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Avant premières

Nimrod Antal, 2003, 35mm, vo st fr, 106'

Bulcsu n’a pas mis les pieds hors du métro depuis des semaines, des mois, peut-être même des années. Avec son équipe de contrôleurs, il y affronte les mauvais payeurs, récalcitrants peu commodes qui lui donnent bien du fil à retorde, n’hésitant pas à sortir la lame ou la faconde. Mais ce n’est pas tout : une enquête est ouverte depuis que les "suicidés" s’enchaînent sous les rames à une fréquence trop suspecte. Pour résister à toute cette tension, cultivée aussi entre les équipes de contrôleurs qui n’hésitent pas à se faire des coups bas, il faut un sacré humour noir, une bonne dose d’absence d’amour-propre, ou la découverte d’une douce fée, qui elle, bien entendu, ne paie jamais son ticket. Introduit par un face-caméra du responsable des métros hongrois qui explique au public pourquoi il a autorisé le tournage du film, "Kontroll" est une plongée sarcastique et angoissante dans le milieu underground des métros. On peut aussi y voir en fililgrane le portrait d’une Hongrie en pleine transition, entre le communisme et le capitalisme.

11.03 > 20:30 + 12.03 > 18:30


Hellavator

Gusher No Binds Me

Hiroki Yamaguchi, 2004, video, vo st ang, 97'

Dans un monde tout en profondeur, où les villes divisées en secteurs s’empilent les unes aux autres, une cigarette provoque un incendie au -138e étage. Les habitants sont en état de choc. Des images du sinistre filmée par une des nombreuses caméras de surveillance, et retransmises pendant son interrogatoire, semblent accabler Luchino Fujisaki. Ce jour-là, cette collégienne tentait se rendre à l’école après une longue absence. Pour rejoindre son établissement, le convoi-ascenseur a dû traverser une quantité d’étage-monde, chacun destiné à une fonction du système urbain. Le monte-charge est actionné par une conductrice robotisée, il se remplit et se désemplit d’énergumènes : un troupeau d’humains, un enfant et son étrange animal, un homme en complet-veston, un gars en blouson, une mère-nourricière, etc. Au -99e étage, la colonie pénitentiaire, un policier à tendance sadique charge deux détenus. Dans la cabine, l’espace tourne au huis-clos traumatique. Accrochez-vous bien. Pour ce second long métrage, Hiroki Yamaguchi foisonne de propositions auditives et visuelles. Pour construire le décor, ce jeune réalisateur prend le pari de la récup’, et, secondé par une équipe d’étudiants volontaires et d’un chef opérateur, réalise un manga puissant, tour à tour thriller, film d’anticipation, et de politique-fiction.

12.03 > 20:30 + 13.03 > 18:30


Tetsuya Nakashima, 2004, 35mm, vo st fr, 100'

Dans un patelin proche de Tokyo, Momoko assouvit sa passion de la mode ’Lolita’. Impassible face aux péripéties de son ex-yakusa de père, à ses cours, ou aux autres filles de son âge, elle traverse les évènements poursuivie par son unique obsession : l’admiration des robes et du style rococco, à l’époque de Versailles... Jusqu’au moment où arrive l’inimitable Ishiko, chewing-gum en bouche, masculine, brusque et vulgaire. Une "Yankee", membre du club des Poney Tails, groupe de motardes interdit aux hommes. En s’appuyant sur ce double phénomène de mode au Japon, dont les images "fashion" traversent les frontières, et en intégrant deux stars japonaises (Momoko est jouée par Kyoko Fukada, idôle de la scène pop ; et Ishiko par Anna Tsuchiya, icône de la scène rock), Tetsuya Nakashima vise le film culte. Le film propose un panaché d’aventures adolescentes, de road movie ainsi que de journal intime, et intègre des séquences animées. La réalisation mêle ironie et saveur du kitsch, tout en débouchant sur une fin surprenante, entre légende et réalisme.

13.03 > 20:30 + 14.03 > 22:30


Pierre Vinour, 2004, 35mm, vo fr , 89'

Face au soleil couchant de la dernière heure, le ministre Perreyval porte un revolver à sa tempe. Il interrompt finalement son geste, mais son destin le rattrape. Prêt à regagner sa voiture, une pluie de météorites s’abat sur lui, et le plonge dans le coma. Au réveil, sur son lit d’hôpital, Perreyval n’est plus le même. Décidé à changer le cours de sa vie, et de sa carrière, il se réfugie dans la ferme paternelle délabrée. En proie à des hallucinations que l’on ne voit pas, le ministre est confronté à son passé. La noirceur du personnage, interprété par Philippe Nahon (acteur révélé dans "Seul contre tous" de Gaspard Noé) contraste avec la fragilié de son délire. Les images de son environnement deviennent un indicateur de l’état du personnage. Rapidement, un déploiement fantastique et singulier naît de l’alternance entre les plans de la nature filmés en super 8, impressionistes, éclatants de couleurs, et la froideur minimaliste, télévisuelle, de l’hôpital et du ministère filmés en DV. Pierre Vinour s’appuie ici sur des partis-pris économiques et innovateurs, négligeant les effets spéciaux à la faveur de la suggestion sensitive. Dans la continuité de son précédent court-métrage, ces errances mémorielles permettent au réalisateur de poursuivre sa plongée au tréfonds des limites sensorielles qui subsistent entre l’abstrait et le concret.

14.03 > 20:30 + 15.03 > 18:30


Heitor Dhalia, 2003, 35mm, vo st ang, 83'

Pour son premier long métrage, le réalisateur semble se heurter à la complexité de l’adapation. Inspiré de "Crimes et Châtiments", "Nina" est transposé à Sao Paulo. Hormis l’amorce du film, le récit n’exploite guère sa prestigieuse référence. ’Nina’ est l’histoire d’une jeune fille qui bute sur l’hostilité de la métropole, devenue un espace de consommation sur lequel elle n’a pas de prise. Elle expérimente des états seconds dans les soirées techno, cherche à gagner quelques ronds et se heurte durement à la réalité tangible de son quotidien. L’avarice et la pression constante de sa vieille logeuse, avec qui elle partage l’appartement austère, l’empêchent de trouver un seul instant de répit. Nina se sent impuissante et acculée, seule dans un monde où elle ne peut trouver sa place. Son unique refuge est sa passion du dessin, qui est aussi une forme d’exorcisation de tous ses malheurs. Commandés à Lourenço Mutarelli, dessinateur brésilien, ces dessins noirs, ainsi que le travail de la photographie, donnent son atmosphère à un film qui a cependant du mal à garder toute sa cohérence. Quelques scènes sortent bien de l’ordinaire, mais paraissent insuffisament développées pour nous en faire oublier les limites de l’ensemble du film. L’interprétation sans faille de la logeuse vénale revient à Miriam Muniz, fameuse comédienne brésilienne.

15.03 > 20:30 + 16.03 > 18:30


T.O.L., 2002, 35mm, vo st fr, 92'

Meguro City, 2010, un cauchemar tient éveillé les jeunes chatons, tandis qu’une déesse semble renaître de ses cendres. Tamala, jeune chatte adoptée et indisciplinée, mignonne et vulgaire, quitte le confort de sa vie de luxe et vole à la recherche de ses origines. Elle est contrainte d’atterrir sur la planète Q, réputée mal famée, où les dangers la guettentŠ Le spectateur suit les péripéties qui entraînent l’héroïne dans cet univers abondant de consommation et de communication, de sa rencontre avec un jeune chat à celle d’un revenant maoiste, vers une étrange résolution de sa quête identitaire. Présenté comme le premier opus d’une trilogie, qui se veut une dénonciation des procédés capitalistes, "Tamala 2010" est basé sur un enchevêtrement complexe d’époques et de lieux. A l’exception de quelques très belles scènes en 3D, l’animation est construite sur la bonne vieille méthode 2D, avec un design aux angles arrondis, rappelant l’esthétique du label "Kitty & Co". Le collectif Trees Of Life propose ici une décapante b.o., qui va de l’électronique à des consonances punk.

16.03 > 20:30 + 17.03 > 18:30


Song II-gon, 2004, 35mm, vo st ang, 118'

Kang Min est présentateur d’un programme télé sur les phénomènes "para-normaux". A son réveil d’un coma de 14 jours, il ne parvient pas à recouvrer totalement la mémoire. Seul le souvenir d’un couple mutilé remonte à la surface de sa conscience. Le détective Choi, son seul ami, enquête alors sur les dires de Kang et découvre deux cadavres dans une maison isolée au milieu de la "Fôret des Araignées". Les victimes s’avèrent être le supérieur et la femme de Kang. Ce dernier devient alors le principal suspect. Tour à tour, Kang et Choi pénètrent plus profondément dans l’univers de cette forêt maudite, où selon la légende, les âmes des morts prennent la forme d’araignées, attendant que l’on se souviennent d’eux une dernière fois. Avec "La Forêt des Araignées", qui baigne dans la toile culturelle nipponne, Song II-gon nous questionne sur la dimension émotionnelle et fragile qui compose l’homme.

18.03 > 20:30 + 19.03 > 18:30


A Place on Earth

Mesto na Zemle

Artur Aristakisian, 2001, 35mm, vo st ang, 126'

Une jeune clocharde, malade et à bout de force, est acceptée dans une communauté qui squatte une maison bourgeoise en ruine. Elle sera le témoin, davantage que l"actrice, des efforts de ses nouveaux compagnons pour trouver leur équilibre dans un monde - le Moscou d’aujourd’hui - où plus aucun repère ne semble exister. Un jour, la police fait irruption dans les lieux pour récupérer un enfant et renvoie tout le monde à la rue. A priori, rien d"extraordinaire là-dedans, mais il y a la manière. Et l"on vous prie de croire que celle d"Aristakisian n"a pas grand-chose à voir avec le misérabilisme ordinaire. Il parvient si bien à nous convaincre de la normalité de ce qu"il décrit, que lorsqu"il sort de la maison pour nous replonger dans le Moscou de tous les jours, nous avons l"impression de tomber sur une autre planète. Après quatre ans de tournage et deux ans de combat pour faire accepter sa vision au producteur, ’A Place on Earth’ ne laisse pas indifférent. La claustrophobie du cadre y est poussée jusqu’à l’oubli, l’errance y devient aussi celle du spectateur. Etrange et puissant, ce film est un coup de coeur, différent comme peu de films savent l’être, venant perturber l’ordre du panthéon officiel du 7ème art.

19.03 > 20:30 + 20.03 > 18:30


Pierre Trividic, 2002, 35mm, vo fr st ang, 90'

Film étrange et parano-schizo, marqué par un profond pessimisme, "Dancing" risque une adaptation du "Horla" de Maupassant. Un couple vit retiré dans une demeure en Normandie dans un dancing désaffecté, rythmé de repas frugal et de télévision allumée. L’un est écrivain et fils du pays, l’autre conçoit une installation et s’interroge sur ses propres attaches. Un jour, ce dernier tombe sur la photo de deux clowns. Des replis de son imaginaire, il projette un frère jumeau. Son double, son trouble, se niche quelque part, dans un recoin obscur, souterrain, jusqu’à ce qu’il fasse irruption dans le quotidien. C’est alors que l’angoisse atteint son paroxysme. Encore faut-il laisser le récit déployer tous les éléments de l’intrigue. "Dancing" s’achemine lentement vers son dénouement : la phobie n’est-elle pas proprement imaginaire, se passant de tous les effets spéciaux du genre ?
On pourrait penser que ce film est fait de bout de ficelles, mais la combinaison de différents supports et techniques audio-visuels suggère plusieurs lectures et interrogations sur le processus même de la création. Les auteurs-réalisateurs n’en sont pas à leur première invention, le moyen métrage "Ceci est une pipe" avait été projeté en mai 2003 au "Pink Screen", festival gay & lesbien qui prend ses quartiers de printemps au cinéma Nova depuis maintenant trois ans.

20.03 > 20:30 + 21.03 > 22:30


Katsuhito Ishii, 2004, 35mm, vo st ang, 143'

Dans un village perdu au milieu des montagnes, la famille Haruno vit au milieu des cerisiers en fleur. Les adultes y sont encore des enfants, et les enfants y luttent contre leurs phantasmes. La petite Sachiko est persuadée qu’elle échappera à son double géant en réussissant un tour complet sur la barre fixe. Hajime, son aîné, est amoureux et tente de vaincre sa timidité. L’oncle vit des rencontres tellement improbables que tous sont persuadés qu’il les invente. La mère est animatrice de mangas, tout comme le grand-père, qui ne manque pas de lui faire la démonstration de son savoir-faire. Le père pratique l’hypnose en famille, etc. Avec "The Taste of Tea", Katushito Ishii, spécialiste dans la réalisation de mangas (dont une participation à "Kill Bill 1"), change de registre, plus proche cette fois des films familiaux de Takeshi Miike ou de Kitano. Le réalisme poétique des saynettes qui se succèdent est ponctué par l’intrusion d’animations suprenantes, qui renforcent le potentiel poétique du film, tel ce train qui sort du front du jeune Hajime, en route vers son amour impossibleŠ Le résultat dégage le portrait d’une famille très particulière, habile amalgame de culture pop et de manga, chargé de bonne humeur et de poésie.

21.03 > 20:00 + 22.03 > 22:30


David Jarab, 2004, 35mm, vo st ang, 100'

De jeunes aristocrates reviennent dans le domaine paternel, perdu dans la campagne tchèque. Le lieu, austère, paraît issu du fond des âges, et baigne dans une atmosphère malsaine, tout comme l’étrange majordome familial resté avec son fils pour garder les lieux. Derrière ce retour aux origines plane un mystère : les descendants veulent organiser une chasse, dont, apparemment, le patriarche décédé était féru. Leurs recherches dans les carnets de bord et ’armes’ du vieux se chargent d’une sourde inquiétude, sans que l’on parvienne à concevoir ce qui rend cette chasse si inquiétanteŠ Vaterland est une métaphore jouée sur le ton du film de genre, que l’on situerait entre Jodorowsky et Cannibal HolocaustŠ Le film confronte la civilisation à la légende, et aux désirs incontrôlables, avec cette absence de limite propre au surréalisme. La mise en scène vise un certain décalage, les acteurs campent des caricatures et la séquence de chasse fait remonter à la surface l’image enfouie des casques blancs coloniaux.

25.03 > 20:30 + 26.03 > 18:30


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