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Quelques grèves au cinéma...

*A travers trois récits de conflits sociaux qui n’ont pour point commun que leur transcription cinématographique, on va toucher ici aux sources et aux limites du fonctionnement de la démocratie représentative. Il faut réapprendre les sens de la grève. Qu’elle mène à la démocratie directe, aux acquis sociaux, au bienveillant consensus ou à la trahison et la résignation, penchons-nous un instant, sans exotisme, vers ce qui affecte directement nos vies. C’est ce que propose le Nova avec ces quelques documentaires et des rencontres, qui permettent, au delà des projections, de palper l’expérience et de mesurer les enjeux des films. Comme "Grèves à la chaîne", victime d’un véritable blocus consensuel, même auprès des festivals, qui a donné lieu à un réel combat pour trouver des espaces de diffusion. Comme "LIP", qui nous rappelle qu’il y a beaucoup à apprendre des luttes ouvrières d’un passé pas si lointain et qu’on a trop souvent tendance à ignorer ou à rejeter au nom d’une époque qui serait révolue...
De la représentation des conflits sociaux à la télévision et au cinéma, aux processus de diffusion (ou de censure) d’oeuvres qui remettent en cause la démocratie et le pouvoir, les débats sont ouverts. Au travers des parcours singuliers de cinéastes dont la traversée des conflits sociaux en tant que témoins actifs et "passeurs", donne une lucidité et un recul précieux.*

En collaboration avec Le P’tit Ciné / Regards sur le travail.
http://www.leptitcine.be
http://www.regardssurletravail.be



1969, 16mm, vo fr 38'

"L’épreuve de force" est un petit film pédagogique à l’usage des militants, qui promet d’être instructif et surprenant. Sous-titré "Techniques de la grève", il nous emmène à la découverte de différents moyens d’organiser une opposition efficace au patronat. Tourné au lendemain de mai 68, il va sans dire que l’on sera loin de l’habituel compromis actuellement consentis par une majorité de syndicats... Projection unique et gratuite. Qu’on se le dise, camarades !

[ GRATUIT ]

08.12 > 19:00


Christian Rouaud, 2006, video, vo , 118'

"Les LIP, l’imagination au pouvoir" donne à voir et à entendre les hommes et les femmes qui ont mené la grève ouvrière la plus emblématique de l’après 1968, celle des usines horlogères LIP à Besançon. Un mouvement de lutte incroyable qui a duré plusieurs années, mobilisé des foules entières en France et en Europe, multiplié les actions illégales sans céder à la tentation de la violence, porté la démocratie directe et l’imagination à incandescence. C’est possible, les "Lip" l’ont fait ! "Je ne connais pas d’autre exemple, au niveau des luttes ouvrières ou même des luttes tout court, où l’on ait fait preuve d’autant d’imagination. On a toujours su trouver le truc, non seulement qui fait rire, mais qui permet aussi de défataliser l’évènement, s’il est un peu trop lourd", se rappelle un des anciens ouvriers membres du Comité d’action de Lip. Le film retrace leur épopée, à travers des récits entrecroisés, des portraits, des archives. Une histoire collective qui est restée dans la mémoire des trente dernières années comme un sommet d’action syndicale et politique en Europe.
"De la réflexion naît l’action", dit le proverbe. Pour Christian Rouaud, "chaque moment de la lutte des Lip est la démonstration que cette relation-là est plus dialectique qu’il n’y paraît, et qu’elle réserve de belles surprises à ceux qui osent prendre le risque de faire bouger les choses. Tracer ces portraits, c’est aussi essayer de comprendre ce qui a poussé ces gens comme vous et moi à se lancer dans une lutte collective radicale, et puis faire résonner les modes de réflexion, d’intervention, d’organisation d’il y a 30 ans aux oreilles d’aujourd’hui, car je suis convaincu que cette histoire, pour de nombreuses raisons, nous parle de nous, ici et maintenant".
Le réalisateur a toujours imaginé faire un film qui soit projeté dans les cinémas. "J’ai pensé qu’il avait besoin du coude à coude et des frissons d’une salle obscure pour trouver son espace. Cette histoire collective appelle une écoute et un regard partagés. Elle veut qu’on soit là, ensemble. A cette condition, elle pourra évoquer des questions qui n’en finissent pas de se poser à nous, qu’on le veuille ou non : la démocratie, la solidarité, la lutte pour la justice, la capacité de vivre ensemble. De grands mots, sans doute, mais dont on a sans cesse besoin de retrouver le sens, de se les réapproprier. Peut-on parler de rêverie politique ? J’aimerais que cette incongruité traverse le film. Lip c’est la poursuite d’un rêve collectif. Une histoire portée par un souffle épique, mais aussi par le désir de mettre en acte des idées, après les avoir malaxées ensemble, avec l’évident plaisir d’inventer" (Christian Rouaud).

Suivi d’une rencontre avec Christian Rouaud, réalisateur, et Raymond Burgy, ancien ouvrier de Lip.

http://www.liplefilm.com/

[ 5 / 3,5 EURO ]

08.12 > 20:00


Ken Loach, 1984, video, vo st fr, 53'

A Tony Blair, qui déclarait au Congrès travailliste de 1996 : "Les patrons contre les travailleurs, c’est terminé. Nous sommes tous du même côté...", les dockers de Liverpool en lutte répondaient : "Whose side are you on, Tony Blair ?" (De quel côté êtes-vous, Tony Blair ?). Ils reprenaient ainsi le titre du film télévisé réalisé douze ans plus tôt par un Ken Loach en colère contre la politique néo-libérale dévastatrice de Mme Thatcher. Superbement photographié par Chris Menges, le film capte la fureur et le désarroi de tous ces broyés de la "main invisible", jetés après usage comme de vulgaires surplus. La grève des mineurs du Nord, la plus longue que le pays ait connue, se dit à travers les poèmes, chansons, caricatures, sketches, distillés tout au long du film, que ces hommes et de ces femmes ont créés pour exprimer leur solidarité et leur souffrance face à la perte de leur industrie et de leurs ressources. L’art comme opposant à la mécanique libérale organisée par la main de fer thatchérienne. L’art comme testament d’un sentiment de classe matraqué à mort par la police, qui finit par inonder le village ouvrier de sa violence stupéfiante, symbole de l’attitude insultante du gouvernement londonien qui préfère abandonner le "petit peuple" au profit de grandes entreprises. Produits pour la télévision britannique, celle-ci refusa d’abord de programmer le document en raison de son "highly partial view on a controversial subject". Loach filme "du côté" des mineurs en grève. A l’époque, les médias anglais présentaient les mineurs comme de dangereux irresponsables, et accusaient leur leader Arthur Scargill d’avoir reçu de l’argent de Moscou - accusation qui se révéla par la suite sans fondement. Bien entendu, la diffusion en fut retardée. Elle n’eut lieu qu’en janvier 1985, alors que la grève était moribonde.

[ 3,5 / 2,5 EURO ]

09.12 > 18:00


Thierry Nouel, 2006, video, vo fr , 95'

Démocratie et télévision, nous sommes tous concernés ! Ce documentaire raconte deux grèves, à cinq ans d’intervalle, dans un service (encore) public, France 3. Thierry Nouel étant lui même monteur à la chaîne, filme de l’intérieur, il navigue finement, sans esprit militant, entre l’émotionnel et l’analyse "pour suivre un conflit social au sein d’une entreprise de communication, interroger les dérèglements du mandat syndical, souligner les errements du journalisme et les étrangetés dans la circulation de l’information".
La première grève de 1997 se solde par une trahison : les représentants syndicaux signent le protocole d’accord, contre l’avis de leur base. Cinq ans plus tard, la grève recommence, les revendications sont à peu près les mêmes, les employés s’inquiètent de leur devenir, face à une direction qui réduit petit à petit leur autonomie, leurs moyens, le temps de la réflexion. Mais tout a changé. "Les instances paritaires se délitent, et on observe seulement une révolte sourde et obstinée contre des pouvoirs arrogants qui défont discrètement le service public, 22 jours qui sont un cri réclamant un autre mode de rapports sociaux et de lutte, qui disent le besoin de nouvelles solidarités", rapporte Nouel. En 2002, les représentants syndicaux de 97 sont presque tous devenus cadres. Depuis les coursives qui composent l’espace des nouveaux locaux de France Télévision, ils observent les tergiversations de leurs anciens collègues, sans plus s’en mêler.
Le spectacle est théâtral : au centre du bâtiment, au niveau le plus bas, la petite assemblée d’irréductibles débat, sous les yeux (un peu gênés) de ceux qui, sur le trajet d’un bureau à l’autre ou d’un étage à l’autre, s’arrêtent un instant pour regarder. La scène est inondée de lumière, accessible à tous les regards. En ces lieux, l’architecture devient complice du mensonge, la transparence (bâtiment en vitre, pas de séparation entre les différents niveaux) s’affiche pour mieux occulter les rouages obscurs des mécanismes de ceux qui se partagent le pouvoir. La première grève avait fait l’objet d’un suivi médiatique intense. Ce n’est plus le cas en 2002. Que s’est-il passé dans l’intervalle ?
Le regard affûté de Thierry Nouel soulève bien plus de question qu’il n’en a l’air, des questions "qui ont des effets sur nos vies" d’où, certainement, la crainte des diffuseurs de le rendre accessible au public.

Suivi d’un débat avec Thierry Nouel, réalisateur, et Mateo Alaluf, docteur en sciences sociales et professeur à l’Insitut des sciences du travail de l’Université libre de Bruxelles (il a publié, entre autres, le "Dictionnaire du prêt-à-penser" en 2000 et "Changer la société sans prendre le pouvoir - Syndicalisme d’action directe et renardisme en Belgique" en 2005).

[ 5 / 3,5 EURO ]

09.12 > 20:00


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prog: 1035
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