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JON JOST

Jon Jost est au départ un cinéaste autodidacte (il aura d’ailleurs plus ou moins refusé de s’inscrire dans tout curriculum d’étude). C’est très tôt, dans les années ’60, qu’il commence à tourner des premiers courts métrages en 16mm. En 1965 il est emprisonné pour deux ans par les autorités fédérales américaines. En cause : le fait de ne pas vouloir servir dans l’armée (cette prise de position, ferme, lui aura valu encore d’autres déboires). A sa sortie, il aide à la mise en place de "Newsreel" à Chicago, organisation qui eu son importance, et pas des moindres, dans le documentaire engagé aux Etats-Unis. Il s’en dissocie, pour cause de dissenssions idéologiques. Depuis, il s’est tourné vers un cinéma (aussi bien de courts que de longs) qui a cette empreinte personnelle qui fait dire que "c’est du Jost", mais qui n’est pas pour autant dépolitisé. Il y allie une recherche formelle qui est propre au langage cinématographique mais aussi un regards quasi clinique de la société qui l’entoure. Américaine, la plupart du temps, mais pas seulement. Virtuose, aussi, des possibilités techniques du cinéma, Jon Jost est un des premiers à s’inscrire dans un discours autour des nouvelles technologies, peutêtre par le fait de faire un cinéma ’pauvre’ (fait avec peu de moyens financiers dans lequel il dit s’inscrire depuis toujours. Mais vu autrement, il y a aussi aussi sa constante curiosité pour toute trouvaille qui peut amener quelque chose de nouveau dans le domaine du cinéma. Il est considéré comme un des personnages-clés du cinéma fictionnel d’avant-garde aux Etats-Unis ; on l’écrit, mais c’est à voir avec lui !



Unique à beaucoup de points de vue, "Angel City" fait partie de ce registre de films impossible à décrire . Fascinant alliage de mystère à la "Chandler", de poésie urbaine (autour de Los Angeles), d’invective anti-capitaliste, de critique anti-hollywoodienne, et de surréalisme version Dada, il pourrait peut-être être décrit comme de la fiction-essai ou inversément de l’essai fictionnalisé au ton comico-absurde.

Structuré en forme d’un compte à rebours, de 12 à 1, il nous conte l’histoire d’un cynique et excentrique détective privé, Frank Goya, engagé par le président d’un consortium international pour enquêter sur l’assassinat de sa femme, ex-modèle et aspirante actrice. Mais parallèlement à l’évolution de ce cas d’investigation bien d’autres choses se passent, qui deviennent autant de prétextes possibles pour Jost pour casser la fausse linéarité de l’histoire, qui de toute façon ne se retrouve pas à être une priorité dans le film. A l’époque de sa sortie on compara "Angel City" à Alphaville (on ne devrait d’ailleurs pas vous mettre ce genre de comparaison dans la tête ; mais `bon’, cela sert juste à vous donner une indication...).

20.04 > 22:00 + 26.04 > 20:00


Filmé sur une durée de trois ans, "6 Easy Pieces" est le résultat d’un montage dicté par la force "gravitationnelle" des images. Il est à prendre comme une sorte de commentaire sur l’impacte que peut avoir aujourd’hui une histoire de l’esthétique. Commençant par un point de vue sur ce que peut représenter l’image filmée en tant qu’archive de notre époque ( ce qui ne manquera pas de rappeler Godard), le film évolue en forme de chapitres qui ont pour sujets les différentes formes d’énergies (technologique, sociale, créative) qui ont influencé le cours de notre civilisation. Film non-narratif et elliptique, Jon Jost nous le propose comme étant le plus proche de ses investigations actuelles concernant les nouvelles formes de narration possible avec l’image digitale.

28.04 > 22:00


Film-essai sur l’Amérique, "Uncommon senses" est une oeuvre caustique et polémique, amusante et en même temps sinistre, qui fonce tout droit dans l’essence même de ce que sont les EtatsUnis ; aussi bien au niveau géographique (le film est une sorte de road-movie, mais sans réel but à atteindre) qu’au niveau idéologique (que pensent les Américains d’eux-mêmes et que pensent-ils des autres ?). Structuré en dix chapitres, avec un prologue et un épilogue, Jon Jost a voyagé pendant plus d’un an pour réaliser ce film qui dévoile comment les Etats-Unis construisent et "consomment" leur propre mythologie. Mais ne vous trompez pas ! Ce film est bien loin de s’inscrire dans une veine purement socio-réaliste...

Extrêmement original dans sa forme et dans la virtuosité des techniques employées, "Uncommon senses" est un savant mélange d’images, de sons, de voix, de commentaires, de jeux de basculement entre subjectivité et objectivité. Etonnement captivant, certains n’auront pas manqué d’ y voir une version cinématographique du pamphlet "La désobéissance civile" de Thoreau.

19.04 > 22:00 + 05.05 > 19:00


Dans la ville de Butte, au Montana, existait dans le passé une industrie développée autour du site minier de "Bell Diamond". Une fois celui-ci fermé, la ville fut laissée à son propre sort, tombant ainsi dans la déchéance et y englouttant par le même biais sa population. L’histoire n’est pas nouvelle, direz-vous... Mais réappropriée par Jon Jost l’histoire de Butte avec son ciel nuageux, ses usines abandonnées, ses vieilles citernes devient tout d’un coup pretexte pour une clairvoyante métaphore. Métaphore d’une certaine histoire de la classe ouvrière américaine, comme des états d’âmes de celle-ci. Des visages gris, tendus, pas particulièrement attractifs ; Jost tourna le film avec des "nonacteurs" de la région, qui lui donnèrent l’occasion de faire un film vraiment beau, pour son aspect visuel mais surtout pour la sensibilité des portraits humains dépeints. "Bell Diamond" n’est pas un documentaire ; c’est un film de fiction, avec donc une histoire, qu’ on peut vous amorcer en quelques lignes : Jeff, vétéran du Vietnam, se fait larguer par sa femme, frustrée, entre autre du fait de ne pas pouvoir avoir d’enfant avec lui ; un jour elle revient... Pas plus ! Mais on vous dira pour finir que certains critiques américains de l’époque le considérèrent comme un des meilleurs films de l’année...

13.04 > 22:00 + 25.04 > 20:00


New York, Manhattan, fin années quatrevingt. L’ambiance froide et surfaite du milieu des galeries d’art, des lofts "arty". Les tentatives naïves ou désespérées de survie dans un monde où règne l’argent. Mais aussi l’ambiance corrompue et glaciale du monde des finances. Dans la salle dédiée à "Vermeer" au Metropolitan Museum, loin de la frénésie de la ville, une jeune femme s’arrête devant un portrait. Un homme les regarde, la femme, le portrait. Une étrange sensation de ressemblance s’en dégage. L’homme en est épris. Il glisse un mot à la jeune femme car il veut la revoir. / Lui est courtier à Wall Street, elle est une actrice française, venue chercher du travail aux Etats-Unis. Une liaison commence. Mais d’une part il y a du simple opportunisme, de l’autre un fantasme désespéré...

"All the Vermeers in New York" est peutêtre le film de Jon Jost qui aurait pu trouver une petite place dans un circuit de distribution... Plus conventionnel que d’autres à certains égards, l’histoire y reste néanmoins secondaire, "All the Vermeers in New York" étant avant tout l’évocation d’un lieu, d’un milieu, d’une période. Filmé en scope par Jost même, la beauté de ses images pourrait presque faire penser à un essai cinématographique où des éléments propres à la peinture de Vermeer se retrouvent à y être réélaborés sur pellicule.

18.04 > 20:00 + 28.04 > 18:00


Deux des éléments récurrents dans la filmographie de Jost sont certainement sa critique de la "famille" en tant qu’institution qui modèle notre société et son refus farouche de toute forme d’autorité et de soumission. "Sure Fire" est pourtant dédicacé à son père, ex-colonnel de l’armée américaine, et l’on pourrait ainsi penser à une sorte de reconversion... Mais ce serait faire fausse piste que de croire ça. Car "Sure Fire" est un film dérangeant et noir qui plonge dans les viscères d’une famille moyenne transportée dans un drame causé par un père qui ne jure que par son fusil.

Wes, un homme d’affaire agressif et égocentrique, est convaincu de pouvoir devenir "millionnaire" avec son business d’achat / revente de vieilles baraques dans le sud de l’Utah. Pris dans ce délire il ne se rend évidemment pas compte des états d’âmes des gens qui lui sont proches ; et un jour tout dérape, solidement... Avec ce film, produit par un producteur de Los Angeles, on aurait pu croire que Jost se rapprochait tout doucement d’Hollywood. Eh bien non !

14.04 > 22:00 + 21.04 > 18:00


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pos: aval