’est pas réellement. Comme nous l’annonce le début de film, la véracité de chacune des scènes peut être attestée par un minimum de cinq témoins ! Un incontournable, qui reçut en 1972 le prix de la critique internationale à Cannes.

En présence de René Vautier.

16.03 > 20:00


René Vautier, 1978, video, vo fr , 54'

Ce film expose la réalité du désastre et la désinformation des médias au sujet du naufrage du pétrolier Amoco Cadiz, au large des côtes bretonnes. Il fut interdit à la télévision suite au refus d’y enlever les cris des habitants, révoltés, qui scandaient "Télé, radio, information bidon". Résultat : bannissement du cinéaste sur les chaînes. Et pourtant, ce pamphlet remonte à la surface partout dans le monde à chaque nouveau naufrage pétrolier.

+ Afrique 50

René Vautier, 1950, 16mm, vo st nl, 17'

Interdit sur base du décret Laval de 1934 (du nom de celui qui sera premier ministre du régime de Vichy !) qui institutionnalisait la censure pour les tournages dans les colonies, ce film fut projeté officiellement des décennies plus tard par les autorités françaises. La motivation ? Montrer qu’en France aussi, dès les années 50, il y avait un sentiment anti-colonial !

En présence de René Vautier

17.03 > 22:00


*"Mon apport est un moment fortuit de l’histoire du cinéma en Belgique et, pour la Fleur Maigre, l’expression fugace d’un devenir social et peut-être culturel wallon, dans sa pénible caricature européenne" (propos receuillis par Roger Mounèje).
Né en 1920, Paul Meyer découvre très tôt la lutte des ouvriers belges. Il rejoindra les antifranquistes en Espagne en 1937, puis la résistance pendant la guerre. Il sera metteur en scène et scénographe dans différents théâtres, pour la jeunesse à l’Agiprop. Il se tourne ensuite vers la télévision flamande. En 1955, il réalise Klinkaart, dénonçant le droit de cuissage dans une briqueterie. Scandale en Belgique, succès à l’étranger. Plus tard Meyer reçoit de l’Instruction publique la commande d’un court-métrage propagandiste sur l’adaptation "réussie" des enfants d’ouvriers immigrés : "Déjà s’envole la fleur maigre" devient un long métrage de fiction fort expérimentale dans sa réalisation qui tend vers l’universalité sans travestir les faits. A peine sorti, malgré une reconnaissance (inter)nationale, le film est remis dans sa boîte par les autorités. Accusé de détournement de "biens publics", Paul Meyer devra rembourser toute sa vie. Suite au triomphe en 1994 de La Fleur Maigre sorti en France, Meyer termine son ultime scénario de long métrage avec sa compagne, Anne Michotte (aussi notre invitée), et commence à tourner "La mémoire aux alouettes" en 2000. Mais le tournage est interrompu aux deux tiers pour de fâcheuses questions de production. Cependant, un espoir persiste à ce qu’il reprenne... En attendant, bienvenue au Nova, Monsieur Meyer !*



Paul Meyer, 1959, 35mn, vo st fr, 85'

Chronique d’une journée de la vie de mineurs immigrés, vécue au travers de l’arrivée d’une famille sicilienne dans le Pays Noir, le Borinage, que Dominico, "l’ancien" de la communauté, veut quitter. Alternant instants de joie et d’amertume, parsemé de touches cocasses, "Déjà s’envole la fleur maigre" reste l’un des témoignages les plus poignant de la culture ouvrière et d’une région en déclin, à l’image du titre emprunté à un poème de Salvatore Quasimodo. Acclamé entre-autre par les principaux tenants du néoréalisme italien, le film de Meyer ne connaîtra pas de distribution, censuré par son commanditaire : l’Etat belge.

En présence de Paul Meyer

16.03 > 22:00


*Klinkaart (La Briqueterie)
Paul Meyer, B 1956, 35mm, vo nl st fr / nl ov fr ond, 22’*
Véritable phamphlet social, Klinkaart dénonce les abus sur une jeune apprentie de 13 ans dans une briqueterie de la fin du 19è siècle. Une fiction aux accents documentaires dont la tension n’a pas faibli jusqu’à aujourd’hui.

+ Le Circuit de la Mort

Paul Meyer, 1961, video, vo fr , 14'

Ce document réalisé pour une émission de la télévision nationale (francophone) présente avec finesse la consternation des ouvriers et l’optimisme forcé de représentants de l’autorité suite aux fermetures des charbonnages.

+ Ce pain quotidien : Juan Jimenez

Paul Meyer, 1963, 16mm, vo fr , 22'

Un film oublié dont même Paul Meyer ne se souvient. Lié à la série télévisée "Ce pain quotidien" qu’il réalisa entre 1962 et 1966, sa durée intrigue le réalisateur qui a bien voulu découvrir son contenu en même temps que le public. Et ce grâce à la complicité de la Cinémathèque belge qui nous a proposé de restaurer la bobine double bande, unique, qu’elle détient et d’en tirer une copie avec son optique !
(http://www.cinematheque.be )

En présence de Paul Meyer

17.03 > 18:30


Les deux grands cinéastes invités ont participé récemment à des projets de bande-dessinée en rapport direct avec leur cinema ! "Un Homme est Mort" (ed. Futuropolis, octobre 2006), co-scénarisé par les français Kris et Etienne Davodeau (ce dernier aussi au dessin), revient sur le passé de René Vautier invité en 1950 par le syndicat CGT à filmer la lutte des ouvriers des chantiers de reconstruction de Brest. Suite à la mort par balle policière d’un des leurs, Edouard Mazé, le jeune cinéaste réalisera un film à sa mémoire, qu’il projettera sur tous les sites de grève, si bien que l’unique copie se retrouve désagrégée... Kris nous exposera le processus de renaissance d’un film disparu sous forme d’un récit dessiné racontant sa réalisation. Quant à Merkeke, dessinateur bruxellois qui aura déjà collaboré avec un scénariste-cinéaste belge, Philippe De Pierpont, pour "Le Sablier" (ed. Pyramides, mai 2000), il nous expliquera son adaptation spécifique du scénario de Paul Meyer et de Anne Michotte "La mémoire aux alouettes". Entamé en 2000, et, toujours sans éditeur, le projet est en train d’être mis en planches. En deux mots, c’est l’histoire de Toni Santocono, fils d’immigré italien vivant en Belgique et romancier ("Rue des Italiens", "Dinddra", Ed. du Cerisier) qui, afin d’écrire une pièce de théâtre, se lance dans une vaste enquête sur l’immigration, les charbonnages, la catastrophe de Marcinelle et ses suites. Nino Seviroli, vivant en Sicile, aidera aux investigations et montera la pièce.

Cette rencontre unique sera animée par l’auteur de bande-dessinée David Vandermeulen (Fritz Haber, Ed. Delcourt 2005) et Emmanuel Massart, animateur principal de l’asbl Desimages qui devrait aussi acceuillir René Vautier le lendemain à Liège. (http://www.desimages.be/ - où se trouve en plus un long entretien avec Paul Meyer !)

17.03 > 20:00


Une dizaine de planches de l’adaptation du scénario "La mémoire aux alouettes" de Paul Meyer et Anne Michotte seront exposées, histoire de rendre compte d’un travail hors norme puisque le dernier découpage de Merkeke atteindrait près de 400 pages ! Mais aussi des photos de repérages en Italie, au Borinage, de sa rencontre avec les protagonistes du film et de tournage au Bois du Cazier.

15.03 > 18.03 [Foyer]

15.03 > 19:00


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