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Palestinout

Après deux programmations dont la densité et la qualité ont permis d"éprouver longuement notre regard sur les réalités proche-orientales (« PalestIN/OUT » au moment où démarrait la seconde Intifada en 2000, puis « So Far So Near » sur le Proche-Orient en 2003), le Nova revient sur le sujet avec trois films et des rencontres autour de Palestine-Israël, qui ne se présenteront pas comme un inventaire d"impuissance, bien au contraire. Si les armes du théâtre « Guerra »), de la littérature (« Ecrivains des frontières ») et de la mémoire (« Route 181 ») s"emparent des images, souhaitons qu"elles débordent du cadre et impulsent une force d"interprétation, car « lorsque le pouvoir prend pour objet la vie, la vie devient résistance au pouvoir »...



« La « route 181 » suit les frontières de la résolution n°181 adoptée par les Nations-Unies le 29 novembre 1947. Cette résolution prévoyait la partition de la Palestine en deux Etats, l"un juif, l"autre arabe. Selon ses termes, 56% du territoire étaient attribués à la minorité juive, tandis que 43% à la majorité arabe et, au centre, une zone
internationale. Cette frontière théorique qui se présentait comme une « solution » a entraîné la première guerre israélo-arabe et un conflit dont on ne voit toujours pas la fin... »
Avec « Route181 », la géographie, qui sert d"abord à faire la guerre (Lacoste) déjoue l"histoire en permanence, à moins que ce ne soit l"inverse. 181 rappelle la première résolution adoptée par l"ONU, censée partager le territoire entre les peuples palestinien et israélien. Quant à la route, chemin asphalté ou simple piste empruntée par les réalisateurs Eyal Sivan et Michel Khleifi (auteurs respectivement de « Israland » et « Noces en Galilée »), elle suit le tracé de ce partage. Du Sud au Nord en passant par le centre, des mémoires héritées et des histoires enseignées défilent sous nos yeux. Comment embrasser quelques trois générations, traverser 55 ans de désirs, d"amertumes, de peurs et de deuils, et pénétrer l"épaisseur des vies passées, présentes et à venir sans prendre le temps nécessaire ? La longueur du film contribue ainsi à comprendre l"ampleur des contradictions et des enjeux que les peuples natifs et naturalisés de cette région vivent au quotidien. Au terme de ce long voyage, la nécessité de chercher à vivre autrement que dans la crainte et la souffrance se pose manifestement.
« Michel Khleifi et Eyal Sivan ont voulu arpenter leur terre ensemble, entendre avec l"oreille de l"autre et s"approcher, chacun grâce à l"autre, de ceux que la crainte sépare. Comprendre. Faire la part du voulu et du subi. Distinguer les rêves des hommes et les dossiers politiques. Entendre dire ce que l"on voulait oublier. Se nommer en écoutant l"autre. C"est en cela que ce voyage à la recherche d"une paix possible et d"une vie ensemble est pour tous initiatique. Ce voyage est aussi une leçon d"humanité et de tolérance. Prêter l"oreille aux mots de l"autre. Dire ce qu"on ne formule jamais. S"obliger à regarder et à admettre. Partager les mémoires. Nommer le désir de vivre et de construire. »

http://www.momento-production.com/route-181-fr/

04.07 > 18:00


Ecume de mots telle la colère au bout du stylo. Des images de Palestine, on en voit tant, des images de soldats suffisants, de femmes impuissantes, de décombres, des images de terrains en friches et retournés. Quels sens donner à cette destruction martiale, et comment trouver encore des mots justes pour traduire l"injustice de cette guerre qu"on ne sait même plus comment définir ? En mars 2002, une délégation d"écrivains de renom et d"engagement* se rend en terres palestiniennes pour soutenir et rencontrer l"écrivain-poète Mahmoud Darwish, captif à Ramallah. Samir Abdallah et José Reynès les accompagnent et tournent des images qui sont tantôt des sursauts de résistance, tantôt le reflet de l"éclatement du quotidien. L"objet cinématographique qui en résulte donne à voir le langage et l"écriture de ces hommes de lettres ; chacun inventant un procédé littéraire pour témoigner, restituer le sens là où lŒétat de guerre détruit jusqu"à l"histoire d"hier. Deux jours après le passage de la délégation, la salle de théâtre qui avait réuni ces écrivains et un large public est rasée par l"armée...
Les dix langues qui alimentent le récit de ce film sont autant de sources de raisonnements lucides, quelque fois poétiques et cruels, sur l"état de cette région qui prend ainsi place au coeur du monde. L"histoire d"un peuple sans chapitre, le vide géographique et l"incessante menace sont ici battus en brèche pour exprimer l"impasse de cette occupation et les finalités mortifères de la colonisation. Ce film nous invite également à reconnaître la résistance qu"il nous faut mener contre la paresse intellectuelle, l"isolement et le « bouclage rhétorique » (Christian Salmon) que l"actualité médiatique nous impose. Il le fait avec une intelligence sensible qui ne veut susciter ni la fureur ni le chantage affectif.

*l"Américain Russell Banks, le Sud-Africain Breyten Breytenbach, l"Italien Vincenzo Consolo, le Chinois Bei Dao, l"Espagnol Juan Goytisolo, le Français Christian Salmon, le Portugais José Saramago, le Nigérian Wole Soyinka, accompagnés dans leur périple en Palestine et en Israël par Leila Shahid et Elias Sanbar.

http://www.ecrivainsdesfrontieres.org/

+ Rencontre : Samir Abdallah

02.07 > 21:00


Pippo Delbono, 2003, IT, video, vo it st fr, 61'

C"est en janvier 2003 que Pippo Delbono présente son spectacle de théâtre « Guerra » en Israël et Palestine. Il en revient avec presque cinquante heures de rushes tournés à Bethléem, Ramallah, Jérusalem, Nazareth, Haifa ; des images filmées dans ces théâtres où israéliens et palestiniens sont venus voir son spectacle, mais aussi et surtout des images de vie réelle prises dans les rues ; des annotations visuelles, des fragments d"émotion, des regards pris sur le vif... De retour de ce voyage, le spectacle devient alors un film, qui prend le même nom que celui du spectacle : « guerre ». Mais contrairement à ce que l"on pourrait penser ce documentaire n"est pas le récit de la tournée et n"a pas une linéarité classique. Il appartient plutôt à un registre de cinéma poétique, tissé autour d"images disparates mais qui toutes nous renvoient à « la condition humaine ». Pippo Delbono ne juge pas ce qu"il a vu et ressenti pendant son voyage en Israël et Palestine, mais ose porter un regard sur ces interstices de la réalité où se révèlent des conflits humains intérieurs. Une voix off ponctue tout le film. Delbono y livre des extraits du texte de son spectacle théâtral, inspiré par « L"Odyssée » d"Omère mais aussi par des propos comme ceux du sous-commandant Marcos ou de Che Guevara. « Les hommes se perdent dans la tentative de rechercher le centre de leur existence ; ils se perdent dans l"amour et la peur. Ce sont des êtres de guerre ». Controversé par certains en Italie, Pippo Delbono est néanmoins un des metteurs en scène de théâtre « importants » sur la scène italienne actuelle. « Guerra » est son premier film ; présenté en avant-première à la Mostra de Venise, il a par la suite raflé pas mal de prix dans des festivals de la péninsule...

11.07 > 19:00 + 15.07 > 21:00


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prog: 577
pos: aval