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Saucisson en tranches

CAS_5 articles dans la rubrique OUI

Objectif de la partie :

Vous êtes un pion, mais savez-vous dans quel jeu vous jouez ? Domino, Poker ? Jeu de l’oie ou de Dames ? Ping-pong ou Chaise musicale ? Loterie ? Face au communautarisme institutionnel bruxellois comme à la grande sectorialisation qui pèse sur les politiques culturelles, pourrez-vous mener à bien un projet transversal, hybride, "a-communautaire" ?
Vous serez gagnant (peut-être) quand vous aurez réussi à déjouer tous les obstacles qui vous seront tendus, mais surtout à comprendre les véritables règles du jeu et à les modifier. Attention : certains joueurs sont aussi vos arbitres.

Particularités du joueur :

Au départ, vous êtes classé dans une catégorie. Disons, "Audiovisuel". Mais les notions culturelles sont absentes des politiques audiovisuelles et les missions de type sociales, d’éducation permanente en ont disparu. Cette tendance à ne considérer l’audiovisuel que d’un point de vue économique, se généralise d’ailleurs à l’échelle européenne.
Pas de chance : votre projet comporte de nombreuses passerelles vers des disciplines telles la musique, la création sonore, l’urbanisme, la photo, les arts plastiques, les nouveaux média, la performanceŠ Pire : il comporte aussi des aspects de formation, d’engagement social et politiqueŠ
Vous êtes de ceux qui considérent la culture "comme vecteur de transversalité entre les différents champs de la vie, artificiellement stérilisés dans la société institutionnalisée" (1) ? Certains disent d’ailleurs de vous : "La transversalité fait primer la démarche sur l’outil. Le travail en réseau, le bénévolat ainsi que l’interdisciplinarité du lieu participent à cette création d’un cadre propice aux échanges de savoirs et de savoirs faires. Cette structure participative fait du Nova non pas un cinéma traditionnel où l’on consomme des films mais où chaque usager est potentiellement acteur". (2)
Trop atypique, c’est donc rarement dans la case "Audiovisuel" que vous serez soutenu. Mais comme on ne va tout de même pas vous tailler un décret sur mesure, à quelle sauce serez-vous mangé ?

Avertissement :

Vous pouvez déplorer que ce type d’action ne soit pas valorisée en Audiovisuel, mais allez-vous pour autant renoncer à la mener ? Faut-il formater votre projet selon les normes institutionnelles ou, au contraire, chercher à adapter les institutions aux pratiques culturelles ?
Vous choisissez la seconde option. Persister, résister, insister, tenter sa chance ailleurs. Et donc, toquer aux portes de toutes les institutions ayant des compétences culturelles. Ici, la partie ne fait que commencerŠ Se munir d’une paire de gants est vivement recommandé. Car les couloirs sont longs, les portes nombreuses et quand on ne correspond pas au profil-type de tel ou tel secteur, vous êtes gentiment prié d’aller frapper à côté. A gauche ou à droite ?

Prière de cocher la case adéquate !

La catégorie "inclassable" n’existant pas, on peut ainsi finir par faire le tour du bâtiment, voire s’y retrouver enfermé après l’heure de fermeture des bureauxŠCertaines portes s’ouvrent néanmoins à vous.
A sa création, le Nova a été soutenu par l’Echevinat de l’"Urbanisme". Depuis 3 ans, la COCOF subventionne le Nova en "Politique générale". La Région apporte un soutien très épisodique en "Image extérieure de Bruxelles". C’est au rayon "Culture" que les aides du VGC ou de la Ville de Bruxelles sont octroyées. Jusqu’il y a peu, les subsides de la Communauté flamande étaient obtenus en "Politique bruxelloise". La plus grande partie du soutien de la Communauté française provient, depuis 1999, de l’"Education permanente", ainsi que des "Affaires culturelles" depuis 2001.
Cependant, rien n’est jamais acquis et ces soutiens sont rarement octroyés pour plus d’une année. D’ici là, votre interlocuteur aura peut-être changé d’avis ou été remplacé. Le débat sur la case adéquate où vous ranger peut donc resurgir à tout instant. Surtout, ne perdez jamais votre calme.

Votre sexe, svp ?

Pour un projet un tant soi peu transversal, le cloisonnement de la culture peut devenir cauchemardesque quand il a pour cadre l’architecture institutionnelle kafkaïenne, unique au monde, de Bruxelles. "En plus des deux Communautés qui se partagent la gestion culturelle, la réforme de l’Etat y a créé deux Commissions communautaires qui opèrent la gestion culturelle également à partir d’un point de vue communautaire. Les autorités fédérales gardent le contrôle sur les institutions culturelles bicommunautaires, tandis que la Région de Bruxelles Capitale, via sa compétence "Image internationale de Bruxelles", joue un rôle indirect. Enfin, chacune des 19 communes de la Région dispose de compétences culturelles propres. Aucune réflexion commune ne relie ces administrations". (3) Et tout ça, rien que pour un million de personnes cohabitant sur un territoire grand comme un mouchoir de pocheŠ
Dans cette capitale où flotteront bientôt les drapeaux de 25 pays européens et où 40% de la population n’est ni francophone, ni flamande, tout projet culturel doit passer l’épreuve de l’appartenance communautaire. S’adressant à des politiciens, un artiste "Flamand" de Bruxelles, compara cette situation politique à d’autres types de ségrégations : "Dans l’avenir, je m’appliquerai, à chaque nouvelle rencontre politique, à me présenter de manière très explicite : bonjour je suis blanc, néerlandophone et de sexe masculin" (4). Il ajouta : "Oui, chers politiciens, on risque les pires ennuis quand, en tant qu’habitant de cette ville, on se fait l’ambassadeur de ce qu’elle est en réalité".
Et il ne s’agit là que d’une des multiples contradictions dont est faite la Région de Bruxelles-Capitale : "une des régions les plus riches de l’Union européenne et où pourtant près de 40% des ménages bruxellois habitent dans des quartiers défavorisés. Pour des raisons historiques, culturelles et politiques, Bruxelles est, plus que d’autres, une ville tout en segment et en fragments" (5).

Etes-vous "Bi" ou "Co" ?

Si le caractère international de votre projet ou la volonté d’affirmer une identité culturelle propre à Bruxelles, vous amènent à refuser d’être "l’ambassadeur" d’une Communauté, vous adoptez alors la position (peu confortable) du "bi-communautaire". Appelée par certains "co-communautaire", cette relation avec les différents pouvoirs publics ayant des compétences à Bruxelles serait plus opportunément qualifiée d’"a-communautaire".
Ce "no man’s land" institutionnel empêche la labellisation d’un projet du point de vue communautaire. Il bloque en même temps la possibilité d’une reconnaissance et d’obtenir des aides récurrentes. Il produit une plus grande précarité, une multiplication des demandes à introduire, une complication administrative et politique.
Mais c’est normal ! La Wallonie et la Flandre, qui établissent des coopérations culturelles avec des pays du monde entier, n’ont même pas passé un tel accord entre elles. AlorsŠ vouloir rassembler les deux Communautés autour de projets communs, à Bruxelles ! Il faut être un peu dingue, non ? Ou très naïfŠ Car cette posture, peu courante au niveau institutionnel, est souvent mal perçue par le monde politique. Les difficultés régulières d’une institution aussi renommée que le "KunstenFESTIVALdesArts" le prouvent. De ce point de vue, le Nova se trouve dans une situation comparableŠ le "prestige" en moins.

Baigner dans l’huileŠ

Les mois qui précèdent une échéance électorale ne sont pas favorables à tous les joueurs (par on ne sait quel hasard, vous ne vous retrouvez jamais dans la liste des "priorités"). Et si vous n’avez pas eu de petit cadeau en début d’année, les mois qui suivent les élections risquent d’amener leur lot de mauvaises surprises : que la couleur de la porte ait changé ou non, parfois, les caisses sont videsŠ Ne soyez pas blasé, il suffit de passer son tour et revenir toquer l’année prochaine. Mais attention : il y aura peut-être à nouveau des élections.

Ou mijoter dans la friture ?

Ainsi, les premières années de votre parcours recèlent leur lot de dossiers "par projet". On ne vous soutient que du bout des lèvres. Projets par-ci, projets par-là, bref, des dossiers toute l’année ! C’est normal, il faut démontrer que vous êtes corriace.
Depuis cinq ans, vous cherchez à inscrire le soutien des institutions publiques dans une logique de plus grande stabilité : il s’agit d’obtenir des subsides pour l’ensemble ou une partie des activités en sortant de la logique unique du projet. Et si possible, de les inscrire dans une perspective de moyen terme, comme des conventions pluri-annuelles le permettent.
Exemple : le Nova bénéficiait depuis 1999 d’une aide en Education permanente et, depuis 2001, d’un soutien en Culture. Les services de l’Administration, regrettant que leur Institution "investisse si peu" dans votre association "eu égard à la place qu"elle occupe dans la Région de Bruxelles-Capitale", avaient imaginé la solution de lier ces subventions dans une même convention.
Une solution ? Soyez patient, la procédure peut tarder à aboutirŠ C’est normal : il y a des inspecteurs à rencontrer, des comités d’accompagnement à réunir, des dossiers à remettre, des évaluations à réaliserŠ Et puis, rassembler plusieurs secteurs d’une même administration autour d’un même projet, c’est compliqué. D’autant que les compétences sont parfois éclatées entre plusieurs Ministres.

Retour Case Départ

Trois ans de procédure se sont donc écoulés, mais en bout de course tous les avis sont positifs. Quand il arrive chez le Ministre de la Culture, votre dossier est en béton. Et quelle n’est pas votre satisfaction en voyant finalement la convention intersectorielle arriver dans sa grande enveloppe ministérielle ! Sauf qu’une fois ouverte, une petite surprise vous y attend. Le Ministre vous y confirme bien la nécessité d’élargir le champ et le volume d’activités à soutenirŠ mais il annonce simultanément qu’il vous retire la moitié de ses subventions ! Vous ramenant ainsi au niveau auquel vous étiez en 1999. Motif officiel ? Aucun. Votre naïveté en prend un coup.
Dans un même geste, l’Institution veut donc vous confier davantage de missions tout en réduisant de moitié son soutien financier. La manoeuvre est rusée. Vous vous questionnez : pourquoi pénaliser une association soutenue depuis plusieurs années, alors que les résultats de son action sont évalués positivement ? Le cas de figure n’était pas prévu dans les règles du jeuŠ Comment interpréter la décision de ce Ministre, contraire aux discussions menées depuis 3 ans avec son Administration ? Subissez-vous "simplement" les conséquences d’une année électorale ? Ou êtes-vous "seulement" la démonstration que ce Pouvoir Public est incapable de soutenir des actions pluridisciplinaires ?
A ce stade en tout cas, vous êtes doublement perdant. D’application depuis le 1er janvier 2003 (et jusque 2006), la décision ministérielle tombe d’autant plus mal pour vous qu’elle intervientŠ en octobre. L’année civile étant déjà largement entamée et votre budget, dépensé.

Toute ressemblance avec des faits ou des personnes ayant existé, serait purement fortuite (6)

Comme vous n’êtes pas encore tout-à-fait découragé, vous refusez de signer la convention qu’on vous propose. Et vous revendiquez un meilleur traitement. En effet, n’êtes-vous pas en droit d’attendre, de la part d’une Institution Publique, une attitude plus conséquente et plus avenante ?
Mais vous reste-t-il vraiment de l’énergie ? De l’espoir ? Oui ?! Allez, pour vous encourager, le Ministre finit par convenir du caractère empoisonné de son "cadeau". Il veut bien diminuer les missions qu’il vous demande de remplir, mais pas revenir sur les montants attribués. C’est un signe que le Ministre veut encore jouer avec vousŠ Vous saisissez l’occasion.
Après le jeu de l’oie, le ping-pong et autres joyeusetés, vous voici engagé dans une nouvelle manche. Le jeu se corse. Cette fois, il s’agit d’un bras-de-fer. Votre adversaire, qui est aussi l’arbitre, a bien sûr quelques avantages sur vous. Mais vous vous appliquez et votre atout, c’est l’endurance.
A quelques jours de la clôture des budgets 2003, vous êtes toujours à égalité. Alors l’arbitre sonne le gong puis remet sa casquette de Ministre et coupe la poire en deux. Certains appellent ça le compromis à la belge : vous récupérer in extremis vos subsides pour l’année écoulée, mais vous dites adieu à votre convention intersectorielle au moins jusqu’à l’année prochaine.

La partie n’est donc pas finie. Prêt pour un nouveau tour ?

(1) Séminaire sur "l’agréation des espaces culturels autonomes", Liège, septembre 2002.
(2) Article paru dans le journal "C4", Bénédicte Martin, novembre 2003.
(3) "La coopération entre les niveaux de pouvoir : le cas de Bruxelles", Annick de Ville & Guido Minne, in "Culture & Citoyenneté", 2002.
(4) Willy Thomas (Dito’Dito), interpellation au "KunstenPARLEMENTdesArts", 23/11/2001.
(5) "Crossing Brussels", Eric Corijn, Stefan De Corte & Walter De Lannoy, 2002.
(6) Toute ressemblance ne serait pas fortuite, l’ensemble des règles de jeu énoncées ici ayant été fidèlement reproduites d’après des faits réels.



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CAPITALE (ETERNELLE ?) DE L’EUROPE

"Pour le président de la Commission européenne Romano Prodi, "Bruxelles est de plus en plus la capitale de l’Europe". Il n’y a plus, selon lui, de remise en cause de ce statut. Mais pour le patron de la Commission, il manque quelque chose pour que Bruxelles soit une vraie capitale européenne. "Il n’y a pas de manifestations concrètes de Bruxelles en tant que capitale de l’Europe. Pourtant, ce sera la capitale de 500 millions d’habitants (dans l’Europe élargie), presque le double des Etats-Unis". Mais pour lui, il ne s’agit pas de se limiter à un ou des symboles. "Toute la ville doit être la capitale européenne".
(Dépêche Belga, 30/09/2003)

"Actuellement, Bruxelles est la concierge de l’Europe, elle garde les clefs, elle nettoie les couloirs".
(Gérard Mortier, directeur de l’Opéra de Paris, in "Le Soir", 3/10/2003)

DISTRICT EUROPEEN ?

"En ce moment-même, les projets s"accélèrent dans le quartier européen (Š). Tout se passe comme si ce quartier allait irrémédiablement se muer en sorte de ville dans la ville, en "district" monofonctionnel. En anticipant les conséquences de ce projet de ville, il y a des raisons d"avoir des craintes ! Non seulement sur le tissu urbain et l"habitat, mais aussi sur les rapports sociaux qui y seront créés : élitistes et transitoires pour les uns, tandis que les autres verront leurs droits octroyés au rabais. (Š) De la même manière qu"on démolit le Quartier Léopold, nous assistons à l"échelle européenne à la déstructuration de la vie sociale, culturelle, politique, voire économique (Š)."
("BruXXel-Gare : terminus", BruXXel.org, 11/01/2002)

BRUXELLISATION

"Bruxelles manque d’un urbanisme enthousiasmant. Le centre de la ville est un enchaînement d’imitations et de façadisme. Vient s’ajouter à cela une destruction du tissu urbain par des interventions modernes : la jonction Nord-Midi, la préparation de l’Expo 58, la démolition de la Maison du Peuple, le projet Manhattan dans le quartier Nord et les autres projets d’implantation de parkings et de bureaux du duo Van den Boeynants-De Pauw dans les années 60 et 70 (Š)".
("Crossing Brussels", Eric Corijn, Stefan De Corte & Walter De Lannoy, 2002)

URBANISME

"Monopoly District Euroland® est un jeu complexe dont le leitmotiv est "accueillir l"Europe à Bruxelles". L"on s"y dispute de juteux marchés immobiliers, avec à la clef : monopoles, expropriations, constructions et baux emphythéotiques. Le joueur qui aura reçu le plus d"argent des Pouvoirs locaux et européens d"ici 2004, sera déclaré vainqueur".

"Négocier une Compensation Urbanistique ‹ Promettez au Pouvoir compétent de construire quelque logement ou petite place publique. Echangez cette promesse contre les dérogations ou modifications nécessaires pour conformer la légalité à votre projet. N"hésitez pas à faire traîner la concrétisation de la Compensation urbanistique et à l"utiliser comme argument dans le cadre de négociations ultérieures. Cela peut toujours être utile".

"Aménagement des Plans ‹ Des Plans d"aménagement ont été conçus par les Pouvoirs locaux pour vous empêcher de construire ce que vous voulez, où vous voulez. Le jeu consiste à renverser la situation en aménageant ces Plans pour qu"ils vous permettent de faire ce que vous voulez, où vous voulez."

(Extraits des règles du jeu "Monopoly District Euroland", BruXXel, 2001)



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TRANSVERSALITE

"Les pratiques culturelles sont multiples, elles occupent un spectre large et diversifié, qu’il s’agisse de l’objet, de la forme, des acteurs ou des publics qui participent à la définition de ces pratiques. Le grand nombre de secteurs de compétences répond d’ailleurs à cette multiplicité d’expressions et des formes artistisques et culturelles. (Š) Cependant, des expressions et des formes culturelles pourtant légitimes ne s’inscrivent pas dans ces catégories. (Š) Le cloisonnement des compétences renforce encore la non prise en compte des projets ou pratiques qui se construisent en dehors des normes et des ordres de priorité habituellement admis. (Š) Les parcours que suivent certains dossiers portant sur des projets "hors cadres" deviennent aléatoires et bien souvent tarissent les initiatives novatrices".
("Le décloisonnement de la culture et la pluralité des objectifs", in "Culture et citoyenneté", Communauté française, 2002)

CLIVAGES LINGUISTIQUES

"Un énorme écart s"est creusé entre la réalité bruxelloise d’aujourd’hui ­ une grande région multilingue et multiculturelle ­ et les institutions belges actuelles fondées sur le clivage linguistique essentiellement bi-communautaire des années 1950-80. (Š)
La culture est essentiellement une matière communautaire. (Š) Les activités culturelles, quel que soit leur registre, sont gérées au regard des deux langues de référence, le français et le néerlandais. Ainsi, les arts plastiques, la musique ou la danse doivent ­ pour être subsidiés ­ avoir une "étiquette" linguistique. (Š) Si l"on peut se réjouir de la promotion, à Bruxelles, de la culture néerlandophone et de la culture francophone, il est par contre regrettable qu’aucun mécanisme solide n"ait été prévu pour soutenir les activités culturelles qui rassemblent les Bruxellois au-delà de clivages linguistiques. Cette situation est d"autant plus regrettable qu"à Bruxelles, plus de 30% de la population n"est ni francophone, ni néerlandophone d"origine. La structure des institutions freine l"émergence d"une politique culturelle adaptée aux besoins de la population bruxelloise".
("Manifeste Bruxellois", 4 février 2003)

LA "CULTURE URBAINE"Š

"Les villes développent-elles une culture spécifique et, si oui, comment la définir ? (Š)
Le concept de "ville culturelle" recouvre, pour nous, l’ensemble des institutions et associations culturelles "officielles" qui composent une ville (Š)
Distinct de la "ville culturelle", ce que nous appelons la "culture urbaine" est la culture telle qu’elle se produit dans la ville. L’accent est davantage mis sur le processus et le mode opératoire : le dialogue, la rencontre, la confrontation, l’imagination, la nouveauté, la critiqueŠ La culture urbaine s’écarte ainsi de la culture de la représentation et de la culture conservatrice.
Elle a souvent les traits suivants :
… une méthode de travail qui dépasse les frontières tant sur les plans des pluri- et interdisciplinarité qu’au niveau multiculturel ;
… l’utilisation de formes d’organisation alternatives (gestion collective et travail en réseau, qui rendent ces initiatives difficiles à saisir dans un modèle classique d’organisation artistique ou socioculturelle) ;
… le développement fréquent d’activités selon le triangle intervention artistique-engagement social-réflexion urbanistique ; un dialogue créatif entre l’habitant et l’artiste et la rencontre de différents mondes sociaux en résultent souvent ;
… un terrain d’action qui se situe souvent dans l’espace public ;
… la recherche de nouvelles formes, la réaction contre les pratiques existantes, l’expérimentation en sont souvent le point de départ (Š) ;
… l’utilisation de lieux réaffectés, de friches urbaines (Š).
Le cinéma Nova, Recyclart et les Bains à Forest ne sont que quelques exemples, parmi les plus connus ; des associations (Š) et de nombreux artistes s’inscrivent également dans ce courant".
("Ville culturelle et culture urbaine", Annick de Ville & Guido Minne, in "Culture & Citoyenneté", 2002)

UN LUXE ?

"L’investissement personnel et la persistance dont les bénévoles du Nova font preuve doit être significatif d’un besoin et d’une demande réelle. (Š) Le volume des entrées payantes confirme que ce besoin n’est pas lié à un public marginal mais répond effectivement à une demande forte et variée pour un cinéma différent (Š). La présence du Nova n’est pas un "luxe" ou une fantaisie dans le tissu culturel bruxellois (Š) Grâce à sa vocation citoyenne, la qualité de sa programmation, l’engagement dont il fait preuve, cet acteur culturel contient une valeur ajoutée extrêmement dense pour le territoire urbain. (Š) Un écueil institutionnel typiquement bruxellois se profile cependant à l’horizon de l’aventure du Nova. Le bilinguisme culturel et le fait que le cinéma soit un enjeu culturel mal géré par les administrations compétentes dans les deux communautés linguistiques menacent non pas la survie du Nova tel qu’il est actuellement, mais la consolidation du rôle majeur qu’il peut jouer dans la culture à Bruxelles".
("La solvabilité économique des emplois culturels de proximité dans les banlieues d’Europe", recherche action menée par la Fondation Marcel Hicter pour la démocratie culturelle pour le compte de la Commission européenne, octobre 2000)

L’EDUCATION PERMANENTE

"En 1976, la Communauté française se dotait d’un texte législatif qui se voulait "l’expression d’une politique culturelle fondée essentiellement sur la valorisation des organisations volontaires qui, dans leurs diversités idéologiques, autant que la spécificité de leur action, constituent les outils indispensables d’un développement culturel pluraliste". Elle visait par là, à "développer une prise de conscience et une connaissance critique des réalités de la société ; des capacités d’analyse, de choix, d’action et d’évaluation ; des attitudes de responsabilité et de participation active à la vie sociale, économique, culturelle et politique". Dans les faits, le secteur de l’Education permanente s’est essentiellement développé sur la base d’associations émanant des institutions qui pilarisent traditionnellement la société belge. La Belgique a reposé pendant longtemps sur les "piliers", ces mondes sociologiques cloisonnés - laïc, chrétien ou protestant, socialiste ou libéralŠ La Belgique, un temps y a trouvé une sorte de stabilité. Mais aujourd’hui, ces mondes se dissolvent et correspondent de moins en moins à une réalité sociologique.
Le monde a bien changé, donc. Il y a 25 ans, on ne parlait pas encore de mondialisation, le travail était encore une valeur sûre, on ne se posait que peu de questions sur le modèle de l’Etat-nation, la diversité culturelle n’était pas considérée comme "la" norme, l’environnement faisait timidement son apparition sur la scène politique et l’on ne parlait pas encore de développement durableŠ Aujourd’hui, les luttes autour du travail ne sont plus seules à rendre vivants l’espace public : de nombreuses organisations agissant à partir de questions multiples et souvent liés à la vie quotidienne voient continuellement le jour (Š)".
("De l’intention à la ré-forme", carte blanche rédigée par un collectif d’associations "émergentes", publiée dans "La Libre Belgique" et "C4", décembre 2002)

INNOVATION ?

"Il est de la responsabilité de la Communauté française d’avoir ce rôle de levier et de faciliter l’émergence d’associations qui appréhendent de nouvelles questions de société et où s’inventent de nouvelles formes d’organisation, d’apprentissage et de résistance. (Š) Il faut prendre en compte l"évolution qu"a connu le secteur associatif pendant ces 25 dernières années".
(Rudy Demotte, note d’intention sur la réforme du décret sur l’Education permanente, 2001)

"Quelques mois après la publication de sa note d"intention, le ministre de la Culture amorçait une marche arrière. (Š) Pourtant, un espace de discussion avec les interlocuteurs intéressés, autour de notions telles que "pratiques innovantes" et "associations émergentes", laissées dans le flou, aurait pu susciter des échanges significatifs. On se serait entendus sur le fait que ce qui est innovant est radicalement ancien : considérer l’espace public comme le lieu de l’action et de la délibération".
("De l’intention à la ré-forme", carte blanche rédigée par un collectif d’associations "émergentes", publiée dans "La Libre Belgique" et "C4", décembre 2002)



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